Taxe à 75% : quels impôts pour les footballeurs ailleurs en Europe ?

Ibrahimovic : 9 millions d'euros net d'impôts par an au PSG. Les joueurs ne négocient jamais de salaires bruts…
Ibrahimovic : 9 millions d'euros net d'impôts par an au PSG. Les joueurs ne négocient jamais de salaires bruts…

Les clubs de foot français sont au bord de la crise de nerf à l'idée de devoir payer la taxe de 75% sur les salaires supérieurs à un million d'euros de leurs joueurs les mieux payés. Ailleurs en Europe, comment impose-t-on les stars du ballon rond qui gagnent en 10 ans de carrière ce que la plupart des salariés ne gagneraient pas en plusieurs siècles ?

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Les matchs de football du dernier week-end de novembre devraient être annulés en signe de protestation contre la taxe fiscale de 75% sur les hauts revenus que veut mettre en place le gouvernement Ayrault. Les dirigeants de clubs estiment que cet impôt va aggraver les finances déjà très mauvaises de leurs entreprises. Cette redevance fiscale qui doit toucher les salaires supérieurs à un million d'euros annuel ne doit en effet pas être payée par les joueurs eux-mêmes mais par leurs clubs de foot respectifs. De plus, cette taxe ne pourra dépasser un montant maximum équivalent à 5% de leur chiffre d'affaire : le PSG ne paiera par exemple que 20 millions d'euros grâce à ce plafond, alors que les 75% de taxe des salaires supérieurs à un million d'euros de ce club représentent en réalité plus du double, précisément 44 millions d'euros.

Problèmes de concurrence sur les joueurs, pénalisation du football français face aux autres nations : les dirigeants de clubs montent au créneau pour dénoncer cette mesure injuste selon eux qui pourrait "tuer" le football français. Mais à l'étranger, dans d'autres pays d'Europe férus de ballon rond, comment les joueurs sont-ils imposés ?

Belgique

En Belgique, plusieurs taux d'imposition cohabitent pour les footballeurs professionnels avec des avantages pour les plus jeunes joueurs, mais basés sur des revenus précis et peu élevés : 16,5% pour un revenu maximum de 12 500 € entre 16 et 26 ans. L'impôt des footballeurs, au delà de 26 ans est de 33%, mais avec la condition que des revenus autres que ceux du football soient supérieurs à ces derniers. La tranche marginale de 50% s'applique donc la plupart du temps.



Royaume-Uni

Au Royaume-Uni, les avantages fiscaux ont commencé à diminuer un peu pour les joueurs : désormais c'est une tranche marginale d'imposition pour les revenus supérieurs à 150 000 livres sterling de 50% qui s'applique, comme en Belgique, au lieu de l'ancienne de 40%. Mais avec la possibilité d'exonérer une partie des revenus étrangers ainsi que des dispositions complexes d'exonération pour les joueurs venant d'autres pays, les "impatriés".

Espagne

En Espagne, la "loi Beckham" (qui permettait aux joueurs étrangers installés depuis moins de 5 ans de bénéficier d'un taux d'imposition de 24%) n'est plus en vigueur sauf pour les joueurs arrivées en Ligua avant le 1er janvier 2010. L'imposition pour les joueurs étranger arrivés après le 1er janvier 2010 est donc de 43%, pour les revenus supérieurs à 600 000 € par an. La condition pour bénéficier de ces dispositifs fiscaux est que le joueur exerce au moins 85% de son activité en Espagne.

Allemagne

Contrairement à ce que l'on pourrait croire, l'Allemagne est le pays le moins avantageux pour les stars du football dans ce panel de nations européennes : Le taux d’imposition y est de 47,5%  et additionné aux charges sociales de 20%, les joueurs sont plus taxés qu'actuellement en France. Il faut souligner aussi que l’Allemagne rémunère de façon variable ses joueurs en fonction de leurs résultats sportifs…
Le taux d’imposition est de 47,5% et les charges représentent 20%. Et l’Allemagne pratique depuis très longtemps la politique du salaire variable en fonction des résultats sportifs. - See more at: http://www.ecofoot.fr/regime-fiscal-francais-ligue-1/#sthash.NNsyNh5F.dpuf
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Et en France ?

L'étude effectuée par le quotidien Le Monde sur la "super taxe sur les hauts revenus de 75% " indiquait qu'"en additionnant tous les prélèvements existants sur les revenus du patrimoine on atteint 62 % (tranche d'impôt sur le revenu à 45 % + 4 % de surtaxe Fillon + 15,5 % de prélèvements sociaux - 2,5 % de CSG déductible). La super taxe n'en est donc pas vraiment une, puisqu'elle correspond à une hausse fiscale temporaire de 13%. Sachant que le conseil constitutionnel a censuré la proposition d'impôt sur le revenu à 75%, elle n'est pas à la charge des salariés et se voit demandée auprès des employeurs. De plus elle sera limitée à 2 ans, avec de nombreuses possibilités d'optimisation fiscales déjà en place pour les joueurs de football, comme le fait de lisser leur salaire entre 3 et 5 ans pour le calcul de l'impôt, permettre aux "impatriés" d'exonérer jusqu'à 30% de leurs revenus et leur offrir un régime fiscal spécifique : exonération sur les revenus des capitaux mobilier, des plus-values à l'étranger, ou de l'ISF. Dans ces conditions, difficile de s'apitoyer sur le sort des millionnaires du football et de leurs employeurs, surtout en pleine crise économique et sociale, avec près de trois millions et demi de chômeurs de "catégorie A" et neuf millions de personnes sous le seuil de pauvreté en France.

Si les dirigeants de clubs prétendent craindre de mettre la clef sous la porte à cause de la taxe de solidarité à 75% sur les super-salaires qu'ils paient à leurs joueurs-stars, les spécialistes de la fiscalité et de l'économie n'y croient pas. Les Français, eux, sont 85% à approuver cette taxe. Taxe qui va toucher… une centaine de joueurs, quelques entraîneurs, et seulement des clubs de ligue 1, pour un montant total estimé à 44 millions d'euros dont presque la moitié sera payée par un seul club : le PSG.

Face à la fronde des dirigeants de clubs et aux joueurs de football qui menacent d'une "grève" contre la taxe à 75%, ce n'est peut-être pas l'argent qui risque, au final, de manquer, mais quelque chose de plus important et qui ne s'achète pas : la dignité.