Témoignage d'Amir Ardalan, étudiant iranien

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“J'ai peur que l'Iran ressemble de plus en plus à la Chine“

Amir Ardalan a 29 ans. Ce kurde iranien est arrivé en France en mars 2010.



"En Iran j’étudiais les relations internationales à l’université d’une petite ville près d’Ispahan. J’ai fait partie du mouvement de contestation étudiant dès sa création au début des années 2000. Nous réclamions plus de liberté d’expression mais notre mouvement était durement réprimé.

Pendant près de dix ans, j’ai donc eu un pied en prison, un pied à l’université. J’étais surveillé par les services de renseignements iraniens. J’ai été arrêté à la fois par les Bassidjis (NDLR : Gardiens de la révolution), par la police et par l’armée iranienne. En prison, j’ai été plusieurs fois torturé, et même violé par les Bassidjis, tout cela à l’époque de Khatami (NDLR : président réformateur de la République islamique de 1997 à 2001). Mon dernier séjour en prison date d’il y a deux ans : j’y ai passé six mois. J’ai fait un mois de grève de la faim car on me menaçait de me mettre en prison avec des homosexuels atteints du virus du sida. J’ai été libéré sous conditions de ne plus me mêler d’affaires politiques ou liées aux droits de l’homme.

Il y a un an, j’ai décidé de fuir en Irak car je risquais à nouveau d’être arrêté. J’ai été recueilli dans le Kurdistan irakien par une association liée au mouvement indépendantiste kurde iranien. Je continuais donc à avoir une action politique depuis l’Irak. En Iran, ma mère a été menacée, des agents des Renseignements sont venus lui dire que j’étais un espion à la solde des États-Unis. J’ai suivi la réélection d’Ahmadinejad et la contestation qui a suivi via cette association et aussi via ma famille et mes amis au téléphone et sur Internet : les sites des journaux iraniens, Facebook, Twitter, mon propre blog...

Je ne crois pas en Moussavi ou en Karoubi. Pour moi ce sont des criminels qui ont du sang sur les mains : à l’époque où ils étaient au pouvoir, ils ont participé à des fusillades et des viols. Ce sont des marionnettes qui ne veulent que le pouvoir. Je pense que les Iraniens veulent profiter de la confusion actuelle pour se débarrasser de tous leurs acteurs politiques, les deux leaders de l’opposition compris. Ils soutiennent Moussavi et Karoubi parce que c’est moins « pire » qu’Ahmadinejad, c’est tout. Ce que veulent les gens c’est la fin de la République islamique.

J’ai bien peur que l’Iran ressemble de plus en plus à la Chine, c’est-à-dire un état de plus en plus totalitaire. Je suis sans espoir pour l’avenir de mon pays. Je témoigne à visage découvert car je n’ai plus rien à perdre aujourd’hui. "

Propos recueillis par Laure Constantinesco
9 juin 2010


La répression contre les mouvements étudiants en Iran sous Khatami

Le président réformateur Mohammad Khatami, élu à deux reprises par une imposante majorité de voix, a tenté inlassablement d'engager une modernisation de l'appareil d'État. Mais la farouche opposition que lui opposaient les conservateurs du Conseil des gardiens de la Constitution a eu raison de tous ses efforts et d'une bonne partie du soutien populaire dont il jouissait.

Au cours de cette période, les religieux conservateurs ont tenté d'endiguer la contestation populaire en muselant les publications et journaux réformateurs et en réprimant violemment les mouvements de contestation étudiants.

À l'été 2003, des milliers de manifestants massés aux abords de la cité universitaire de Téhéran étaient matraqués par les forces de l'ordre et les milices religieuses. En 10 jours, plus de 4000 personnes furent arrêtées pour avoir scandé des slogans hostiles au guide suprême.

Même scénario en juillet 1999. Alors que d'importantes manifestations étudiantes avaient lieu à Téhéran, 3 jeunes ont été tués au cours des violences, tandis que 550 autres ont été arrêtés et incarcérés par les autorités lors d'affrontements contre des groupes de civils à la solde des policiers.

Source Radio Canada