Terrorisme au nom de l'islam : les musulmans de France disent “non“

Dominique Faget/AFP
Dominique Faget/AFP

A l’appel du Conseil français du culte musulman, 2000 personnes se sont réunis samedi 26/09 à Paris pour condamner l’assassinat d’Hervé Gourdel.

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27.09.2014
Drapeaux en berne, musulmans réunis pour dire "halte à la barbarie", rassemblements silencieux: la mémoire d'Hervé Gourdel, otage français assassiné par des jihadistes, était saluée vendredi dans une ambiance d'"unité nationale".
"Nous, musulmans de France, disons halte à la barbarie, halte au terrorisme", a lancé vendredi le président du Conseil français du Culte musulman (CFCM) Dalil Boubakeur face à plusieurs centaines de personnes rassemblées devant la Grande Mosquée de Paris en présence aussi de représentants des autres cultes.
"Ce rassemblement, c'est l'expression forte et vivante de notre volonté d'unité nationale et de notre volonté inébranlable de vivre ensemble", a-t-il ajouté, en martelant que l'"islam est une religion de paix" qui "ordonne le respect de la vie".
Des personnalités politiques, de droite comme de gauche, se sont toutefois associées aux hommages. Les rivales parisiennes, la maire Anne Hidalgo (PS) et Nathalie Kosciusko-Morizet (UMP) ont ainsi participé au rassemblement devant la mosquée. Même l'ancien responsable du Front de gauche Jean-Luc Mélenchon a dit se joindre "évidemment" à l'union nationale malgré son "désaccord complet" avec les frappes françaises en Irak.
Hervé Gourdel, un guide de haute montagne de 55 ans, a été enlevé dimanche en Algérie par le groupe Jund al-Khilafa, lié à l'organisation Etat islamique (EI) qui réclamait l'arrêt des frappes françaises en Irak. Dans une vidéo, mise en ligne mercredi, ses ravisseurs ont montré sa mise à mort.
Deux jours avant, les jihadistes de l'EI avaient lancé un appel aux musulmans à tuer les "incroyants" et "en particulier les méchants et sales Français".
"Nous sommes aussi de +sales Français+", ont rétorqué, dans une tribune publiée par Le Figaro, des personnalités musulmanes, dont la sénatrice socialiste Bariza Khiari, le recteur de la Grande Mosquée de Lyon Kamel Kabtane ou le journaliste Marwane Ben Yahmed.
 
- 'Dignité et retenue' -

La famille d'Hervé Gourdel a souhaité que les rassemblements se déroulent "dans la dignité et la retenue". "Nous ne tolérerons pas les paroles haineuses, provocatrices et politiques, qu'elles viennent de n'importe quel bord. Nous ne souhaitons pas de prise de parole d'élus", a-t-elle dit.
L'exécution de l'otage a renforcé le soutien des Français à ces raids contre l'EI, avec 69% de personnes favorables selon un sondage Ifop publié vendredi, contre 53% une semaine auparavant.
Par ailleurs, quatre Algériens qui accompagnaient Hervé Gourdel lors de sa capture ont été mis en garde à vue par les autorités de leur pays qui s'interrogent sur le rôle qu'elles pourraient avoir joué dans l'enlèvement.
Les drapeaux resteront en berne jusqu'à dimanche à la demande de l'Elysée, et les hommages se poursuivront tout le week-end. La mairie de Nice organise ainsi un rassemblement samedi. Un collectif d'associations, syndicats et partis (SOS Racisme, Licra, Jeunes socialistes, CGT, PCF...) appelle à un "rassemblement républicain" dimanche à Paris. A Lyon, le recteur de la Grande Mosquée souhaite organiser un grand rassemblement interreligieux le 1er octobre "pour s'opposer à la violence quelle qu'elle soit."


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Le reportage de Karine Henry

26.09.2014
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“L'impunité n'est pas une solution“

25.09.2014Interview de Pascale Veysset
Mohammed Moussaoui est le président de l'Union des mosquées de France (UMF). Invité de TV5MONDE, il met en garde contre l'amalgame entre terrorisme et religion. Il déclare : "Ces terroristes sont des ennemis des musulmans de France et des valeurs qui les animent".
“L'impunité n'est pas une solution“

26.09.2014Propos recueillis par Liliane Charrier
TV5Monde : Vous dites que le terrorisme n'a pas de religion, mais les terroristes s'appuient sur la religion, comment expliquez-vous cela ?

Mohammed Moussaoui : C'est une usurpation d'identité. Les actes commis par les terroristes sont en totale contradiction avec les valeurs de la religion dont ils se réclament. Le fait qu'ils se raccrochent à cette religion ne signifie donc rien du tout. Ce n'est pas parce qu'un terroriste met en avant son appartenance religieuse que celle-ci doit être prise au sérieux. Andreas Breivik, qui a assassiné 80 personnes en Norvège, s'est présenté comme chrétien, et pourtant, personne n'a fait l'amalgame. Et que dire des chrétiens orthodoxes de Serbie qui, pendant la guerre (en ex-Yougoslavie, Ndlr), ont persécuté des centaines de milliers de musulmans bosniaques.


Votre crainte, c'est donc l'amalgame ?

L'amalgame peut exister, même si nous faisons confiance à l'intelligence de nos concitoyens, qui voient bien que ces groupes terroristes s'attaquent surtout aux musulmans. Plus de 90 % des victimes sont musulmanes. Il suffit de regarder comment Daech se comporte avec les musulmans qui ne partagent pas leur idéologie.
Mais devant les termes utilisés par les hommes politiques et les médias, je ressens de la colère, de la souffrance et un sentiment d'injustice. Le choix des mots, pour nous, est terrible. C'est ce choix qui créé la confusion et stigmatise la religion musulmane.


Vous sentez-vous aussi pris en otage, d'une certaine manière ?

Oui, d'une part parce que nous sommes victimes des terroristes, et d'autre part parce que ces crimes sont commis au nom de notre religion, par des personnes qui n'en sont pas dignes et qui en font une lecture aberrante.


Et si les musulmans de tous les pays se regroupaient pour publier une "charte" mondiale de l'islam, afin de saper les prétextes avancés par les djihadistes et de rétablir les valeurs de l'islam ?

Nous entrons aujourd'hui dans une période de grand pèlerinage. 4 millions de personnes se retrouvent à La Mecque. J'aimerais que le grand prêche du 3 octobre porte sur cette question. Au moment où tous les musulmans sont mobilisés - 1,5 milliard de musulmans vont suivre la cérémonie -, j'aimerais que cette cérémonie soit l'occasion d'une prise de conscience. Et que l'on rappelle aussi les valeurs de l'islam pour remettre en évidence aux yeux de tous les observateurs la contradiction avec les actes des terroristes.


Que mettriez-vous dans une "charte" de l'islam ?

En premier, le respect de la vie humaine. Le Coran dit "Celui qui tue une vie humaine innocente, c'est comme s'il tuait toute l'humanité" et "Celui qui sauve une vie, c'est comme s'il sauvait toute l'humanité." Ensuite, la dignité : "Tous les fils d'Adam ont la même dignité," dit le Coran. Et enfin "rien ne justifie l'usage de la violence". De fait, l'islam interdit de contraindre quelqu'un à adhérer à la religion musulmane par la violence. Le terrorisme heurte clairement ce principe essentiel de la religion musulmane.
 

Vous ressentez l'urgence de réagir, avec le rassemblement prévu aujourd'hui devant la Grande Mosquée de Paris. Qu'en attendez-vous ?

Que tous les musulmans de Paris se rassemblent à l'issue de la prière du vendredi. Mais que les musulmans de France parlent d'une seule voix ne dispense pas toutes les autres composantes de notre société de s'opposer et de se recueillir avec nous. Nous sommes tous concernés par le terrorisme. Ce rassemblement doit être un signal fort.