Terrorisme au Sahel : l'éclairage de Slimane Zeghidour

Cinq Français et deux Africains ont été enlevés dans le nord du Niger le 16 septembre 2010. Les sept otages dont un Togolais et un Malgache travaillaient pour les groupes français Areva et Satom sur le site d'extraction d'uranium à Arlit (1.000 km au nord-est de Niamey) la capitale du Niger. La branche maghrébine d'Al-Qaïda a revendiqué le 21 septembre ces enlèvements. Les otages seraient maintenus en captivité dans le désert malien. Cette zone aride qui fait partie du Sahel (un territoire que se partagent la Mauritanie, le Mali, le Niger...), est en proie au terrorisme islamiste.

L'éclairage de Slimane Zeghidour après l'assassinat de Michel Germaneau au mois de juillet 2010.

dans

Le Sahel, une région propice à l'éclosion du terrorisme

Slimane Zeghidour, éditorialiste à TV5monde

Qu’est-ce qui explique l’exécution de Michel Germaneau, l’otage français d’Al-Qaïda au Maghreb islamique ?

Je pense que la vraie question est de savoir, si l’otage Michel Germaneau a été exécuté en représailles au raid mené par la France et les forces mauritaniennes le 23 juillet dernier, ou bien s’il est mort par défaut de médicaments. On sait que Michel Germaneau était âgé de 78 ans et qu'il souffrait d’une insuffisance cardiaque. Il avait donc besoin d’anticoagulants. Il est possible qu’il ait pu succomber à une grande fatigue due à la très forte chaleur dans sa zone de captivité.

Toujours est-il qu'avec ce décès - que l'otage ait été exécuté ou non- ce groupe terroriste a perdu en crédibilité. Lorsqu’il y a une prise d’otage, il y a en principe une prise de contacts et les parties entreprennent des négociations qui peuvent aboutir ou non. Mais la règle veut que l’otage soit remis aux siens en bonne santé. Ce groupe terroriste a violé une règle non-écrite qui est partagée par l'ensemble des groupes qui capturent des otages pour les monnayer ensuite.

La mort de Michel Germaneau n’augmente-t-elle pas l’aura de cette branche d’Al-Qaïda ?

Je ne crois pas. C’est un assassinat pur, un acte de violence gratuite. Il s’agissait d’un "humanitaire", d’un homme âgé et malade dont le seul tort était de vouloir aider des gens. Attenter à sa vie est un pur acte de lâcheté. Car même les théologiens islamiques les plus radicaux du Moyen Age et de l’époque des croisades, insistaient sur la liberté minimale des prisonniers et sur la protection des personnes âgées, des prêtres, des femmes et des enfants.

Photo de l'otage français d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, Michel Germaneau, datant de 2007 et fournie par la commune de Marcoussis le 23 juillet 2010 - AFP
Photo de l'otage français d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, Michel Germaneau, datant de 2007 et fournie par la commune de Marcoussis le 23 juillet 2010 - AFP
Ce décès peut-il représenter un acte de propagande pour ce groupe islamiste ?

Le message audio envoyé par les terroristes veut faire croire à l’opinion que l’exécution de cet otage est la réponse immédiate à l’opération militaire du 23 juillet 2010. Ce qui pour eux revient à dire que la France et la Mauritanie sont d’une certaine manière responsables de la mort de Michel Germaneau.

Quels sont les pays qui sont concernés en Afrique par la question du terrorisme islamiste ?

Le terrorisme, qu’il soit islamiste ou non, n’a pas de frontières. Il frappe en Algérie, en Égypte, en Mauritanie, au Niger, au Mali, au Kenya et tout récemment en Ouganda. C’est une violence sans frontières.

Comment expliquer justement l’émergence d’Al-Qaïda dans les pays que vous avez cités ?

La présence d’une branche d’Al-Qaïda dans le Sahel (ndlr : Mauritanie, Niger, Mali…) peut paraître paradoxale. Le meilleur endroit pour se cacher pour un terroriste reste une ville, une agglomération ou une région recouverte de maquis et qui abrite des grottes et des ravins. Or en choisissant le Sahel, ils ont choisi une région plate, au paysage uniforme en termes de couleur, extrêmement inhospitalière et où la limpidité de l’air est telle que les images satellites, les écoutes électromagnétiques sont facilement repérables. Mais dans cette région, le triangle de 2 millions et demi de km2 formé par l'Algérie, le Mali et la Mauritanie, est très peu habité et les rares tribus qui y vivent sont très actives et très mobiles. La région abrite beaucoup de trafics d’armes et de drogues et donc beaucoup d’argent qui circule. Toutes ces conditions réunies peuvent être très favorables pour les activités des groupes terroristes.

L’Afrique a-t-elle les moyens de lutter contre le terrorisme islamiste ?

Pour un terrorisme sans frontières, il faut une résistance sans frontières, c'est-à-dire, une coordination des États. Hors il y a eu une coordination créée depuis 2002 sous l’égide des États-Unis appelée « Pan sahel », pour regrouper la dizaine des pays sahéliens. Il s’agit de former leurs armées à des opérations commandos, et leur donner les moyens de surveiller les activités des groupes terroristes. Il existe aussi un État-major antiterroriste basé au sud de l’Algérie à Tamanrasset qui regroupe les forces spéciales algériennes, maliennes, nigériennes et mauritaniennes. Ces initiatives sont soutenues pour certaines par la France comme c’est le cas avec la Mauritanie, et par les Etats-Unis et la Grande Bretagne. Ces pays ont les capacités d’investigation les plus évoluées.

Propos recueillis par Christelle Magnout
26 juillet 2010

Les précédents

La branche maghrébine d’Al-Qaida au Maghreb (Aqmi) n’en est ni a son premier enlèvement, ni à sa première exécution. En décembre 2007, quatre touristes français étaient abattus en Mauritanie. Entre 2008 et 2010, dix Européens et Nord Américains ont été enlevés dans la région du Sahel. Edwin Dyer, ressortissant anglais, était entre les mains du cheik algérien Abdelhamid Abou Zeïd. Ce touriste avait été exécuté en juin 2009, tandis qu'un citoyen américain était également en juin à Nouakchott.

Le 26 novembre 2009, Pierre Camatte, un français qui oeuvrait dans l’humanitaire au Mali, avait été kidnappé et « vendu » au groupe terroriste Aqmi. Celui-ci avait menacé d’exécuter cet otage si quatre membres de son organisation, emprisonnés au Mali, n’étaient pas relâchés. Les autorités maliennes avaient obtempéré et relâché quatre islamistes, de nationalité algérienne, burkinabaise et mauritanienne. En échange, Pierre Camatte avait été libéré en février 2010. L’attitude conciliatrice du Mali lui avait valu les remerciements de la France et les critiques de ses voisins pour avoir fléchi devant un groupe terroriste.

Le couple italien qui avait été enlevé par l’Aqmi en décembre 2009 avait été relâché en avril 2010, quelques jours avant l’enlèvement de Michel Germaneau. Deux coopérants espagnols sont toujours détenus par le groupe terroriste.

À propos de Slimane Zeghidour

Slimane Zeghidour est l'un des meilleurs spécialistes de l'islam et de l'islamisme en France. Auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet, il travaille aujourd'hui à TV5Monde comme éditorialiste et rédacteur en chef.