Terrorisme et réchauffement climatique : le lien établi par Emmanuel Macron est-il erroné ?

Emmanuel Macron au sommet du G20 à Hambourg (Allemagne)
Emmanuel Macron au sommet du G20 à Hambourg (Allemagne)

Samedi 8 juillet, fin du sommet du G20 en Allemagne. Lors de sa conférence de presse, le président français déclare que "on ne peut pas prétendre lutter efficacement contre le terrorisme si on n'a pas une action résolue contre le réchauffement climatique". Une phrase qui va très vite enflammer la toile et provoquer des réactions en chaîne. Pourquoi ce lien entre terrorisme et réchauffement climatique établi par Emmanuel Macron suscite-t-il tant la polémique ?

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Elle s'est répandue comme une traînée de poudre... Cette "petite phrase" prononcée par Emmanuel Macron a suscité de nombreux commentaires sur les réseaux sociaux mais aussi de la part des politiques.
L'un des premiers a avoir réagi aux propos du président est l'ancien ministre de l'Éducation nationale Luc Ferry. Dans deux tweets assassins, il fustige les propos du chef de l'État français. 
 
 


C'est justement ce lien jugé - trop - direct que dénoncent ses détracteurs. L'économiste français Jacques Sapir, sur le site Mediapart, va même plus loin et nie tout rapport entre climat et terrorisme. "C’est bien l’islamisme radical qui a fourni les justifications idéologiques et qui a armé les bras des meurtriers et non pas le thermomètre (...) L’islamisme radical se développe de manière dramatique depuis maintenant plus de deux décennies, et il n’est nullement lié à des événements climatiques conjoncturels".

C'est en effet ce que certains reprochent au président français : vouloir expliquer le terrorisme islamiste sans aucune référence à cette idéologie ou à la situation politique des pays en proie à la montée du terrorisme. 
Pour Charlote d'Ornellas, journaliste au magazine Valeurs actuelles et au site Boulevard Voltaire, "le lien qu'effectue Emmanuel Macron n'est pas inapproprié mais il est trop restreint. Ce n'est pas le lien de cause à effet qui me dérange mais le fait que les autres facteurs du terrorisme soient occultés".

Les explications au terrorisme seraient donc à chercher ailleurs. Argument phare évoqué par les critiques du président Macron : la France comme l'Europe ne connaissent pas de problèmes de réchauffement climatique et pourtant, le continent européen n'a pas été épargné par les attentats ces derniers mois.

Une polémique "sortie de son contexte"

Une polémique totalement "sortie de son contexte" pour Wassim Nasr, journaliste à France 24 et auteur de "État islamique, le fait accompli" (Éditions Plon). "Sa phrase a été détournée" explique-t-il. "Lorsque l'on parle de terrorisme, le premier réflexe est de penser aux attentats qui frappent la France. Or, les propos d'Emmanuel Macron n'avaient aucun lien avec le terrorisme en France ou en Europe mais évoquaient la situation au Sahel. Dans le Sahel, on sait que le climat est un facteur aggravant du terrorisme".

Lier les problématiques climatiques à la montée du terrorisme n'est donc pas inepte. Même si elles n'expliquent pas tout.
En 2014, le GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) avait mis en évidence l'augmentation des risques de conflits violents telles que guerres civiles, conflits interethniques et manifestations violentes lorsque les catastrophes naturelles viennent se cumuler à des facteurs tels que la pauvreté et les crises économiques.
Ce serait donc la conjonction de différentes causes qui conduit à une instabilité politique sur laquelle prospèrent des groupes terroristes, et non le seul facteur climatique. Ce dernier jouerait avant tout le rôle d'amplificateur des inégalités et des injustices qui participent, elles, à la fabrique de la radicalisation jihadiste.

"Il n’est pas impertinent de  corréler la lutte contre le terrorisme avec la lutte contre le réchauffement climatique" confirme le politiste François Burgat de l'Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman. "Mais tout est question de mesure. Lire la crise syrienne par le seul prisme de la sécheresse qui sévit dans la région Jazira aboutit à nier le ressentiment d’une population qui subit depuis 40 ans une dictature bien plus terrible encore".

Autre cause évidente au développement du terrorisme : les guerres menées depuis une trentaine d'années en Afghanistan, en Irak ou en Syrie et qui ont contribué à renforcer les mouvements islamistes et à les rendre plus puissants. 

"Le président français essaye d'avoir une vue plus profonde et ne pas répondre uniquement au terrorisme par la lutte armée" souligne Wassim Nasr.
Une manière pour Emmanuel Macron d'interpeller Donald Trump. Cette "petite phrase" n'était peut-être qu'une manière de rappeler au climato-sceptique président américain, qui a fait du combat contre le antiterroriste son fer de lance, que lutte contre le réchauffement climatique et lutte contre l'islamisme radical restent intimement liées.