Thaïlande : baisse de tensions

Avec le vote de confiance du Parlement le 28 novembre, c'est une victoire symbolique qu'a remporté le gouvernement de Yingluck Shinawatra. La rue, pourtant, continue à protester, et les « chemises jaunes » à réclamer son départ, comme chaque jour depuis plus d'un mois. Des opposants qui l'accusent, entre autres, de préparer le retour de son frère Thaksin, ancien Premier ministre en exil. Mais à quelques jours du 86ème anniversaire du roi, une trêve nationale s'annonce et la Première ministre joue l'apaisement.

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La trêve, par la grâce du roi...

La trêve, par la grâce du roi...


03.12.2013Avec AFP
Un parfum de trêve

Des milliers de manifestants ont été autorisés, ce mardi, à entrer brièvement au siège du gouvernement, dans une tentative des autorités de calmer le jeu, au moins provisoirement, à l'approche de l'anniversaire du roi, jeudi 5 décembre : "Il s'agit de créer une bonne atmosphère pour que les célébrations de l'anniversaire du roi soient sous des auspices favorables, afin que le roi soit content", a déclaré le vice-Premier ministre, Surapong Tovichakchaikul, à la télévision.


Partie remise

Après avoir assiégé ce symbole du pouvoir pendant plusieurs jours, les manifestants ont pu franchir les barricades et s'y promener, se prenant en photo et sympathisant avec les policiers. Avant de partir, d'eux-mêmes, comme ils l'avaient fait quelques jours plus tôt au siège de l'armée de terre. "Nous comprenons tous que que tout doit être calme pour ce jour de bon augure", a renchéri le chef du Conseil de sécurité nationale, Paradorn Pattanatabut, dans cette monarchie constitutionnelle où le roi Bhumibol est vénéré. "Des discussions pourront avoir lieu après l'anniversaire du roi. Cela prendra du temps pour régler la crise par la négociation", a-t-il ajouté.

Une victoire partielle

Mais le meneur des manifestants, Suthep Thaugsaban, n'a pas dit vouloir faire profil bas, après plus d'un mois de crise politique ayant dégénéré le week-end dernier en de violents affrontements qui ont fait quatre morts dans des circonstances troubles et quelque 250 blessés. "C'est une victoire partielle. Mais elle n'est pas définitive, car le régime Thaksin est encore en place. Vous ne pouvez pas encore rentrer chez vous", a lancé Suthep Thaugsaban à ses partisans, appelant à marcher mercredi sur le siège de la police nationale. L'ancien vice-Premier ministre, sous le coup de deux mandats d'arrêt pour l'occupation d'un ministère et pour "insurrection", a toutefois évoqué une pause jeudi. "Après l'anniversaire du roi, nous recommencerons la lutte".


Le gouvernement joue la non-intervention

Réunissant jusqu'à 180 000 personnes au pic des rassemblements, l'opposition conteste l'autorité de la Première ministre, Yingluck Shinawatra, l'accusant d'être la marionnette de son frère, Thaksin Shinawatra, chassé des mêmes fonctions par un coup d'Etat en 2006. Yingluck a de son côté joué jusqu'ici la carte de la non-intervention, pariant sur un essoufflement du mouvement. Elle s'est dite prête aux discussions, mais a fermement rejeté l'avènement d'un "conseil du peuple", non élu, contraire à la Constitution.

Le roi Bhumibol lors de son 82ème anniversaire, en 2009
Le roi Bhumibol lors de son 82ème anniversaire, en 2009
Mardi, à son retour de la station balnéaire de Hua Hin où le roi Bhumibol réside et où elle s'est rendue dans le cadre des préparatifs des célébrations de l'anniversaire, elle a appelé tous les secteurs de la société à tenter de trouver une solution à long terme. "Bien que la situation politique ne soit pas totalement revenue à la normale, il y a eu des progrès".

Le quartier général de la police "appartient au peuple"
Depuis des semaines, Suthep Thaugsaban multiplie, quant à lui, déclarations et opérations choc comme la prise de bâtiments publics. Un noyau dur de quelques milliers de manifestants parfois violents ont ces derniers jours déplacé blocs de béton et barbelés pour gagner du terrain sur des policiers assiégés, les repoussant à coups de gaz lacrymogène, de balles en caoutchouc et de canons à eau, avant le changement de stratégie des autorités mardi. Le chef de la police de Bangkok, le général Kamronwit Thoopkrajang, a ainsi également ouvert à des milliers de manifestants son quartier général qui "appartient au peuple".


Démocrates et royalistes,une même haine de l'ex-Premier ministre Thaksin Shinawatra

Au coeur de la colère des manifestants, alliance de bourgeois conservateurs proches du Parti démocrate et de groupuscules ultra-royalistes : une haine profonde de Thaksin Shinawatra qui rejaillit sur sa soeur, à la tête du gouvernement depuis 2011, après une large victoire dans les urnes du parti se réclamant de Thaksin, Puea Thai.
                 
Le Parti démocrate, principale formation de l'opposition et qui n'a pas remporté d'élections nationales depuis 20 ans, est derrière les manifestations. Majoritaire à Bangkok et dans le sud de la Thaïlande, il est traditionnellement soutenu par les élites de la capitale - hauts-fonctionnaires, magistrats, militaires et proches du Palais royal - qui voient dans Thaksin et le mouvement des "chemises rouges" soutenant ce dernier une menace pour la monarchie.
                 
Le passage au pouvoir des Démocrates, de 2008 à 2011, avait été rendu possible par la dissolution fin 2008 du parti au pouvoir par la justice qui avait forcé le Premier ministre, beau-frère de Thaksin, à la démission. Cette décision de justice avait suivi l'occupation par les "chemises jaunes" royalistes du siège du gouvernement pendant plus de de trois mois et des deux aéroports de Bangkok pendant neuf jours.
                 
Si la crise devait se prolonger, la grande incertitude reste la réaction de l'armée, dans un pays qui a connu 18 coups d'Etat ou tentatives de coups d'Etat depuis l'établissement de la monarchie constitutionnelle en 1932.