Thaïlande : la violence s'installe au coeur des manifestations

(Photo : AFP)
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Pour la deuxième fois en deux jours, des explosions ont eu lieu pendant des manifestations de l'opposition. Ce sursaut de violence inquiète, ses auteurs restent mystérieux.

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S'agit-il d'un tournant dans le conflit qui agite la Thaïlande depuis des mois ? Pour la deuxième fois cette semaine, des explosions ont eu lieu au cœur de manifestations antigouvernementales.
Ce dimanche 19 janvier, deux explosions et des tirs se sont produits au Monument de la Victoire, une des intersections du centre-ville occupées par les manifestants. Une trentaine de personnes ont été blessées.
Deux jours avant, un engin apparemment de type grenade avait explosé dans un défilé auquel participait le leader du mouvement Suthep Thaugsuban. Le bilan cette fois était d'un mort et une quarantaine de blessés
Alors que depuis plus de deux mois, les manifestants réclament la démission de la Première ministre Yingluck Shinawatra, ces deux incidents successifs sont un signe inquiétant d'aggravation de la violence. "Un premier engin explosif a été lancé sur une tente derrière la scène où j'étais assis. J'étais probablement la cible", a déclaré dimanche à la presse Thavorn Senniem, un des leaders du mouvement. "Les gens ont vu des suspects et les ont pourchassés mais un suspect a lancé un deuxième engin explosif (...) et un autre groupe a tiré des coups de feu, avant de partir en moto", a-t-il ajouté.

Tirs ou provocations lors des mouvements de rue ne sont pas une première dans ce pays habitué aux violences politiques. Depuis le début de cette crise, on compte déjà neuf morts, la plupart abattus dans des circonstances troubles. Mais avant vendredi, les incidents s'étaient produits la nuit dans des campements de manifestants, et pas en plein jour au milieu de rassemblements de centaines de personnes.
                 


La Première ministre Yingluck Shinawatra, le 15 janvier 2014 à Bangkok (Photo AFP)
La Première ministre Yingluck Shinawatra, le 15 janvier 2014 à Bangkok (Photo AFP)
Contre le "système Thaksin"


Pour le moment, les auteurs de ces attaques ne sont pas connus. Des partisans du gouvernement qui tenteraient de décourager les manifestants ? C'est une hypothèse que certains observateurs contestent. Du coté du pouvoir, on soupçonne une manœuvre plus complexe. L'opposition est accusée de chercher à provoquer des violences pour forcer les militaires à organiser un nouveau coup d’État. Le puissant chef de l'armée de terre a récemment refusé d'exclure un putsch.
"Puea Thai (parti au pouvoir) est très inquiet, nous condamnons la violence", a déclaré dimanche à l'AFP Noppadon Pattama, conseiller de Thaksin Shinawatra, évoquant des personnes désireuses de "créer le chaos, comme prétexte à une intervention militaire".
Les manifestants, alliance hétéroclite des élites de Bangkok, d'ultra-royalistes et d'habitants du Sud, réclament la tête de Yingluck et la fin de ce qu'ils appellent le "système Thaksin", du nom de son frère, l'ancien premier ministre Thaksin Shinawatra qu'ils associent à une corruption généralisée
L'ancien Premier ministre, en exil,  est accusé de gouverner par l'intermédiaire de sa soeur. Il a été renversé en 2006 par un coup d'Etat, engluant la Thaïlande dans des crises politiques à répétition. Le pays est particulièrement divisé entre ceux qui adorent Thaksin et ceux qui le haïssent et le voient comme une menace pour la monarchie.                 
Après avoir occupé ou assiégé ministères et administrations ces dernières semaines, des dizaines de milliers de manifestants ont lancé lundi 13/01 une opération de "paralysie" de la capitale pour intensifier leur pression sur le gouvernement. Au bout d'une semaine, la mobilisation semble avoir diminué, même si plusieurs carrefours stratégiques sont toujours occupés.
Pour tenter de sortir de la crise, Yingluck a convoqué des législatives anticipées pour le 2 février, mais les manifestants ne veulent pas de ce scrutin, qui a toutes les chances d'être remporté par le Puea Thai. Le Parti démocrate, principal parti d'opposition, a choisi, lui, de le boycotter.