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Tibet : un anniversaire à risque

Trois victimes en trois jours : les immolations se multiplient au Tibet à l’approche d’anniversaires sensibles.

Le dalaï lama, chef spirituel des Tibétains, avait en mars 1959 pris le chemin de l'exil et, en mars 2008, des manifestations de moines bouddhistes à Lhassa avaient dégénéré en émeutes et gagné l’ensemble de cette région chinoise.

Entretien avec Samdhong Rinpoché, ancien Premier ministre du "Gouvernement tibétain" en exil entre 2001 et 2011, de passage à Paris.

dans

“ les injustices endurées par le peuple tibétain sont insupportables“


TV5monde : L’organisation non gouvernementale
Free Tibet a dénombré plus de vingt immolations en 2011. Début mars, trois personnes en trois jours ont trouvé la mort par immolation. Outre les moines, ce sont aussi de simples citoyens qui se suicident ainsi. Est-ce leur seule manière d’exprimer leur révolte selon vous ?

Samdhong Rinpoché : Oui, il va de soi que les mesures répressives et les injustices endurées par le peuple tibétain sont insupportables. De leur côté, les Tibétains sous la direction de sa Sainteté le dalaï-lama, sont appelés à respecter la non-violence.

Donc, l'immolation est un moyen de souffrir sans faire du mal aux autres. Cela montre aussi leur souffrance d’être torturés et l'objet d'intimidations. C’est très triste mais je pense que ce genre de protestation n’est pas terminé.

Cela montre un très grand courage du peuple. Et puis, ils ne font de mal à personne d'autre qu'eux. Se blesser peut être considéré comme une certaine violence mais c’est une violence contre eux-mêmes. Comme Gandhi nous l’a appris, souffrir soi-même au lieu de faire souffrir son adversaire. Par conséquent, cela montre leur courage, leur détermination.

Quelles sont les conséquences de la politique chinoise dans le vie quotidienne des Tibétains ?

Les effets sur la vie des Tibétains sont évidents. Ils choisissent de s'immoler tant la vie y est insupportable. Les gens ne feraient pas ce geste s’ils avaient le choix de vivre en toute dignité.

Le peuple est dépourvu de toute sorte de dignité et de liberté humaine, particulièrement de liberté de conscience, de liberté de choisir sa propre religion, … Ils ne peuvent absolument pas choisir leurs vies.



Etes-vous optimiste quant à l’avenir du Tibet avec l'élection présidentielle chinoise ?

Bien sûr ! Les choses changeront parce que la situation actuelle est absolument insoutenable. Et pas seulement dans le domaine de la religion mais aussi dans la vie quotidienne. Ces mesures répressives ne sont pas des réponses à toutes les douleurs.

Je n’ai pas d’espoir particulier pour le changement de dirigeant. Cela ne signifie pas que des changements politiques ne vont pas suivre. Mais de manière générale, la façon dont le régime actuel dirige la société est absolument inhumaine. Et l’inhumanité ne peut pas durer indéfiniment. Donc, nous sommes plein d’espoir pour que le changement se produise mais nous ne pouvons faire aucune prévision pour l'instant.

Pensez-vous que le Premier ministre Lobsang Sangay, élu l'année dernière et successeur politique du dalaï-lama, pourrait avoir plus d’influence sur les autorités politiques internationales ?

Bien sûr, les forces de la démocratisation et un nouveau jeune dirigeant énergique sont les clés d'un changement positif. Cette nouvelle direction peut apporter plus de soutien et davantage d’actions positives.

Cérémonie dédiée à la paix et aux victimes de la répression chinoise

11.03.2012Reportage : Guillaume Couderc et Cédric Alliot
Il y a 53 ans le Tibet tentait de se révolter. A Paris, s'est tenue une cérémonie religieuse pour rendre hommage à cette impossible révolte. 
Cérémonie dédiée à la paix et aux victimes de la répression chinoise


Dates à retenir

10 mars 1959 : Soulèvement du peuple tibétain et exil du dalaï-lama-lama. Il traverse l'Himalaya à pied pour rejoindre l'Inde

Mars 2008 : Émeutes de moines bouddhistes à Lhassa (capitale du Tibet)

10 mars 2011 : le dalaï-lama-lama renonce à son titre de chef politique des Tibétains

8 août 2011 : Lobsang Sangay, juriste de 43 ans, prend ses fonctions de nouveau Premier ministre du Gouvernement tibétain en exil et successeur politique du dalaï-lama

Chine: troisième immolation en trois jours en zone tibétaine

AFP – 6 mars 2012

Une nouvelle immolation par le feu a eu lieu dans une zone tibétaine du sud-ouest de la Chine, la troisième en trois jours, ont annoncé des groupes de défense des Tibétains tandis que la sécurité a encore été renforcée à l'approche d'anniversaires sensibles.
Un jeune homme de 18 ans nommé Dorjee est mort après avoir crié des slogans antigouvernementaux et s'être transformé en torche humaine devant des bâtiments publics de la préfecture d'Aba, dans la province du Sichuan, ont annoncé tard lundi les associations Free Tibet et International Campaign for Tibet.
Le jeune Tibétain est décédé sur place et son corps a été emporté par des membres de la sécurité, a précisé Free Tibet, dont le siège est à Londres.
Contactée par l'AFP, la police d'Aba --qui compte une large population d'ethnie tibétaine et est l'épicentre de la contestation actuelle-- a refusé de s'exprimer sur cette nouvelle immolation.
La veille de ce geste désespéré, dimanche, une femme de 32 ans, mère de quatre enfants, s'était également donné la mort en s'immolant par le feu dans le Sichuan également.
Une autre Tibétaine, âgée de 16 à 19 ans selon les sources, s'est suicidée samedi de la même manière dans un marché aux légumes de la province du Gansu, voisine du Sichuan, avait annoncé Free Tibet.
Au moins 26 Tibétains, en majorité des moines bouddhistes du Sichuan, se sont immolés par le feu ou ont tenté de le faire en un an dans les zones tibétaines chinoises.
De nombreux Tibétains disent ne plus endurer la répression de leur religion et de leur culture et une domination grandissante des Han, ethnie fortement majoritaire en Chine.
Ces suicides interviennent alors que se profilent dans les prochains jours des anniversaires sensibles.
Le dalaï lama, le chef spirituel des Tibétains, avait en mars 1959 pris le chemin de l'exil, traversant à pied l'Himalaya pour arriver en Inde.
Et en mars 2008 des manifestations de moines bouddhistes à Lhassa, la capitale du Tibet, à l'occasion du 49e anniversaire du soulèvement et de l'exil du dalaï lama, avaient dégénéré en émeutes et gagné tout le plateau tibétain.
La sécurité a été encore renforcée dans ces régions, notamment dans et autour des monastères et les liaisons téléphoniques et internet ont été par endroit coupées.