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Transition énergétique : la réalité sur la sortie du nucléaire allemande

Parc éolien près de Jacobsdorf, le 19 septembre2017, en Allemagne. (Patrick Pleul / AP)

Des actions militantes contre des centrales allemandes au charbon, dans le cadre de la COP23, dénoncent la sortie du nucléaire engagée par Angel Merkel qui augmenterait les émission de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. La réalité est toute autre : l'Allemagne ferme des centrales au charbon chaque année, émet moins de Co2 et exporte bien plus d'électricité qu'elle n'en importe. Explications chiffrées. 

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C'est un serpent de mer qui revient chaque année depuis 2011, date à laquelle l'Allemagne a annoncé sortir à 100% du nucléaire en 2022 : la pollution par les centrales au charbon, ainsi que le rachat d'électricité seraient en augmentation croissante, mettant ce pays en contradiction avec ses engagements sur la réduction d'émission des gaz à effet de serre dans le cadre des différents accords sur le réchauffement climatique.

"L'Allemagne ne produit plus assez d'électricité et achète à l'étranger" : faux

Le premier argument souvent relayé pour critiquer la sortie du nucléaire de l'Allemagne est celui d'une hypocrisie supposée : depuis qu'il ferme ses centrales nucléaires, le pays d'Angela Merkel, malgré ses investissements dans les renouvelables, serait en déficit énergétique et obligé d'acheter une part de son électricité dans les pays voisins. Cette affirmation est parfaitement fausse. Le baromètre sur les statistiques-clés du marché de l’électricité en Allemagne de l'office franco-allemand pour la transition énergétique indique très clairement que : "En 2016, la production brute d’électricité en Allemagne s’est élevée à 648,4 TWh, dont 29% était issue de sources d’énergies renouvelables. La consommation nette s’élevait elle à 525,1 TWh."

L'allemagne est donc excédentaire en énergie électrique : "Le solde exportateur d’électricité de l’Allemagne a augmenté en 2016 pour la cinquième année consécutive. Il s’est porté à 53,7 TWh (80,7 TWh d’export et 27 TWh d’import), soit environ 8% de la production brute d’électricité du pays".
Il est à noter que l'Allemagne achète plus qu'elle ne vend d'électricité surtout à un seul pays : la France, qui  avec une poduction à 72% nucléaire a un solde d'échanges d’électricité vers les pays voisins qui atteint 61,7 TWh, pas beaucoup plus que son voisin allemand.
 

"L'Allemagne ouvre des centrales au charbon et rejette plus de Co2 depuis sa sortie du nucléaire" : Faux

Depuis 2011, avec  l'engagement de l'Allemagne d'opérer une sortie complète du nucléaire suite à la catastrophe de Fukushima, une information revient souvent pour décrier ce choix : des centrales au charbon ou à la houille et lignite auraient été relancées, voire construites pour compenser les manques de production électrique induits par la fermetures des réacteurs nucléaires. Ces centrales au charbon rendraient l'Allemagne bien plus polluante en terme de rejets de Co2 dans l'atmosphère. Là encore, cette affirmation s'avère parfaitement fausse. Entre 2011 et 2015, 34 centrales à charbon ont été fermées et 11 onze autres centrales au lignite et à la houille ont commencé à être démantelées pour la période 2016-2019. 

Les données statistiques de l'Agence fédérale de l'environnement allemande démontrent que les émissions de gaz à effet de serre continuent de baisser. Si elles n'ont pas autant baissé en 2011 que dans des périodes antérieures (de 3% par an à 1%), elles continuent néamoins de baisser. Et les raisons du ralentissement de la baisse sur les premières années, si elles sont causées par le charbon au fur et à mesure que les renouvelables prennaient le relais, ne le sont plus aujourd'hui. (Visualisation graphique : Le Monde.fr)
 

"En Allemagne, les énergies renouvelables ne prennent pas suffisamment le relais du nucléaire" : Faux


Là encore, ces affirmations sont erronnées : la part des énergies renouvelables est en croissance constante en Allemagne et vient entièrement compenser la réduction tant des centrales nucléaires que celles au charbon et à la lignite (Visualisation graphique : Le Monde.fr) : 
 
Les énergies renouvelables prennent part pour 29% dans la production électrique allemande fin 2016. Le déclin de la part du nucléaire depuis 2011, ainsi que celle du charbon depuis 2013 est là aussi facile à constater. Sur le plan énergétique global, l'Allemagne compte tenir son objectif d’atteindre une part de 18% d’énergies renouvelables dans sa consommation finale d’énergie d’ici 2020. Fin 2015, celle-ci s’élevait à 14,6% selon la méthodologie de la directive 2009/28/CE4 :
 

Conclusion : la transition énergétique et la sortie du nucléaire allemande sont une réussite

Il reste une centaine de centrales au charbon en Allemagne en 2017, et leur pollution reste problématique en termes de qualité de l'air et donc de santé publique, bien au delà des critères d'émissions liés aux engagements climatiques. Mais les renouvelables et particulièrement l'éolien "offshore" (en mer) parviennent à relayer la baisse du nucléaire, aidés par des centrales au gaz — moins émettrices. Cet ensemble de mesures démontre que l'Allemagne est en train de gagner son pari de sortie du nucléaire couplé à ses engagements sur la baisse de ses émissions de gaz à effet de serre. Si les centrales au charbon encore en service en Allemagne posent un problème pour la qualité de l'air, il est par contre certain que la problématique de stockage des déchets ou de possibles accidents nucléaires ne soient bientôt pour ce pays qu'un lointain souvenir.

Ce qui est loin d'être le cas de son voisin français.