Travailleurs détachés : la Pologne sourde aux remontrances françaises

Travailleurs polonais employés dans l'agriculture, dans l'Est de l'Allemagne.<br />
(Bernd Settnik/dpa via AP)
Travailleurs polonais employés dans l'agriculture, dans l'Est de l'Allemagne.
(Bernd Settnik/dpa via AP)

Le statut et le sort des travailleurs détachés de l'Union européenne (relevant en partie des règles sociales généralement moins favorables de leur pays d'origine) continue d'y faire débat. Si les pays les plus riches (Allemagne, France) penchent pour plus de rigueur, les États pourvoyeurs de main d'oeuvre, tels la Pologne,  veulent conserver un laisser-faire qui profite à leur économie, comme l'a constaté aujourd'hui à Varsovie la ministre française du travail.

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La ministre française du Travail Myriam El Khomri a appelé mercredi la Pologne à combattre les sociétés boîte-aux-lettres qui exploitent les travailleurs détachés et constituent "une forme de concurrence déloyale". 

Dans une conversation à Varsovie avec son homologue Elzbieta Rafalska, Mme El Khomri a exposé des arguments concrets pour illustrer ses propos : elle lui a remis une adresse dans la capitale polonaise où dix-neuf entreprises travaillant en France sont domiciliées et des photos montrant des logements insalubres où des travailleurs détachés sont contraints d'habiter.

Les entreprises boîte-aux-lettres sont "une forme de concurrence déloyale", a-t-elle dit au cours d'une rencontre avec des journalistes. "C'est indéfendable". 

Son objectif général est de promouvoir la révision d'une directive européenne de 1996 qui fait l'objet de nombreuses violations : non-déclaration, rémunération inférieure au salaire minimum, dépassement des durées maximales de travail, hébergement indigne.

Cette révision devant permettre d'aligner les conditions des travailleurs détachés sur celles des travailleurs locaux est appuyée par l'Allemagne, mais refusée par onze Etats, en majorité d'Europe de l'Est, dont la Pologne, qui y ont mis un "carton jaune", obligeant la Commission européenne à revoir sa copie.

Ces pays estiment en substance qu'accepter une telle évolution de la réglementation européenne réduirait la compétitivité de leurs entreprises. 

Dignité des travailleurs

Mme El Khomri a reconnu, pendant une rencontre avec les journalistes, qu'elle n'avait pas réussi à faire changer d'avis son interlocutrice sur ce point.

"Il y a divergence. Les Polonais pensent que le marché peut se réguler naturellement", compte tenu de la croissance économique enregistrée dans leur pays, supérieure à celle des pays occidentaux,  a-t-elle relevé.

La ministre française a également insisté sur la nécessité d'interdire le "double détachement", consistant à détacher un travailleur dans un pays qui le détache à son tour dans un autre, ce qui rend impossible toute vérification concernant les cotisations sociales et les taxes devant être acquittées. 

Elle a en outre noté l'importance de contrôler les entreprises qui exportent leurs travailleurs pour vérifier si elles ont une activité réelle dans leur pays d'origine.

L'enjeu de fond, a-t-elle dit, est "la dignité des travailleurs dans l'espace européen". 

La France et la Pologne sont parmi les pays les plus concernés par cette problématique. La France est le troisième pays d'envoi, après la Pologne et l'Allemagne, et le deuxième pays d'accueil. Sur 1,9 million de travailleurs détachés dans l'UE, 430.000 sont des Polonais.