Tsunami et menaces nucléaires vus par le blog planétaire

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Le spectre de Tchernobyl

Trois jours après le séisme et le tsunami survenus au Nord Est de l'archipel nippon, au delà du désastre humain avec ses milliers de morts et ses villes en ruines, le Japon vit maintenant avec l'épée de Damoclès d'une catastrophe nucléaire au dessus de tout le pays, de l'ampleur de celle qui se produisit à Tchernobyl en Union soviétique, voilà tout juste 25 ans.

Écrivains, journalistes et personnalités du monde entier réagissent à cette nouvelle calamité. Que vous pouvez aussi commenter à votre tour.


D'Algérie : de Tokyo à Tripoli, la même impuissance des puissants

par Ghania Mouffok, d'Alger, le 17 mars 2011, 10 h 00 GMT

Un hélicoptère tente de jeter de l'eau pour refroidir les réacteurs en surchauffe de la centrale de Fukushima
Un hélicoptère tente de jeter de l'eau pour refroidir les réacteurs en surchauffe de la centrale de Fukushima
Du Japon à la Libye, cette question rend amer ce café du matin. Comme des milliers d’être humains, ni d’occident, ni d’orient, juste de cette terre, je tremble et pour les Japonais et pour les Libyens. Et si ces deux drames ne se ressemblent pas, si ce n’est dans leurs instants voisins et le temps de l’attente, ils nous renvoient à nos impuissances technologiques, dans la troisième puissance mondiale, et à nos impuissances politiques dans le désert de Libye. Que se passe-t-il entre Tokyo et Fukushima, autour des centrales nucléaires, empilées comme un jeu de légo de l’apocalypse ? Que se passe-t-il entre Tripoli et Benghazi où Ubu et son fils, en maîtres-chanteurs cyniques, annoncent leur victoire ? Il faudra attendre avant de sauver les insurgés libyens et il faut attendre, nous disent les spécialistes en énergie nucléaire, l’épilogue de la catastrophe nucléaire avant de savoir si elle arrive avant Tchernobyl ou après, dans cette horrible échelle des records.

« Situation confuse en Libye » titrent en boucle les chaînes d’information continue. Et le monde des savants semble réduit à décrypter les messages barbares des fumées qui s’échappent des centrales nucléaires pour construire des scénarii : catastrophe ou apocalypse tomorow ? « Situation confuse au Japon ». Cette confusion est étonnante alors que l’on nous chante la transparence du monde, grâce à la révolution technologique. Et nous avons bien voulu croire que la technologie au 21ème siècle serait synonyme de transparence. Et nous voilà penauds, alors que l’on nous annonce la plus grande catastrophe nucléaire de notre ère, la troisième puissance du monde semble impuissante à lui faire face, si ce n’est avec de minuscules hélicoptères, de ceux qui éteignent les feux d’incendie. Des hélicoptères qui ne peuvent pas s’approcher des fissures qui s’étalent, nous dit-on parce que la radioactivité qui s’en dégage dépasse le seuil de l’acceptable pour les humains, « trop élevée ».

LE TROU NOIR DU SAVOIR MONDIALISÉ

Le pire, pour une néophyte en la matière, c’est bien de ne pas entendre la communauté scientifique mondiale se réunir en conclave pour additionner le savoir accumulé sur ces questions et si ce n’est trouver des solutions, au moins proposer des alternatives. Comment fait-on pour refroidir un réacteur menaçant, là sous nos yeux, et dont les carapaces protectrices fondent sous l’effet de la chaleur ? J’ai du mal à croire que la seule solution soit de lui balancer de l’eau comme sur une vulgaire cocotte-minute. Il est vrai que le drame japonais semble avoir été de ceux auquel on ne pense pas tant il relève du cauchemar, c’est un drame impensé. Tremblement de terre de 8,9 sur l’échelle de Richter plus tsunami, plus centrales nucléaires en surchauffe serait donc le trou noir du savoir mondialisé.

Des hommes, tout petits, devant ce déchaînement de catastrophes, se sacrifient pourtant, pour éteindre le feu. Au plus près de la radioactivité, Ils sont tout seuls dans ce courage qui fait la grandeur de l’humanité. Seuls comme des Libyens, face à un autre déluge de feu, plus banal sans doute mais qui met aussi sur la balance l’avenir d’une nation. Réunis au chevet de l’insurrection libyenne, hier, les ministres des Affaires étrangères des 8 pays les plus puissants de la planète se sont dispersés comme des particules radioactives après avoir décidé que la meilleure chose à faire était d’attendre. Le ministre des Affaires étrangères russe a dit en substance, je ne suis ni pour ni contre une intervention militaire mais j’attends plus de précisions venant de nos amis arabes. « Des amis arabes » qui, une fois n’est pas coutume, venaient d’accepter de venir en aide aux insurgés contre un dictateur.

LA MONDIALISATION S'ARRÊTE-T-ELLE AUX CATASTROPHES ?

Et si l’on peut comprendre la prudence de l’Occident discrédité, après le fiasco en Irak et en Afghanistan, deux enlisements nauséabonds avec leur Abou Ghraïb et leurs dégâts collatéraux qui ont transformé les Irakiens et les Afghans en parias dans leurs propre pays, on reste là encore sidéré par le manque de solution alternative. Ainsi donc, les pays les plus forts du monde, les plus démocratiques, ne peuvent rien contre Ubu et ses fils, ni rompre leurs relations diplomatiques, ni geler quelques fortunes mal acquises, ni même les menacer d’un quelconque tribunal international. À part bombarder, occuper des terres qui ne sont pas les leurs, les 8 pays les plus puissants du monde n’auraient donc d’autre possibilité pour faire trembler un tyran que d’en appeler à l’Égypte et à la Tunisie ? Au prétexte que ces deux pays sont voisins et en révolution, ils pourraient, leur suggère- t- on, aller, en passant, finir le travail commencé par les insurgés libyens, alors que ces deux pays n’ont jamais été aussi fragiles parce qu’ils doivent justement tout réinventer… si le G8 et ses institutions financières les laissent faire, ce qui n’est pas gagné. Les bourses du monde les surveillent comme elles veillent impitoyables à fragiliser encore plus le Japon dont la cote baisse à la vitesse avec laquelle les centrales nucléaires fondent sous la neige qui rend de glace les sourires japonais qui font l’admiration du monde et la mienne.

Et s’il n’y avait que la loi de la bourse qui était vraiment mondialisée sur cette planète pourrie, de Benghazi à Fukushima?

Ghania Mouffok est écrivaine et journaliste, correspondante de TV5Monde à Alger

Le voisin chinois doit réfléchir

par Xu Tiebing, de Pékin, Chine, 17 mars 2011, 09 h 00 GMT

? La Carte des Zone de tremblement de la Terre et la répartition des sites de centrales nucléaires en Chine ---- 2300 avant notre ère à l’an 2000 environ -----<br/>?  En rouge:  zone ou bande de risque de tremblement de la Terre. Plus grand est le point, plus fort est le degré - Chiffre 4 à 9:  degré du tremblement de la terre enregistré<br/>? :   centrales nucléaires en opération  <br/>? :   Points verts : les centrales nucléaires en construction
? La Carte des Zone de tremblement de la Terre et la répartition des sites de centrales nucléaires en Chine ---- 2300 avant notre ère à l’an 2000 environ -----
? En rouge: zone ou bande de risque de tremblement de la Terre. Plus grand est le point, plus fort est le degré - Chiffre 4 à 9: degré du tremblement de la terre enregistré
? : centrales nucléaires en opération
? : Points verts : les centrales nucléaires en construction
La Nature place « nous » la Chine et le Japon dans la même région, et inévitablement, on subit au fil des temps ses humeurs variables et bien souvent imprévues.
Cette foi, la combinaison des désastres hors dimension au Japon nous forcent de faire la comparaison sous l’angle sociétal, nous poussent à mener une réflexion sur le choix du nucléaire.

ADMIRATION ET HONTE

Le nombre de mort et de disparus à Fukushima crée un record terrifiant, mais en très grande partie dû à la dévoration du Tsunami, tandis que les bâtiments tiennent tant bien que mal, alors que chez nous, la mort est causée le plus souvent par les écroulements des constructions. Quel contraste si choquant de voir que les sinistrés japonais s’abritent au sein des écoles ou dans d’autres endroits publics, tant dis que les parents chinois pleuraient leurs enfants morts autour des écoles dont les bâtiments s’écroulent presque toujours en premier. Nous rêvons et réclamons en Chine les mêmes critères pour les édifices des administrations et pour la construction publique, et la même solidité pour les habitations des dignitaires et que pour les plus modestes comme les HLM.
La panique collective d’un côté et le cynisme de l’autre sont inévitables après chaque désastre, mais notre voisin montre collectivement plus de maturité dans sa société organisée grâce à l’entraide dans les secours sans attendre l’opération de la Direction suprême. Pensons aux Haïtiens, aux Turcs, et surtout à nous mêmes, à notre comportement collectif dans un cas similaire : énorme rattrapage à faire !

NOTRE DROIT À L'INFORMATION

Le droit de savoir, principe sacré et pourtant purement théorique ! Au-dessus des différences politiques des systèmes et des régimes, cette pratique de la faible transparence informationnelle dans ce type de crises est courante dans le monde y compris dans mon pays, avec le même scénario chaque fois répétée : vérité volontairement cachée, début d’aveu selon l’évolution des choses, révélation sélectionnée et graduelle, toujours dans un soucis de l’Ordre - en soi tout à fait naturel - dans un besoin de (self)-légitimation. Sur ce point, la stupidité et l’intelligence sont présentes chez nos dirigeants de nature technocrate, tout autant que chez nous, le public ordinaire. Alors que faire pour le respect du droit informationnel ? Modestement, je dirais : vigilance, efforts et capacité de déchiffrage et retenue dans la désillusion.

L'OPTION NUCLÉAIRE À REPENSER

Pour certains, le total zéro nucléaire, aussi bien militaire que civil est l’objectif final et faisable, un monde sans le danger nucléaire, quelle merveille ! Je ne suis pas insensible à cette perspective même si je ne crois pas pour autant à sa réalisation aussi bien dans un avenir proche que plus lointain.

Face au choc de Fukushima, nos gouvernants commencent déjà à multiplier des discours rassurants, et de continuité de l’option nucléaire justifiée par la demande en énergie, alors même que d’autres voix hétérogènes se font entendre en particulier via l’Internet. Si l’antinucléaire constitue un courant encore très marginal, la Peur collective va augmenter considérablement surtout dans la Chine maritime et urbaine : de Three Mile Island, on avait vaguement entendu parler ; Tchernobyl restait encore assez loin et surtout dans l’écran de la télé, alors que Fukushima si proche(air, gens, poissons, légumes…)crée une proximité, voire un espace de vie en commun. Dans la région, le Japon demeure le pionnier du processus de la modernisation. Doit-il l’être y compris dans le choix du nucléaire ? Avec sa tragédie associée ? Et si c’est incontournable, est ce que nous aurons suffisamment d’intelligence et de prudence dans le choix de site, dans notre capacité de prévention et de réparation ?

D'Haïti, la contemplation d'un océan de désastre

par Ladenson Fleurival, de Port au Prince, Haïti, le 17 mars 2011, 04 h 00 GMT

L’imminence d’une explosion nucléaire au Japon qui serait la conséquence directe du terrible tremblement de terre suivi d’un tsunami dévastateur, fait peur aux puissances du monde entier. Pris au dépourvu, les seigneurs de la guerre commencent à revoir leur stratégie. Les populations civiles qui se comportaient jusque-là en bons enfants, exigent des explications. D’où la forte mobilisation internationale de nature à rassurer les citoyens.

Pas étonnant qu’en France, en Allemagne et ailleurs, les dirigeants usent des stratagèmes pour convaincre leurs peuples de la sureté supposée de leur centrales nucléaires. La seule vérité qu’on n’ose pas dire, c’est que ces installations ont pour finalité, la destruction des vies et des biens qu’il soit d’un peuple ou d’un continent.

DES SOMMES D'INQUIÉTUDE

De là, on comprend la somme d’inquiétudes répétées des réseaux d’organisations anti-nucléaires.

D’un autre côté, les informations qui arrivent du pays du soleil levant, ne sont guère rassurantes. L’urgence absolue est décrétée au Japon. Les dernières stratégies des équipes techniques, sont à cette date, sans résultats probants.

Et, pour comble de malheur, la terre a encore tremblé ce mercredi au Japon, avec une réplique de magnitude 6, provoquant l’émoi de la population. Les centrales nucléaires en effervescence, libèrent un taux de radioactivité beaucoup plus supérieur que la normale. Et dans cette situation, le Japon semble ramer sur un océan de désastre.

D'Albanie, comment freiner les rêves fous de nos dirigeants ?

par Ilir Yzeiri, de Tirana, Albanie, le 16 mars 2011, 15 h 00 GMT

La ville maritime massacrée de Durrës en Albanie
La ville maritime massacrée de Durrës en Albanie
Lors de la dernière réunion du gouvernement albanais, le Premier ministre Sali Berisha a annoncé que le gouvernement albanais offrait une aide de cent mille dollars au gouvernement japonais. C’est le geste symbolique d’un pays qui a connu beaucoup de difficultés et qui passe par un moment de crise intense. Les images terribles que montrent à chaque nouvelle édition les chaînes de télévision albanaises ainsi que les chaîne internationales comme BBC, CNN ou TV5Monde, ont remis en mémoire des Albanais une proposition électorale du gouvernement, voilà quelques années, lorsque l’Albanie avait proclamé qu’elle rêvait de devenir une superpuissance nucléaire.

Cette phrase prononcée par notre Premier ministre Sali Berisha en pleine crise énergétique il y a quatre ans, avait provoqué des crises de rire chez les gens sérieux et la tristesse des professionnels. Juste après cette proclamation, le gouvernement italien de Berlusconi était accouru pour examiner la possibilité de transformer en réalité ce rêve fou. À l’époque c’était le Commission européenne qui avait freiné le rêve de notre gouvernement en déclarant que l’Albanie n’avait pas encore la capacité technique et professionnelle pour réaliser un tel projet.

L'ALBANIE POUBELLE DE L'EUROPE

Mais tout le monde se demande encore s’il y a une barrière permettant de freiner les ambitions folles des politiciens de pays comme l’Albanie ? L’Albanie est un petit pays avec des réserves hydrauliques immenses. De l’autre côté de l’Adriatique, notre voisin italien rêve d’utiliser l’Albanie comme décharge à ordures. Roberto Saviano l’écrivain italien qui a dénoncé la mafia italienne s’est exprimé récemment à télévision albanaise Top Chanel et a déclaré que la mafia italienne s’était installée en Albanie et qu’elle tentait d’exporter chez nous les déchets toxiques. Attention !

L’Albanie n’a pas été depuis longtemps frappé par un séisme Les derniers d’une force de 6,5 sur l’échelle de Rihter ont bousculé notre pays dans les années 60 à Diber, puis à Shkoder. Après la chute de la dictature, la construction a connu un rythme frénétique. Mais ce qui inquiète les spécialistes se sont les bâtiments construits au bord de la mer.

Et imaginez les constructions de 12 étages à seulement 200 m de la mer. Le chaos des constructions a touché une des villes les plus belles de l’Albanie - Durres. Quand on arrive à Durres, on peut voir au bord de la mer une vraie catastrophe de constructions. Jusqu’à maintenant les Albanais pensent que « Notre Père » nous a préservés, mais jusqu’à quand... Parce que toutes ces constructions abusives sont très exposées face à un séisme, même d’une échelle raisonnable...

Ilir Yzeiri est journaliste et professeur de l’Université de Tirana

En Chine, sous le choc

par Xu Tiebing, de Pékin, Chine, 16 mars 2011, 15 h 30 GMT

La centrale nucléaire de Yungtang au sud-est de la Chine. Le gouvernement chinois a demandé le 16 mars que toutes les implantations nucléaires chinoises soient inspectées.
La centrale nucléaire de Yungtang au sud-est de la Chine. Le gouvernement chinois a demandé le 16 mars que toutes les implantations nucléaires chinoises soient inspectées.
Une fois n’est pas coutume, puis la répétition devenant la règle, devant un tel phénomène, alors cela sert de référence d’importance, ou de leçon de grand prix :Three Mile Island d’avant-hier, Tchernobyl d’hier, Fukushima d’aujourd’hui s’affichant en un avertissements absolus, c’est bien le cas de ce qui se déroule sous nos yeux quelque part au Japon.

Des territoires s’habituent aux tremblements de la terre, certes pénibles, mais surmontables tant bien que mal, la colère volcanique dévorante et repérable pourtant guérissable, la folie de marées si impitoyable mais finalement, évacuable ou réductible au moins.

NE PLUS VOULOIR L'ASSUJETTISSEMENT DE LA NATURE

Pourtant, le chaos de la Nature, comme partie intégrante de ses lois en soi, se limite dans le temps et la durée, et surtout souvent « saisonnisée », donc, réductible sinon évitable, à condition que l’Humain sache bien comment contourner cette loi, pratiquer de cohabitation et appliquer la logique de compensation : le principe doit être la sagesse de l’adaptation plutôt que de la volonté d’assujettissement.

Le nucléaire, cette création humaine si merveilleuse, nous enthousiasme tout autant qu’elle nous effraie, même dans ses utilisations purement civiles. Les hommes politiques et les super-multinationales nous répètent inlassablement des belles paroles rassurantes, mais une fois de plus, notre confiance s’ébranle terriblement, et notre conviction s’électrochoque de fond en comble devant cette tragédie : qui croire ? À quel degré ?

HALTE AU GIGANTISME

Je ne sais pas quand on pourra parvenir au « Zéro » nucléaire, y compris dans ses aspects civils, je l’avoue, je ne suis ni capable de concevoir la faisabilité de ce retour en arrière, qui est peut-être tout à fait utopique pour très très longtemps tant qu’il n’y aura pas de substitut fiable, propre et économique.

Mais au moins, si le nucléaire nous accompagne au quotidien et demeure inséparable de notre vie pendant encore longtemps, on devrait stopper cette préférence de gigantisme au nom de la productivité, mettre fin à cette habitude de surconcentration des sites, et absolument interdire l’installation de sites nucléaires dans le nombril de la Terre où se manifestent ses colères, ses chaos et ses protestations.
N’oublions jamais de garder une vigilance permanente devant tout propos rassurant et si théâtralisés dans la bouche des dignitaires ou des technocrates.

Xu Tiebing est un universitaire chinois de Pékin

Haïti avec le Japon, malgré le contexte électoral

par Ladenson Fleurival, de Port au Prince, Haïti, le 16 mars 2011, 04 h 00 GMT

Mirlande Hyppolite MANIGAT et Michel Joseph MARTELLY, les deux candidats en lice pour le second tour de la présidentielle du 20 mars 2011, dans une campagne marquée par les traces du séisme du 12 janvier 2010.
Mirlande Hyppolite MANIGAT et Michel Joseph MARTELLY, les deux candidats en lice pour le second tour de la présidentielle du 20 mars 2011, dans une campagne marquée par les traces du séisme du 12 janvier 2010.
La menace d’une explosion nucléaire qui plane sur la planète depuis la catastrophe japonaise du 11 mars dernier, n’inquiète pas outre mesure les Haïtiens qui renvoient la question aux grandes puissances.

À l’heure actuelle, le sujet qui retient l’opinion publique, est le second tour historique des élections présidentielles et législatives. En effet, depuis l’adoption de la Constitution de 1987, c’est la première fois que le pays va expérimenter « un second tour » au niveau de la présidentielle le 20 mars prochain. Les deux candidats : la professeure Mirlande Manigat et le musicien Michel Martelly, s’y adonnent à fond dans leur campagne électorale, en vue de succéder à René Préval.

Cependant, les médias déversent quotidiennement, dans leurs différentes éditions, des flots d’informations sur le sinistre qui fait craindre le pire au Japon. Cette stratégie amène, sinon le gros de la population, du moins les gens les mieux informés, à prendre conscience de l’ampleur du désastre qui menace la planète.

Comme l’a si bien dit le quotidien Le Nouvelliste dans sa livraison du mardi : « Depuis les images du tremblement de terre suivi du dévastateur tsunami qui a endeuillé le Japon, tout Haïtien comprend ce qu'un tsunami signifie et quelles sont les forces destructrices qui accompagnent cette catastrophe naturelle… »

Si l’on doutait de la puissance d’un tsunami, et que l'on s’informait peu sur les conséquences d’un arsenal nucléaire sur le destin du monde, les affres du séisme de magnitude 8,9 qui a mis le Japon à genoux, ont mis à nu toute la laideur humaine et l’ambition démesurée de l’homme à dominer l’homme par la force.

Ladenson Fleurival est journaliste au Matin de Port au Prince

En Roumanie, on doit tirer les premières leçons de la catastrophe au de Fukushima

par Rodica Pricop, Bucarest, Roumanie, le 16 mars 2011, 23 h 00 GMT

Des militants de Greenpeace contestent la construction de la  centrale de Béléné, sur une zone hautement sismique, dans la Bulgarie voisine de la Roumanie.
Des militants de Greenpeace contestent la construction de la centrale de Béléné, sur une zone hautement sismique, dans la Bulgarie voisine de la Roumanie.
Des informations étonnantes abondent dans les médias du monde entier. À voir l’accident nucléaire qui se profile au Japon, espérons qu’il soit évité ou au pire, contenu au maximum, les leaders politiques du monde, pris par la panique, ont commencé à augmenter les mesures de sécurité dans leurs propres centrales nucléaires. L’Allemagne a même décidé de fermer sept réacteurs et renversé une décision visant le prolongement des 17 réacteurs au-delà de la limite pour laquelle ils ont été conçus. L’ONU, L’Union Européenne, L’Agence Internationale pour l’Energie Atomique se réunissent en hâte afin d’augmenter les consignes de sécurité ainsi que les règles de construction…

Ainsi, on apprend que l’énergie nucléaire n’est pas de loin aussi sûre qu’on nous a laissé croire jusqu'à présent.
Avec stupéfaction, les Japonais ont appris aujourd’hui que la Tokyo Electric Power Co, qui administre la centrale de Fukushima est soupçonnée d’avoir falsifié les rapports de sécurité de ses réacteurs nucléaires pendant les derniers dix ans !

UN SÉISME ÉNORME EN ROUMANIE TOUS LES 1000 ANS

En Roumanie, la Nuclearelectrica qui fait fonctionner la seule centrale nucléaire du pays de Cernavoda (sud-est) a tenu à passer un communiqué aujourd’hui en précisant que l’usine est conçue afin de résister à un tremblement de terre de 8.0 sur l’échelle Richter et que en cas de secousse, il n y a pas ‘aucun risque’ d’accident nucléaire. Le plus fort tremblement de terre a frappé le pays le 4 Mars 1977 et a été mesuré 7.3 sur l’échelle de Richter, en faisant plus de 1500 victimes. Bucarest ainsi que d’autres villes du sud, notamment à la proximité du Danube ont été dévastées.

À voir ce qui se passe au Japon, qui n’avait pas prévu un tel désastre, les Roumains ne semblent pas rassurés par les précisions des représentants de la compagnie, surtout que, depuis quelque temps, les séismologues nous avertissent de l’imminence d’un tremblement de terre, aussi ou plus important que celui de 1977. Qui peut dire que la grande secousse ne dépassera pas 8.0 sur l’échelle de Richter ? Un représentant de la compagnie précisait l’autre jour qu’un tel tremblement de terre se produit une fois tous les mille ans. Mais le millier d’années peut très bien se passer à tout moment car on n’a pas des statistiques qui couvrent une telle période de temps…

Un autre danger, peut-être plus grave, tient à la centrale de Béléné dans la Bulgarie voisine. La construction de cette usine a été farouchement critiquée par les écologistes mais aussi par la société civile bulgare, car elle se trouve dans une zone à très haut risque sismique. Le tremblement de terre de la zone de Vrancea en 1977 a fait plus de 200 cents morts et des dégâts importants dans la zone autour de la centrale de Béléné...

METTRE NOS GOUVERNANTS SOUS NOTRE CONTRÔLE

Une des leçons que les peuples devraient tirer du désastre japonais est que, en dépit des apparences, les décideurs politiques ne prennent pas toujours des décisions dans l’intérêt du citoyen. Les centrales nucléaires appartiennent à des compagnes privées, intéressées d’abord par les profits, et la corruption, comme apparemment c’est aussi le cas à Fukushima, peut mettre en danger la sécurité du public.

Beaucoup de nos élus sont devenus de plus en plus puissants, de plus en plus arrogants et coupés de la réalité du citoyen, comme on l’a vu aussi pendant les révolutions de Tunisie et d’Egypte quand les grandes chancelleries ne savaient pas comment réagir aux soulèvements populaires, après avoir, pendant des décennies, soutenu des dictateurs cruels mais riches. Alors il a fallu le tsunami du Japon pour qu’ils se mettent à la transparence, pour l’instant, sur le nucléaire. Il est de plus en plus clair que la fonction publique doit être revue et corrigée afin de permettre aux citoyens de contrôler leurs élus, et que le monde serai plus sûr quand les peuples seront plus vigilants avec leurs représentants. Le changement est bien en cours grâce a WikiLeaks, qui a mis au jour les secrets des plus noirs que les tout-puissants auraient tout donné pour garder loin des yeux des mortels. Désormais, le public à le devoir d’être vigilant.

Rodica Pricop à Bucarest est rédactrice en chef adjointe du quotidien Nine O’Clock et éditorialiste à Bucarest Hebdo

De France, Indignez vous !

par Michel Bernard, de Paris, France, le 15 mars 2011, 19 h 00 GMT

La centrale de Fessenheim en Alsace a été construite voilà 40 ans - Wikicommons
La centrale de Fessenheim en Alsace a été construite voilà 40 ans - Wikicommons
Je suis en colère.

Je suis en colère
parce que l'accident de Tchernobyl n'a pas servi de leçon. Et que l'on continue à entendre et lire les mêmes mensonges sur le nucléaire dans les médias.

Je suis en colère quand j'entends à la radio, un haut responsable du nucléaire français nous dire qu'on ne peut remettre en cause le nucléaire : "personne n'a envie de revenir à la bougie". Que je sache, dans les pays européens qui n'ont pas de centrales nucléaires (Autriche, Danemark, Grèce, Irlande, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Portugal…), y-en-a-t-il où l'on s'éclaire à la bougie ? Il n'y a que 441 réacteurs nucléaires dans le monde (dont 58 en France, 55 au Japon)… dans seulement 31 pays, tous les autres pays s'en passent.

Je suis en colère quand en 1979, après l'accident nucléaire de Three-Mile Island, on nous a dit que c'était parce que les Américains étaient moins forts que nous ; quand en 1986, après l'accident de Tchernobyl, on nous a dit que les Russes étaient moins forts que nous… et que je lis aujourd'hui que les Japonais sont moins forts que nous… De qui se moque-t-on ?

Je suis en colère quand on me dit que l'on peut continuer à exploiter encore des vieux réacteurs comme Fessenheim en Alsace (qui a trente ans) parce que "plus il est vieux, mieux on connait un réacteur". Ce n'est pas parce que vous connaissez bien les défauts de votre vieille voiture qu'elle tombe moins souvent en panne et moins gravement. (Le réacteur Fukushima-Daiichi 1, qui vient d'exploser avait 40 ans et a été autorisé à continuer de fonctionner pour dix ans en février 2011 !).

Je suis en colère quand on nous dit que l'on ne peut se passer du nucléaire en France, parce que cette énergie fournit près de 80 % de notre électricité. C'est oublier que l'électricité n'est pas la principale source d'énergie (c'est le pétrole) et que le nucléaire ne représente que 17 % de notre énergie. Si l'on voulait s'arrêter, on pourrait s'appuyer sur une solidarité au niveau de l'Europe : là, le nucléaire ne représente que 35 % de l'électricité et seulement 9 % de l'énergie ! Il suffirait donc d'économiser 9 % pour s'en passer !

Je suis en colère parce qu'au nom de la défense de la croissance économique, les programmes énergétiques français ou européens, négligent toujours plus ou moins le potentiel des économies d'énergies, préférant la surconsommation, éventuellement alimentée par le recours aux énergies renouvelables. Or l'énergie la plus propre reste celle que l'on ne consomme pas. En adoptant les meilleures techniques disponibles et en évitant les comportements énergivores, nous pourrions diviser par 4 notre consommation en une vingtaine d'années.

Je suis en colère parce que les discours économiques nous polluent : on nous dit qu'arrêter un réacteur nucléaire, ce serait de l'argent gaspillé… mais les 1000 milliards d'euros déjà dépensé en 25 ans pour la gestion de la catastrophe de Tchernobyl (et c'est loin d'être terminé), ce n'est pas un gaspillage encore plus grand ? Mille milliards d'euros, c'est sensiblement le coût qu'il a fallut dépenser pour construire l'ensemble des 441 réacteurs actuellement en fonctionnement.

Je suis en colère parce que je sais que l'on peut arrêter relativement rapidement le programme nucléaire français, qu'il existe de multiples scénarios de sortie sur le sujet (de 2 à 30 ans selon les efforts qu'on veut bien consentir).

Je suis en colère quand j'entends mon gendre, 25 ans, ingénieur dans le photovoltaïque, me dire qu'il cherche un nouveau travail car la profession est sinistrée suite aux récentes décisions du gouvernement.

Je suis en colère quand mon fils, 20 ans, me dit : "à quoi ça sert de faire des études si dans cinq ans on a tous un cancer" (et il ne pense pas qu'au nucléaire, mais aussi à la pollution atmosphérique, aux pesticides…).

Alors j'agis, je me suis investi depuis une trentaine d'années dans les médias écologistes pour faire circuler une information moins déloyale et j'incite les journalistes et les lecteurs à prendre le temps d'eux aussi chercher où est la vérité. Comment peut-on encore minorer l'importance de la pollution radioactive au Japon alors que les images sur internet nous montrent les réacteurs en flamme ?

Alors j'agis et je m'engage dans l'une des 875 associations qui animent le Réseau Sortir du nucléaire pour demander à nos élus de faire pression pour un changement de politique dans le domaine de l'énergie.

Alors j'agis au niveau local en rejoignant les nombreux groupes locaux qui travaillent à des plans de descente énergétique qui nous permettront de diminuer la menace nucléaire, mais aussi notre dépendance à un pétrole qui va être de plus en plus rare.

Alors j'agis car aujourd'hui si le lobby nucléaire arrive à manipuler élus et médias, c'est parce que nous ne nous indignons pas assez !

Michel Bernard est journaliste à la revue Silence

En Iran, les centrales sont des bombes à retardement

par Armin Arefi, d'Iran, le 15 mars 2011, 15 h 00 GMT

Des opérateurs iraniens dans la centrale nucléaire de Bushehr
Des opérateurs iraniens dans la centrale nucléaire de Bushehr
Pour parer à toute attaque aérienne israélienne visant à détruire ses installations nucléaires, l’Iran a enfoui ses sites d’enrichissement d’uranium à des dizaines de mètres sous terre et les a recouverts de larges murs de béton. Mais à l’heure où la communauté internationale et l’Iran s’apprêtent de nouveau à discuter d’un accord aboutissant à l’arrêt des activités, et que le virus informatique d’origine américano-israélienne Stuxnet est parvenu à ralentir le programme nucléaire iranien, c’est des profondeurs de la terre que semble cette fois surgir la menace la plus sérieuse contre l’Iran.

Ainsi, la centrale nucléaire de Bushehr (Golfe persique), la seule du pays, se trouve à la jonction de trois plaques tectoniques, qui attisent les craintes d’un nouveau Tchernobyl en cas de séisme. Ceci est d’autant plus vrai que, selon le député en chef de l’Organisation de l’énergie atomique iranienne, Nasser Rastkhah, le dessin de la centrale de Bushehr est identique à celui de celle de Fukushima au Japon, qui est actuellement victime d’explosions en séries après le violent tremblement de terre de mardi. En 2002, la centrale de Bushehr avait déjà été endommagée par un séisme de 4,6 sur l’échelle de Richter, mais avait épargné les 161 000 habitants de la ville du même nom.

DES RÉACTEURS CACHÉS DANS LA FOULE

Pour dissuader toute tentative d’attaque extérieure, les autorités iraniennes ont construit leurs centres nucléaires à proximité de grandes villes. C’est le cas des réacteurs de recherche de Téhéran et d’Ispahan (centre), et des centres d’enrichissement de Natanz(province d’Ispahan) et de Fordo (près de la ville de Qom, au sud de Téhéran). Or en étant situées à proximité de ces grandes villes, ces installations se trouvent par la même au dessus de failles sismiques dont regorge l’Iran. Ainsi, en cas de séisme, ce sont des millions d’habitants qui recevraient de plein fouet les effets des radiations.

En plus des risques d’attaques aériennes ou de tremblements de terre, il est une autre menace qui pèse sur la population iranienne : les infrastructures nucléaires elles-mêmes. À Bushehr, la seule centrale nucléaire du pays, qui possède une capacité de production de 1 000 mégawatts, est une usine de fabrication allemande commandée par le Shah d’Iran dans les années 70, qui a été rénovée durant la dernière décennie par les Russes. Après de multiples retards de livraison de combustible, celle-ci a finalement été inaugurée le 21 août dernier. Or le 26 février, à la suite de la panne d’une pompe de refroidissement, l’Iran a décidé de suspendre ses activités et de retirer de la centrale le combustible nucléaire à la demande des experts russes, qui ont mis en garde contre la possibilité d’une catastrophe semblable à celle de Tchernobyl.

En effet, en cas d’explosion du réacteur, les vents du Golfe persique allant d’est en ouest, le Koweït, situé à 275 kilomètres de Bushehr, ainsi que l’Arabie saoudite, seraient contaminés en à peine quelques heures.

Armin Arefi est journaliste indépendant

Aux États-Unis, les Marines, d'Hiroshima à Fukushima

par Matt Sanchez, New York, États-Unis, le 15 mars 2011, 14 h 00 GMT

Les Marines embarquent pour le Japon.
Les Marines embarquent pour le Japon.
Il y a 75 ans, les Marines américains lançaient l'assaut final sur l’ile principale du Japon. Malgré une série de défaites, et une destruction massive, l’armée impériale ne semblait guerre fléchir. Les batailles qui avaient eu lieu à Tarawa, à Iwo Jima était coûteuses et tous prenaient les préparatifs pour ces derniers combats très au sérieux.

Aujourd’hui, après la destruction du terrifiant séisme, les Marines s'apprêtent une fois encore à partir pour une mission qui vise toujours le coeur du Japon. L’opération Tomodachi, c'est à dire, l'opération "amitié", répond à l’appel d’urgence de la part du gouvernement japonais. Le porte-avion géant polyvalent à propulsion nucléaire, l’USS Ronald Reagan est arrivé ce dimanche au Japon. Des hélicoptères Sea Knights, à rotor en tandem, possèdent une énorme capacité de propulsion et commencent à aider les forces japonaises dans le transport de matériels et de ravitaillement.


Cette mission n’est pas sans risque. La Marine américaine a annoncé que pendant leurs efforts 17 Marines ont été exposés à des niveaux de radiation dangereux.

Dans un monde où la collectivité internationale préconise l’intervention des ONG, il faut constater qu’il y a peu d’institution au monde capables de faire une différence aussi frappante que celle des forces militaire américaines. De la défaite de l’impérialisme japonais aux interventions de sauvetage en Indonésie, Haiti et au Japon, le bilan de ces guerriers est clair, même si les opinions de la communauté internationale, si souvent, ne le sont pas.

Matt Sanchez est journaliste à Fox News

De Russie : la force de la raison contre la méfiance des citoyens

par Pavel Spiridonov, de Saint Pétersbourg, Russie, le 15 mars 2011, 13 h 35

Les effets de la rupture du réacteur, à la Une de Kommersant du 15 mars 2011
Les effets de la rupture du réacteur, à la Une de Kommersant du 15 mars 2011
Les stations nucléaires russes ne se trouvent pas dans la zone des secousses sismiques possibles, mais cela ne rassure pas la population, car depuis toujours tout ce qui touche à l’atome en Russie est classé secret d’État et l’accès aux informations sur leurs états techniques et écologiques est quasi impossible à connaître. Ce que permet aux autorités de déclarer haut et fort que les réacteurs russes sont très fiables et ne présentent aucun danger.

La presse russe, comme toute la presse internationale évoque les réactions officielles liées aux problèmes de sécurité nucléaire au Japon. «Kommersant » cite le premier ministre russe qui ordonne aujourd’hui à « Rosatom » (Agence fédérale de l'énergie atomique qui construit les centrales en Chine, en Inde et en Turquie) de vérifier d'ici un mois l’état de toutes les installations nucléaires russes. Le quotidien demande un rapport au gouvernement sur les possibilités de développement de cette branche énergétique.

LA MANNE FINANCIÈRE SANS FIN DU NUCLÉAIRE

En même temps, la Russie n’est pas prête à se séparer de ses installations nucléaires qui, non seulement offrent une énergie à bon marché, mais assure des contrats juteux à l’étranger. « Interfax », 15 mars 2011 : visite du Premier ministre russe Vladimir Poutine en Biélorussie. Le but est de resserrer les liens économiques et politiques entre les pays voisins et d'avancer la signature d’un accord sur la construction d’une station nucléaire en Biélorussie. Car le président biélorusse Loukachenko a donné hier son accord et son pouvoir de signature au ministre biélorusse de l’Énergie.

« Komsomolskaya Pravda » parle de la méfiance générale (presque historique) des Russes envers les paroles rassurantes des autorités qui disent qu’il n’y a pas de danger direct dans les régions de Kamtchatka et des îles Kouriles. Le correspondant en Extrême Orient russe note l’augmentation des ventes de compteurs Geiger, ainsi que de comprimés d’iode, notamment à Vladivostok.

LES ÉCONOMISTES RUSSES AU SECOURS DU JAPON

« Rossijskaya Gazeta » a interviewé les économistes russes qui prédisent que la période économique difficile va durer pour le Japon de neuf à dix mois (Yevgeny Yasin) supplémentaires et qu’ils n’attendent pas des baisses significatives des marchés mondiaux, car historiquement ils réagissent bien calmement aux événements de ce genre (Yakov Mirkin). Par exemple, après l’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl, les marchés boursiers avaient baissé seulement de 3 à 4 pour cent pendant une courte période. Et pour remédier à la crise énergétique du Japon, la Russie a proposé d’augmenter ses exportations de gaz de 100 milles tonnes, et s'est dite d’être prête à mettre à disposition de l’archipel 6 milles mégawatts d’électricité.

Pavel Spiridonov est doctorant, avec pour sujet de thèse "L'Influence de l'Internet sur la littérature russe contemporaine"

Au Brésil, la politique de l'autruche

par Roberto Blum, de Porto Alegre, Brésil, le 15 mars 2011, 11 h 00 GMT

La centrale nucléaire Amiral Alvaro Alberto, aussi dénommée centrale nucléaire d'Angra est l'unique centrale nucléaire du Brésil. Elle est située à Angra dos Reis, dans l'État de Rio de Janeiro
La centrale nucléaire Amiral Alvaro Alberto, aussi dénommée centrale nucléaire d'Angra est l'unique centrale nucléaire du Brésil. Elle est située à Angra dos Reis, dans l'État de Rio de Janeiro
La communauté brésilienne est bouche bée. Depuis vendredi dernier, les épisodes successifs du cataclysme font la Une des plus grands journaux brésiliens. Folha de São Paulo, le plus diffusé dans le pays y a consacré une session spéciale intitulée « Tragédie au Japon ». Il faut aussi mentionner que São Paulo compte la plus grande diaspora japonaise avec une population autour de 1,5 million de personnes d’origine japonaise.
Mais si le cataclysme impressionne par les images d’horreur diffusées en temps réel, il révèle aussi une facette encore plus préoccupante face à ce type de phénomène naturel : les dangers de l’énergie nucléaire.
Clóvis Rossi, chroniqueur au journal Folha de São Paulo, a fait appel au personnage de Faust – imaginé par Goethe – pour illustrer le risque entraîné par l’utilisation de l’énergie nucléaire. Rossi rappelle que lors de la dissémination de l’énergie atomique, il y a 4 décennies, cette forme d’énergie était vue comme une « source magique » pratiquement libre d’effets polluants, ce qui la plaçait comme alternative principale aux sources traditionnelles d'énergie en vue de faire face aux effets du réchauffement climatique. Néanmoins, Rossi rappelle que cette magie entraînait un coût auquel l’humanité n’était pas habituée : le besoin de surveillance (sur les réacteurs).

LE NUCLÉAIRE, UN PACTE AVEC LE DIABLE

La question posée par Rossi et illustrée par son « pacte avec le diable nucléaire » est donc celle-ci : le développement d’une source d’énergie à faible taux d’émission de carbone vaut-elle le prix d’un éventuel cataclysme très couteux en vies humaines et pouvant avoir différentes origines : erreur humaine, défaut technique ou même phénomène naturel comme le tremblement de terre qui vient d’arriver au Japon. Le rôle que peut jouer l’énergie nucléaire pour éviter une catastrophe qui elle se déroule lentement – à savoir les changements climatiques – justifie-t-il le risque d’un accident calamiteux ?
Or cet accident arrive au moment même où la source nucléaire prenait de l’élan parmi les énergies exploitées dans les années à venir. Le monde compte actuellement 14% de son énergie électrique provenant du nucléaire. Les cinq principaux producteurs sont les États-Unis (avec 101 GW de puissance installée, ce qui correspond à 20% de ses sources), la France (63 GW et 75%), le Japon (47 GW et 29%), la Russie (23 GW et 18%) et l’Allemagne (20 GW et 26%). La Chine et l’Inde n’apparaissent qu’aux 10ème et 14ème rangs respectivement dans ce classement mondial. Malgré le retard de ces deux derniers, selon les projections publiées sur le site de l’Association Nucléaire Mondiale, les deux pays seront, avec les États-Unis, les trois plus grands utilisateurs de nucléaire en 2030, avec une capacité totale de 205 GW pour la Chine (croissance de 1911%), 148 GW pour les États-Unis (+46%) et 72 GW pour l’Inde (+1564%).

Immédiatement après les événements de Fukushima, certains pays ont affiché la volonté de repenser le développement des sources nucléaires dans leurs matrices énergétiques. Les dirigeants allemands et suisses, de deux pays où les mouvements antinucléaires sont puissants, ont déclaré la suspension temporaire des projets atomiques. Les représentants britanniques ont affirmé qu’il est trop tôt pour conclure que l’accident arrivé au Japon pourrait retarder la construction de nouveaux réacteurs au Royaume-Uni. Le plan énergétique britannique prévoit le renouvellement entier de son parc nucléaire, considéré comme obsolète, par des centrales de nouvelle génération, productives à partir de 2018. Aux États-Unis, d’autre part, le gouvernement a affirmé que l’accident japonais ne remet aucunement en cause l’utilisation de cette source d’énergie dans le pays.

LE NUCLÉAIRE BRÉSILIEN FAIBLE MAIS PRÉSENT

Dans le cas brésilien, le scénario nucléaire reste marginal face aux grands producteurs mondiaux. Le Brésil apparaît à la 19ème place avec une capacité de production d'à peine 1,9 GW de puissance installée, soit 3% de la production d’électricité brésilienne (soit 53 fois moins qu'aux États-Unis). Même si le plan pour le développement de la matrice énergétique nationale à l’horizon de 2030 prévoyait une croissance de 284% du nucléaire, élevant la capacité brésilienne à 7,3 GW, le pays restera en 22ème position des producteurs.
La petite part brésilienne dans le gâteau de l’énergie nucléaire mondiale, face au risque d’une catastrophe de grande ampleur celle du Japon, est suffisante pour inquiéter tout autant les écologistes, que le gouvernement. Sérgio Abranches, journaliste spécialiste de l'environnement à la Radio CBN, de Rio de Janeiro, a publié sur son blog Ecopolítica un article mettant en évidence les risques de l’énergie nucléaire en prenant comme leçon le cas japonais. Abranches affirme que même les pays les mieux préparés aux phénomènes naturels extrêmes, comme le Japon, sont susceptibles de subir les conséquences tragiques d’un accident nucléaire.

Selon le journaliste, il est impossible de prévoir lors des installations de centrales nucléaires tous les risques existants. « Il y a toujours de l’inattendu dans un accident, comme nous le démontre le cas japonais où les usines étaient bâties pour résister à des tremblements de terre allant jusqu’à 7,5 degrés Richter. Comme le tremblement a atteint un degré supérieur, les protections de l’usine n’ont pas été suffisantes, ce qui a engendré l’accident ».

CIRCULEZ, IL N'Y A RIEN À VOIR

Malgré le cas Fukushima, Edison Lobão, le ministre brésilien des Mines et de l’Énergie a affirmé que le programme nucléaire brésilien serait maintenu. « Les difficultés qu’ont eues les usines Japonaises, les nôtres ne les auront pas, car elles sont mieux protégées » , a déclaré le ministre.

Selon Edison Lobão, quand les usines ont été construites à Angra dos Reis [1972 à 19884 pour Angra I et 1976 à 2000 pour Angra II] à 150 Kms de Rio de Janeiro, « le comportement possible des marées avait été évalué pour une période de mille ans. Une barrière a été construite pour faire face à ce risque ».
Lobão a déclaré encore que : « Des accidents arrivent à tous les niveaux de la vie. Ce qui est arrivé au Japon a été aussi une tragédie ».
Il s’agit là, il faut le dire, de déclarations malheureuses venues d’un ministre d’État face à une situation grave comme est celle qui vit le Japon actuellement et qui met le feu au débat sur l’avenir du nucléaire dans le monde. Il est évident que le monde est exposé avec chaque nouvelle centrale à des risques de plus en plus élevés. Le grand défi à relever dès maintenant sera de mesurer précisément ces risques, spécialement face à l’aggravation des phénomènes naturels, conséquence déjà prouvée du changement climatique.
Tous opinions mis à part, la population brésilienne est très inquiète. Et nous attendons la suite de cette télénovela qui n'est malheureusement pas de la fiction.

Roberto Blum est l'un des fondateurs et animateurs du site d'Information Correio Internacional

En Israël, une seule question : sommes nous prêts ?

par Lior Papirblat, de Tel Aviv, Israël, le 15 mars 2011, 09 h 30 GMT

La centrale nucléaire de Dimona, dans le désert du Néguev, en Israël
La centrale nucléaire de Dimona, dans le désert du Néguev, en Israël
Est ce que Israël doit préparer son réacteur nucléaire à un tremblement de terre ?

Au lendemain du tremblement de terre dévastateur qui a tué des milliers de personnes et causé des dégâts considérables au Japon, les experts affirment que Israël doit prendre les mesures nécessaires pour se préparer à un tel événement.

Les dommages causés à la centrale nucléaire de Fukushima font craindre une fuite de radiations. Puisque le Japon, qui est considéré comme un pays bien préparé face aux séismes, peut encore être pris par surprise par un tremblement de terre, est-ce qu'Israël a une raison de s'inquiéter ?

NOUS N'AVONS PAS LES MOYENS

La centrale nucléaire de Dimona a été construite dans les années 50. Les experts savaient à l'époque qu'elle était en zone sismique, mais ils ne savaient pas exactement à quel degré. De forts séismes se produisent dans la région environ une fois par siècle. Le dernier a eu lieu en 1927.

Donc, Israël ne devrait-il pas prendre les précautions nécessaires ? L'État n'a pas les moyens financiers de se préparer à un tremblement de terre plus fort qui devrait secouer cette région. La législation devrait mettre en œuvre des directives au plan national pour le renforcement sismique à travers le tout pays, y compris dans la périphérie.

LE TEMPS DE LA RÉFLEXION

Les plans pour construire une centrale nucléaire en Israël ont été mis en place dans les années 1960. Le gouvernement a déjà réservé une parcelle de terrain dans le sud du pays. Durant ces dernières années, le gouvernement de Netanyahu a renouvelé ses efforts pour obtenir l'approbation des États-Unis pour la construction d'une centrale nucléaire sans avoir à signer le Traité de non-prolifération.

Maintenant, après le tremblement de terre au Japon, M. Netanyahu a déclaré qu'Israël devrait revoir ses plans. " J'étais pour l'idée de centrales nucléaires civiles en Israël, mais après ce qui s'est passé au Japon, nous devrions y réfléchir à nouveau. Nous sommes un pays petit et une catastrophe environnementale pourrait causer des dommages aussi dévastateurs que dans un pays comme le Japon " , a déclaré M. Netanyahu.

Lior Papirblat est journaliste à Ynet, site d'information israélien

De Belgique, d'Israël et d'Algérie, trois dessins de la catastrophe au Japon, trois interprétations

Dilem, Algérie, TV5Monde et Liberté, le 15 mars 2011, 08 h 00 GMT


Kichka, Tel Aviv, Israël

14.03.2011

Kroll, Belgique, Le Soir

14.03.2011

En Haïti, le retour du refoulé

par Fleurival Ladenson, de Port au Prince, Haïti, le 15 mars 2011, 05 h 00 GMT

Une rue de Port-au-Prince au lendemain du tremblement de terre, le 12 janvier 2010 - photo : Pascal Priestley, TV5Monde
Une rue de Port-au-Prince au lendemain du tremblement de terre, le 12 janvier 2010 - photo : Pascal Priestley, TV5Monde
La peur, l’anxiété, l’angoisse, l’émotion s’emparent de la population haïtienne, à la vue des images macabres du terrible tremblement de terre, suivi d’un tsunami qui a frappé les côtes japonaises le 11 mars dernier. La catastrophe donne frisson autant aux gens les mieux avertis que ceux les moins informés. Tous, ils craignent le pire pour le pays dans les jours à venir.

Victime, il y a un peu plus d’un an, d’un séisme majeur ayant provoqué la mort de près de 300 000 personnes, le peuple revit au plus profond de lui même, à travers ce sombre tableau japonais, ce cauchemar qui hante encore les esprits, 14 mois après.

UN OEIL OUVERT, UN AUTRE FERMÉ

Et, de l’avis des sismologues, la faille ouverte le 12 janvier 2010, n’est pas encore totalement refermée. Comme explication, ils avancent que toute l’énergie n’a pas été libérée. Ces informations sont de nature à enlever davantage, le sommeil des citoyens. En effet, depuis le sombre mardi du 12 janvier 2010, l’Haïtien a pris l’habitude de dormir comme on dit chez nous : « yon je ouvè, yon je fèmen ». Traduire littéralement un œil ouvert, un œil fermé.

Après l’annonce mortuaire de vendredi dernier dans les médias locaux et internationaux, la question qui revient le plus souvent est : « pourquoi tous ces bouleversements dans le monde » ? Certaines personnes dont des religieux, avancent des solutions bibliques, se disant convaincus que le monde touche à sa fin.

SOLIDARITÉ DU GOUVERNEMENT HAÏTIEN AU PEUPLE JAPONAIS

Dès le lendemain du sinistre, la ministre haïtienne des Affaires étrangères en Haïti, Madame Marie-Michèle Rey avait présenté les sympathies du gouvernement au peuple nippon, suite au séisme et au tsunami qui ont frappé le pays du soleil levant. Madame Rey en avait profité pour s’informer sur le sort des deux chargés d’affaires haïtiens en poste et de 30 jeunes haïtiens qui séjournent là-bas. Ils en sont sortis indemnes, selon les informations communiquées par les autorités nippones.

Fleurival Ladenson est journaliste au Matin de Port au Prince

De Roumanie, “le compte à rebours doit être arrêté, quand il est encore temps.“

par Rodica Pricop, Bucarest, Roumanie, le 14 mars 2011, 23 h 00 GMT

La centrale nucléaire de Cernavoda, la seule de Roumanie, au bord du Danube - Wikicommons
La centrale nucléaire de Cernavoda, la seule de Roumanie, au bord du Danube - Wikicommons
Pendant que les gens du monde entier restent cloués devant les petits écrans pour des nouvelles du Japon qui vit aujourd’hui la plus horrible tragédie de son histoire moderne, les autorités nippones sont engagées dans une course contre la montre afin d’éviter une catastrophe nucléaire.

La possibilité d’un accident aux réacteurs endommagés par le tremblement de terre et le tsunami dévastateurs du vendredi 11 mars ont fait ressurgir dans les mémoires des Roumains aussi le terrible accident de Tchernobyl. Pour ceux d’entre nous qui ont été les témoins de la catastrophe nucléaire d’Ukraine, la plus grave du secteur jusqu’à ce jour, les événements qui se déroulent devant nos yeux cette fois sont des plus troublants est inquiétants.

UN AUTRE ACCIDENT À VENIR

Malheureusement pour la planète, pour nous tous, un autre accident nucléaire va se produire, car il n’y a pas de risque zéro. Le Japon était préparé à une secousse de 9.0 sur l’échelle de Richter, peu de bâtiments comme on l’a vu ont été endommagés, mais l’ampleur de la dévastation causée par le tsunami n’a pas pu être prévue ni contrecarrée. Aucun gouvernement du monde n’est prêt à faire face à un tel déploiement de forces destructrices de la nature. Alors, que reste-t-il à faire ? La seule réponse possible et responsable est la prévention avec la mise en place de nouvelles règles de construction des centrales nucléaires, surtout pour éviter les zones de risque sismiques et en prenant en compte aussi les phénomènes climatiques extrêmes liés au réchauffement de la planète. Les organisations internationales et les pays qui produisent de l’énergie nucléaire devraient surtout dès à présent réfléchir sérieusement à l’avenir de l’énergie nucléaire, considérée par le Protocole de Kyoto comme la moins polluante, et la plus responsable moralement. Ceux qui ont rédigé et signé le texte onusien n’ont pas assez réfléchi sur les effets à long terme des radiations sur la santé de la population ou sur l’environnement, Alors il est grand temps maintenant, quand les Japonais se préparent au pire, de le faire.

La réalité est que l’énergie nucléaire fait vivre les sociétés modernes « ultra- technologisées » des pays développés. La vérité est aussi que les décideurs politiques du monde assument les décisions concernant l’énergie nucléaire en fonction des besoins énergétiques et pas des risques alors qu’en cas de catastrophe, la planète entière risque de payer un trop lourd prix.

Rodica Pricop à Bucarest est rédactrice en chef adjointe du quotidien Nine O’Clock et éditorialiste à Bucarest Hebdo

Au Chili, la terre tremble, le nucléaire passe

par Mauricio Tolosa, de Santiago du Chili, le 14 mars 2011, 21 h 00 GMT

L'un des tweets envoyés par le ministre de l'énergie chilien Laurence Golborne, le 11 mars juste après le séisme : “Le gouvernement japonais assure qu'il n'y a pas de fuites radioactives...“
L'un des tweets envoyés par le ministre de l'énergie chilien Laurence Golborne, le 11 mars juste après le séisme : “Le gouvernement japonais assure qu'il n'y a pas de fuites radioactives...“
Il y a quelques jours le Chili commémorait le premier anniversaire (27 Février 2010) de l'un des plus grands tremblements de terre de son histoire qui, avec le tsunami consécutif, avaient détruit le territoire au centre sud du Chili, surtout près de la mer. La reconstruction est lente et un an après la catastrophe, elle a atteint 50% selon les chiffres du gouvernement. Des drapeaux noirs qui signalaient le mécontentement de milliers de familles qui n'ont pas de toit, d'eau ou de services sanitaires ont reçu le président lors sa tournée commémorative.

Les Chiliens le savent, la terre et la mer sont vivantes et de temps en temps tuent.
L'économie chilienne croît de manière constante depuis quelques années, fondée principalement sur l'exploitation de mines, particulièrement celles du cuivre. Le fonctionnement de ces exploitations minières consomme une énorme quantité d'énergie électrique qui vient de centrales hydroélectriques ou thermoélectriques. Ceci entraîne toujours des conflits avec les communautés locales et des mouvements sociaux qui s'opposent à une intervention sur leur territoire qui, en fait, ne leur bénéficie pas.

LA POLITIQUE DU TOUT VA BIEN

Les conditions étaient donc propices à l'émergence de la politique nucléaire. Avant que ne puisse surgir un lobby anti-nucléaire, le gouvernement a avancé à pas fermes dans cette voie. Le 24 février le ministère de l'Energie du Chili affichait un communiqué discret sur son site web sous le titre : "Le ministre Laurence Golborne rencontre le Ministre français de l'Industrie Eric Besson". Mais l'article relatait surtout le fait que les deux ministres avaient signé un plan de collaboration pour former les ressources humaines capables de développer des centrales nucléaires au Chili.

Le président Obama visite le Chili la semaine prochaine. Deux jours avant son arrivée, est prévue la signature d'un pré-accord sur la coopération pour le développement de l'énergie nucléaire, par l'ambassadeur des États Unis et le directeur de la Commission chilienne d‚'énergie nucléaire. Pas d'informations dans la presse ou la TV, silence médiatique dans un pays où tous les journaux et toutes les chaînes de télévision "ouvertes" sont du même bord politique que le gouvernement.

Mais la catastrophe du Japon, à des milliers de kilomètres a eu des échos au Chili. La vague du Tsunami japonais a mis en état d'urgence et déplacé presque un million de Chiliens qui vivent au bord de la mer vers des zones de protection, lors d'une opération d'évacuation la plus grande qu'ai jamais connu le pays. La défaillance des centrales nucléaires au Japon a mis au jour les dangers du développement des centrales nucléaires dans des pays où la terre bouge. Le Ministre de l'énergie Golborne a été appelé ce jeudi pour expliquer à la Chambre des députés son lobby publique et ses actions et en faveur du nucléaire.

Mauricio Tolosa est écrivain, essayiste et journaliste


À Tokyo ou à Alger, danse au dessus des failles

par Ghania Mouffok, d'Alger, le 14 mars 2011, 18 h 00 GMT

Le 21 mai 2003, un très violent séisme ravage Bourmedes dans la région d'Alger.
Le 21 mai 2003, un très violent séisme ravage Bourmedes dans la région d'Alger.
Alors que nos regards étaient braqués sur les « révolutions arabes », le Japon, entre tremblement de terre et tsunami, est venu relativiser le temps du monde. Gaïa, la terre tourne et tremble. Alors les caméras du monde se déplacent, abandonnant Tripoli à son tyran pour nous emmener à Tokyo. De la rue arabe au ciel japonais. Alors d’abord respect, respect pour ce peuple japonais, sa culture millénaire, respect pour son calme olympien, ses deuils silencieux, sans cris, sans effusions.

Je revois cette famille à laquelle un hélicoptère ramène le père que ses filles, sa femme croyaient mort, se retrouvant sans un cri, à peine quelques larmes, et l’épouse de dire : « Notre bonheur ne peut être total parce qu’il y tellement de gens qui ne retrouveront pas les leurs. » Une vieille dame sauvée des eaux après avoir passé un nombre interminable d’heures enfermée dans une voiture, transportée à l’hôpital, stoïque, chuchote, elle chuchote son drame à l’oreille de l’une de ses sauveuses en blouse blanche qui lui tapote doucement l’épaule.

CULTURE DU SILENCE CONTRE CULTURE DU BRUIT

Un pompier japonais venu en 2001 aider les pompiers algériens après le séisme de Boumerdes qui avait fait des milliers de morts, avait, plus tard, confié à une amie : « Les pompiers algériens sont formidables quand ils tentent de sauver quelqu’un des décombres, ils n’hésitent pas à mettre leur propre vie en danger », mais c’est dommage avait-il ajouté poliment : « ils crient trop ».

Un homme politique algérien avait un jour déclaré, pour critiquer nos mœurs et dans une formule qui fit scandale que le monde se divisait en deux types de culture : la culture du silence et la culture du bruit. Alors si nous sommes de celle du bruit, les Japonais sont de la culture du silence. À tel point qu’il nous a fallu quelques jours pour mesurer l’ampleur du drame japonais aujourd’hui.

NOUS SOMMES AUSSI SUR LA FAILLE

Respect encore pour cette culture adaptée à sa nature, au Japon la terre tremble si souvent que ce peuple s’est inventé des maisons qui ne tuent pas les humains qui y vivent et l’on se surprend à imaginer, le cœur serré, une catastrophe de cette ampleur de ce côté ci du monde car nous savons que nous aussi, nous sommes sur la faille. Quel en serait le bilan ? L’horreur. Mais cette modernité a aussi son décor à l’envers : quand la terre tremble, les centrales nucléaires aussi.

Pourtant interdit de se préparer à la moindre guerre, depuis la Seconde guerre mondiale, pour avoir choisi le mauvais camp, celui de la mort et des premiers kamikazes modernes, le Japon est l’un des plus grands consommateurs au monde d’énergie nucléaire, pour nourrir son besoin d’énergie, de puissance, aussi impériale que discrète. Nucléaire, noyau, fission, fusion, ces mots reviennent entêtants et accompagnent la catastrophe japonaise et revient en ma mémoire, allez savoir pourquoi, Hiroshima, Nagasaki. Comment oublier Hiroshima, Nagasaki ?

À REGGANE EN ALGÉRIE, EN 1960, 24 FOIS HIROSHIMA

Les premières bombes nucléaires utilisées par les Américains contre ce peuple pourtant vaincu. C’était en 1945, date à laquelle la France, pour rejoindre les grandes puissances, se dote des moyens de sa bombe atomique. Pacifique, Algérie. Je pense à Reggane, au centre du Sahara algérien, à 600 kilomètres de Béchar, là où en 1960 ont eu lieu les premiers essais nucléaires de la France sur sa colonie d’Algérie. Des essais que l’on dit « 24 fois plus puissants » que ceux d’Hiroshima, Nagasaki.

Et, bien que souterrains, avec ces essais, il suffit d’une fissure. Le problème avec ces fissures c’est qu’elles ne connaissent ni le temps, ni l’espace. Aujourd’hui encore, des enfants malformés, des peaux malades portent l’horrible souvenir au présent. Les écolos pensent que le « nucléaire tue l’avenir ». Espérons qu’au Japon, il ne le mettra pas, même discrètement, en danger.

Ghania Mouffok est écrivaine et journaliste, correspondante de TV5Monde à Alger

En Iran, entre incantations et mesures de précaution

par Armin Arefi, d'Iran, le 14 mars 2011, 16 h 00 GMT

L'antique citadelle de Bam, en Iran, après le séisme du 26 décembre 2003 - Wikicommons
L'antique citadelle de Bam, en Iran, après le séisme du 26 décembre 2003 - Wikicommons
En Iran, le séisme qui a frappé le Japon a réveillé d’anciens démons. C’était il y huit ans. La citadelle historique de Bam, au centre du pays, était frappée par un violent tremblement de terre qui avait détruit la quasi-totalité de la ville et fait 35 000 victimes. Pourtant, celui-ci n’avait été mesuré qu’à 6,5 degrés sur l’échelle de Richter, un chiffre bien inférieur aux 8,9 degrés enregistrés vendredi au Japon. Mais la proximité de l’épicentre, situé à 3 kms en dessous de la cité, ainsi que la vétusté des infrastructures (Bam est construite en terre cuite), avaient précipité la tragédie.

C’est d’ailleurs ces défauts de construction qui sont aujourd’hui montrés du doigt et laissent craindre le pire concernant la capitale Téhéran. En effet, la majorité des bâtiments de cette mégalopole de plus de 14 millions d’habitants ne respectent pas les normes antisismiques et risquent ainsi de s’effondrer en cas de secousse. Même constat pour les réseaux d’eau, d’égout, et dans une moindre mesure, de gaz et d’électricité, qui pourraient facilement exploser. Autant dire qu’en cas de séisme, les dégâts, tant humains que matériels, seraient colossaux.

LES SABLES MOUVANTS DE TÉHÉRAN

Or la ville de Téhéran a été construite sur un véritable sable mouvant : elle est en effet traversée par quatre failles sismiques principales, et soixante-dix autres de petite taille, ce qui en fait un vrai château de cartes. Et le risque de séisme est d’autant plus important que le dernier vaste tremblement de terre à avoir frappé Téhéran est survenu… en 1830 ! Aux dires de nombreux spécialistes, le « Big one » iranien pourrait donc surgir à n’importe quel instant.
Mais il n’y a pas que la capitale qui soit menacée. Les études ont montré que 24 grandes et 600 petites villes d’Iran sont situées à proximité d’une faille sismique. 70% de la surface du pays est ainsi placée sur le trajet d’une faille active. Au cours du XXe siècle, une vingtaine de tremblements de terre de forte magnitude se sont produits dans le pays et ont provoqué la mort de près de 170 000 personnes.

Pour lutter contre les effets des séismes, la municipalité de Téhéran a récemment entamé une série de projets plus ou moins efficaces : la rénovation des vieux quartiers surpeuplés du sud de Téhéran, des travaux de solidification des réseaux d’eau et de gaz, la création à Téhéran d’un centre de gestion de crise résistant aux secousses ainsi que d’un projet de résidence d’urgence dans les grands parcs de la capitale.

MORALE RELIGIEUSE POUR LUTTER CONTRE LES SÉISMES

Plus étonnant, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a affirmé que cinq millions d’habitants devaient quitter la capitale iranienne pour réduire l’impact d’un éventuel tremblement de terre. On ne peut plus sérieux, Ahmadinejad est même allé jusqu’à proposer des prêts à 4% ainsi que des terres aux personnes prêtes à quitter Téhéran. Mais la palme de la déclaration revient sans aucun doute à l’ayatollah conservateur Kazem Sedighi, qui a déclaré le 16 avril dernier lors du sermon de la prière du vendredi que “l’augmentation des relations sexuelles illicites est la cause de l’accroissement des tremblements de terre”.

Armin Arefi est journaliste indépendant

D'Albanie : courage mes compatriotes de la Terre !

par Ilir Yzeiri, de Tirana, Albanie, le 14 mars 2011, 15 h 00 GMT

Le dépôt de munitions de Gerdec en Alabanie, après l'explosion qui fit 25 morts et des centaines de blessés le 15 mars 2008.
Le dépôt de munitions de Gerdec en Alabanie, après l'explosion qui fit 25 morts et des centaines de blessés le 15 mars 2008.
Dans l’imaginaire collectif albanais le mois de mars augure mal. La fatalité est une caractéristique de la pensée orientale par opposition au réalisme qui d’une manière cynique est « auto présenté » comme caractéristique de la pensée occidentale. Mais face aux coups du sort comme l’est séisme du Japon, vers quoi va-t-on pencher, le fatalisme ou réalisme ? Ni l’un ni l’autre. Je veux encore une fois faire écho à la pensée du professeur et philosophe français Edgar Morin, lequel dans un article publié en septembre 2010 par le Monde sous le titre « Éloge de la métamorphose », écrivait :
« Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux, il se dégrade, se désintègre ou alors il est capable de susciter un meta-système à même de traiter ses problèmes : il se métamorphose. Le système Terre est incapable de s'organiser pour traiter ses problèmes vitaux : périls nucléaires qui s'aggravent avec la dissémination et peut-être la privatisation de l'arme atomique ; dégradation de la biosphère ; économie mondiale sans vraie régulation ; retour des famines ; conflits ethno politico religieux tendant à se développer en guerres de civilisation.
L'amplification et l'accélération de tous ces processus peuvent être considérées comme le déchaînement d'un formidable feed-back négatif, processus par lequel se désintègre irrémédiablement un système ».

LE CONFLIT À VENIR EST ENTRE L'HOMME ET LA PLANÈTE

Enfin, il ajoutait que le conflit à venir est celui entre les hommes et la planète. En cinq années, déjà deux tsunamis et des milliers et milliers de morts. On a l’impression que les catastrophes de ce siècle ont provoqué plus de pertes matérielles que les dernières guerres. On a l’impression que l’occident développé souffre de son appétit et de son modèle de consommation qu’il a choisis comme moyen de développement, tandis que les pays non développés souffrent de « tsunamis» de corruption que de temps à autres les gouvernements corrompus produisent. Demain, le 15 mars 2011, Tirana notre capitale commémorera la tragique événement de l’explosion du dépôt de munitions qui a fait 26 morts, 125 blessés et 30 millions d’euros de pertes financières, des maisons et des industries entières détruites. Gerdec, c’est le nom de ce petit village à 15 kms de Tirana, où s’était installé le dépôt fantôme qui d’un manière illégale travaillait au démontage des munitions.

"CHEZ NOUS LA CORRUPTION ENTRAÎNE DES CALAMITÉS"

Dans cet affaire, c’était le fils du premier ministre qui avait organisé le dépôt fantôme pour profiter de la vente de matériaux comme le cuivre et la poudre, récupérées de munitions achetées illégalement à l’étranger. Ce dépôt faisait aussi du trafic d’armes. Un Américain du nom de Diveroli impliqué dans un trafic d’armes avec la Chine est arrêté en Amérique, tandis qu’en Albanie, trois ans après ta tragédie personne n’est pas encore condamné.

Cela fait deux années aussi qu’à chaque mois de décembre le nord du pays est dévasté par des inondations survenues après que le gouvernement ait décidé d’ouvrir les vannes des centrales hydrauliques.

Donc, cette fois face au Japon je me sens faible et il me semble que le monde a perdu le sens de l’orientation. Personne n’ose limiter les actions meurtrières de Kadhafi, personne n’empêche mon Premier ministre de voler les votes et de tuer comme il l’a fait le 21 janvier au plein centre de notre capitale. Quand les Européens sont aveugles, que vont faire la terre, la planète ? Les Albanais se sentent proches des Japonais dans leur deuil. Toutes les éditions des chaînes de télé se sont ouvertes avec les images terribles. Les journaux aussi ont fixé les portraits dignes des Japonais dont ils nous semblent qu’ils sont habitués à souffrir et à se tenir ans la dignité. Mois j’ai pleuré, mais je me suis senti si faible, car je n’ai pas encore vu un Japonais en larmes. Courages mes compatriotes de la terre... Courage !

Ilir Yzeiri est journaliste et professeur de l’Université de Tirana

Aux États-Unis : quand la réalité dépasse la fiction...

par Matt Sanchez, New York, États-Unis, le 14 mars 2011, 14 h 00 GMT

L'affiche du film “Le syndrome chinois“
L'affiche du film “Le syndrome chinois“
En 1979, le thriller américain "Le syndrome chinois" utilisait la menace d’une fusion du coeur d’un réacteur nucléaire comme élément de tension dans un film dont la diffusion débuta, par hasard, quelques semaines avant le réel accident du réacteur nucléaire surnommé Three Mile Island, dans l'État américain de Pennsylvanie. Dans la mémoires collective américaine, ainsi que dans celle des audiences de cinéma à travers le monde, Le Syndrome Chinois et l’accident de Three Mile Island, se sont confondus l'un avec l'autre, et sont devenus le symbole d’une tragédie nucléaire a grande échelle.

Il est facile de faire un lien entre ce mélange réalité-fiction avec l’actuelle catastrophe japonaise, pourtant les images qui nous parviennent de l’ancien empire nippon sont bien plus effroyables que la fiction et méritent une considération bien plus importante que la nomination pour l'oscar du meilleur film 1979...

L'INSTRUMENTALISATION DE LA CATASTROPHE

Au Japon, après les désastres naturelles, l'importance des pertes en vies humaines reste toujours inconnue, mais elle a largement dépassé les drames imaginaires du Three Mile Island où personne ne trouva la mort. Des militants anti-nucléaire ont clairement exploité le succès du film et l'incident de Three Mile Island pour faire avancer leur politique. Même si beaucoup a changé depuis cette époque, celle du disco roi, la polémique sur l’énergie nucléaire suscite toujours les mêmes passions explosives.

Au vingtième siècle au sud de cette nation insulaire, les Japonais avaient déjà subi une vraie destruction nucléaire à Nagasaki et Hiroshima. Ils ont survécu. Malgré les crises et craintes de l'actualité, ce peuple du soleil levant fera preuve de sa si particulière étoffe très coriace, comme le démontrent les images de ce survivant japonais repéré, en pleine mer, sur un morceau du toit, entouré par le débris de ce qui restait de sa ville.

Matt Sanchez est journaliste à Fox News

En Afrique du Sud : une aubaine pour le lobby anti-nucléaire

par Liesl Louw, de Johannesbourg, Afrique du Sud, le 14 mars 2011, 13 h 03 GMT

La centrale nucléaire sud africaine de Koeberg, construite par les Français.
La centrale nucléaire sud africaine de Koeberg, construite par les Français.
C’est avec beaucoup d’émotion et de frayeur que les Sud-africains ont vu l’énorme désastre au Japon sur leurs écrans de télévision. Comme ailleurs dans le monde, les images du Tsunami et la dévastation dépasse toute imagination.
Est-ce que nous sommes prêts pour un tel désastre ? Et le nucléaire ? Beaucoup de questions se posent alors que le bilan s’alourdit.
Le fait que l’Afrique du Sud vient d’envoyer un groupe de sauveteurs au Japon pour se joindre à d’autres équipes internationales rassure en quelque sorte la population. Peut-être aussi y a-t-il une certaine fierté nationale de pouvoir venir en aide – nous, pays en voie de développement ?

FACE À NOTRE INCAPACITÉ À GÉRER UN TEL DÉSASTRE

Mais nul ne doute que dans un cas de catastrophes comme celle-ci, l’Afrique du Sud n’aurait pas la capacité de gérer les interventions d’urgences. Les dégâts seraient aussi beaucoup plus graves.
Ceux qui sont venues l’année dernière pour assister à la Coupe du Monde de Football de 2010 ne les ont peut-être pas vus… mais nous avons des dizaines de milliers de gens vivant dans des bidonvilles, dans des taudis qui ne résisteraient pas au moindre tremblement, même de faible puissance.
Nous ne sommes pas tout à fait comme en Haïti, mais nous ne sommes pas le Japon non plus.
Selon les experts, l’Afrique du Sud n’est pas une zone à haut risque de séisme, bien que la région de Johannesburg a été secouée par un tremblement de terre de puissance 2, il y a un an.

L'HEURE DES CHOIX

À l’heure où le choix du nucléaire pour subvenir à nos besoins en électricité est d’actualité, la menace d’un désastre dû aux réacteurs japonais, pourra également avoir un impact sur ce débat.
La semaine dernière, lors d’une visite en France du président Jacob Zuma, la possibilité d’une nouvelle centrale construite par la France était au cœur des discussions.
Le groupe Areva est déjà installé en Afrique du Sud et la France est responsable de la construction des centrales existantes à Koeberg dans la province du Cap.
L’Afrique du Sud souffre d’un grande manque d’énergie – il faut doubler notre capacité dans les vingt ans à venir - et l’utilisation du charbon est de plus en plus contradictoire avec le souhait du gouvernement de promouvoir un énergie ‘propre’.

Le risque de contamination par nos réacteurs est peut-être infime, mais ces images de Japonais qui fuient les zones à risques vont certainement aider le lobby anti-nucléaire, ici et ailleurs dans le monde.

Liesl Louw est rédactrice en chef de la revue African.org

De Grèce : Où est l'Europe ?

par Alexia Kefalas, d'Athènes, Grèce, le 14 mars 2011, 11 h 00 GMT

Athènes de nuit. La Grèce tente aujourd'hui de diversifier ses sources d'énergie. Le nucléaire entre pour très peu dans la consommation.
Athènes de nuit. La Grèce tente aujourd'hui de diversifier ses sources d'énergie. Le nucléaire entre pour très peu dans la consommation.
Danger, alerte, alarme, ou menace nucléaire, les mots manquent pour exprimer la peur. Tous cherchent à décrypter, analyser ou détailler cette catastrophe humanitaire, économique, écologique et sociétale. En Grèce comme partout ailleurs on reste pantois devant les images du tsunami, on s’inquiète pour les victimes, on compatit puis on s’interroge : cela peut-il arriver chez nous ? La Grèce, est la région la plus sismique d’Europe, alors pourquoi pas nous ? Et pourquoi construit–on des centrales nucléaires dans les régions sensibles aux séismes ?

Les experts, analystes, sismologues se relaient à la télévision, radio, et dans la presse écrite pour expliquer, rassurer et tenter de prédire ce que personne ne peut arrêter…le progrès et la technologie. Force est de constater que nos sociétés consuméristes ont minoré les risques d’un essor tel que celui de l’empire nippon.

Mais personne ne les arrête ni même ne les freine. Et que fait l’Europe dans tout ça ? L’Union européenne experte en admonestation en tout genre, serait-elle en panne ? Pas de sommet extraordinaire, ni de réflexion. La tragédie est en court, certes, mais que se passera t-il après ? Après Three mile island et Tchernobyl, si personne ne tire les leçons des dangers du nucléaire de Fukushima, ce drame ne laissera dans l’Histoire qu’un échec de plus de l’insatiabilité humaine.

Alexia Kefalas est journaliste au quotidien grec Kathimerini.

En Turquie, un thé au goût amer de dictature

par Mine Kirikkanat, d'Istanbul, Turquie, le 14 mars 2011, 08 h 00 GMT

Champs de thé en Turquie sur les rives de la Mer noire.
Champs de thé en Turquie sur les rives de la Mer noire.
Les occidentaux ne peuvent imaginer à quel point Le Japon et La Turquie se ressemblent et se complètent, tout en étant si différents. Aux antipodes de l’Asie, ils forment les deux extrémités de l’Orient. Le Japon est le soleil levant sur une journée de travail, de beaucoup de travail... Tandis que le croissant turc et son étoile – républicaine - tardive, annoncent non seulement la nuit, mais la fin de la journée à l'Ouest de l'Orient. Les Turcs se lèvent tard, travaillent beaucoup dans une anarchie complète qui échappe à toute logique, y compris à la leur. Je ne vous apprendrais rien si je disais que les Japonais font tout le contraire. Mais ils partagent plus ou moins un même destin pétri de séismes, courent le même danger et subissent les conséquences, régulièrement.

Les Turcs sont littéralement effrayés par le séisme et le tsunami qui ont dévasté le Japon, parce qu’ils songent à leur cataclysme annoncé : La plus grande ville de la Turquie, Istanbul avec ses 15 millions d’habitants est menacée par un séisme que les scientifiques du globe prévoient dans un proche avenir. Tandis que l’explosion dans la centrale de Fukushima et les risques que courent d’autres centrales nucléaires au Japon, réveillent les vieux démons dus à la catastrophe de Tchernobyl.

MENSONGES ET COMÉDIE

L’accident nucléaire de Tchernobyl est avant tout une histoire d'un “thé” au goût amer de la dictature, pour les Turcs.
En 1986, La Turquie émerge tout juste du coup d’État militaire du 1980 et le général putchiste Kenan Evren est alors promu président de la république. Quand Tchernobyl explose, les fleuves Dniepre et Danube hautement pollués par des particules radioactives se déversent dans La Mer noire qui les véhiculent vers le Bosphore et la mer de Marmara. Mais le plus grave, c'est que tout le nord du pays est submergé par des nuages radioactifs.
Les turcs ont appris très vite a s’abstenir de manger des crustacés à coquille. Tout ce que l’on pêchait dans la Mer Noire et celle de Marmara étaient plus ou moins contaminés, mais plus encore les moules, et les coques... Ils ont continué à manger de la viande, car les autorités avaient réagi assez vite pour mettre le bétail au régime sec, interdisant que les troupeaux paissent l’herbe fraiche polluée de Thrace, au nord ouest du pays. Mais la tragicomédie est arrivée par le nord est, la région la plus pluvieuse du pays ou l’on cultive tout le thé noir, boisson nationale, qu'un Turc qui se respecte boit à longueur de journée, parfois jusqu’à 20 ou 30 tasses.

Cela aurait trop coûté d’importer tout le thé que l’on consommait et le gouvernement n’a pas osé détruire la récolte de 1986, encore moins dire au peuple que le thé était hautement radioactif. Au contraire, ils ont assuré qu’il était sain, de peur que les gens ne consomment plus et que l’économie en pâtisse. Et pour ce faire, le général Kenan Evren déclara publiquement que la radioactivité renforçait les os !
Premier ministre à l’époque, Turgut Özal affirma : “Le thé radioactif est meilleur!”
Mais c’est le ministre de l’économie et de l’industrie Cahit Aral qui enfonça le clou, en buvant une tasse de thé devant les caméras, tout en jurant sur sa foi musulmane qu’il était parfaitement inoffensif.

EXPLOSION DES CAS DE CANCERS

Le 14 aout 1986, l’Agence de l’énergie atomique TAEK interdit la publication de toute analyse concernant le thé et les laboratoires universitaires furent sommés de garder le silence. C’est en 1994 que les autorités ont reconnu “avoir censuré certaines vérités sur Tchernobyl”. Depuis, nous suivons, impuissants, l'évolution des dégâts causés par les nuages radioactifs.
De 1990 à 2000, les cancers ont augmenté de 50 % dans tout le pays.
Trois villes du nord, Trabzon, Ordu et Giresun sont frappées spécialement : de 140 cas de cancers répertoriés en 1990, on était arrivé à 2887 cas en 2000...
Mais les Turcs boivent toujours autant du thé, en croyant à ses vertus anti-oxydantes et digestives.

Mine Kirikkanat est écrivaine et éditorialiste à Cumhuriyet. "La malédiction de Constantin", polar politique d'anticipation, raconte le tsunami qui ravagera peut-être un jour Istanbul. Il est paru en 2006 aux éditions Métailié.

En Russie : “Quand remontent les souvenirs d'enfance.“

par Pavel Spiridonov, de Saint Pétersbourg, Russie, le 13 mars 2011, 01 h 00 GMT

Le sarcophage du réacteur qui avait explosé voilà tout juste 25 ans à Tchernobyl, le 26 avril 1986, en Ukraine
Le sarcophage du réacteur qui avait explosé voilà tout juste 25 ans à Tchernobyl, le 26 avril 1986, en Ukraine
J’ai eu 10 ans quand la catastrophe de Tchernobyl est arrivée. Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris l’ampleur de la tragédie et des mensonges d’État, que j'ai entendu parler des manifestations de 1er mai sous une pluie chargée des particules radioactives à Kiev, Minsk et dans beaucoup d’autres villes. Et je suis resté depuis avec mes questions qui sont souvent restées sans réponse, sur la sécurité des centrales nucléaires soviétiques, notamment celle qui est à seulement trente-cinq kilomètres de ma ville, Saint-Pétersbourg (nommée encore Leningrad à l’époque), et ses cinq millions d’habitants. Puis nous avons vécu pendant des années avec les chiffres de taux radioactif à chaque bulletin météo de la télévision régionale. Mais le temps estompe nos souvenirs d’enfance et il ne reste souvent que des émotions.

J’écris ces mots le soir du dimanche 13 mars 2011. Pour lire les journaux, il faut attendre demain, mais il nous reste Internet pour se renseigner sur la situation au Japon. Les premières émotions passées, après avoir vu sur les chaînes d’information du monde entier les images terrifiantes de tsunami, de dévastation et de calme des Japonais face à la tragédie d'une telle ampleur, arrive alors l’information sur les problèmes dans la station nucléaire de Fukushima.

« Novaya Gazeta » sur la première page de son site web titre : « Nous sommes avec vous ! » et son correspondant à Vladivostok nous rapporte la réaction calme des autorités et de la population sur les éventuels problèmes de la contamination radioactive. Néanmoins, le contrôle de service météorologique russe de la radioactivité a été renforcé, sans pour autant détecter des anomalies.

RASSURER LA POPULATION À TOUT PRIX

« Kommersant » cite Gennadiy Onishchenko, un médecin qui dirige les services sanitaires d’État de Russie. Il assure la population qu’il n’y a pas de danger de contamination pour les Russes vivant dans l’Extrême-Orient russe ; et qu’un avion russe, avec des équipes de sauvetage, a décollé en direction de l’archipel nippon.

La très officielle « Rossijskaya Gazeta » rapporte les propos de la porte-parole de l’Union des industries touristiques qui annonce un chiffre de plusieurs centaines des touristes russes encore en ce moment au Japon. L’ambassade russe à Tokyo envisage l’utilisation des avions de ministère des Situations d’urgences pour évacuer, si nécessaire, les ressortissants russes.

LA PEUR QUI REVIENT

Toute cette information font ressurgir mes souvenirs d'exercices d’évacuation et les cours sur le comportement à tenir en cas de catastrophe. Je sais que les parallèles entre la situation actuelle et l’accident de Tchernobyl ou les bombardement d’Hiroshima et de Nagasaki par les Américains durant la Seconde guerre mondiale seront nombreux ces jours-ci. J’espère seulement qu’il n’y aura pas de pertes humaines dues aux accidents dans les réacteurs nucléaires.

Et les Japonais, qui déjà dans le passé ont fait la preuve d'un courage remarquable, cette fois aussi, nous montreront l'exemple d’une nation forte et unie qui pourra surmonter les cataclysmes tombés sur leur pays. Cette force, ils vont peut-être la puiser directement dans leur environnement, instable depuis toujours. Et pour appuyer cette réflexion, j’aimerais citer l’écrivain russe Boris Akounine, japonologue brillât avant de devenir un auteur à succès, qui dans son blog écrit aujourd'hui ceci : « Demain, elle (la ville de Kesennuma, ndlr) sera reconstruite. Sans les garanties que tout cela ne se répètera pas. Dans la vie, comme on le sait, rien n’est garanti ; la différence avec nous c'est que chaque Japonais sait cela depuis son enfance et ne l’oublie jamais. »

Pavel Spiridonov est doctorant, avec pour sujet de thèse "L'Influence de l'Internet sur la littérature russe contemporaine"