Turquie : la poussée irrépressible de l'Europe

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La marche turque vers l'Europe

Par Mine Kirikkanat, écrivaine et éditorialiste à Vatan, Istanbul - 22 - février 2010

La Turquie a aboli la peine de mort en deux phases, l’une officieuse, l’autre officielle.
Depuis 1984 aucune peine prononcée n’a pu être exécutée, puisqu’il fallait la ratification du Parlement qui, d’un commun accord des députés, ne les ratifiait plus. Pourtant, de 1984 au 1991, ils étaient encore plus de 500 à s’entasser dans les couloirs de la mort, tout en sachant qu’ils survivraient. En 1991, la surpopulation carcérale obligea le Parlement a une clémence aussi inattendue que déplacée : toutes les peines capitales furent commuées à 10 ans de prison ferme et la plupart des condamnés, et pas des enfants de coeur mais des vrais monstres pour certains, les ayant déjà purgé, ils rentrèrent tranquillement chez eux.

La tentation d’exécuter une peine de mort frôla La Turquie pour la dernière fois, quand le chef de PKK, Abdullah Öcalan capturé en Afrique, fut condamné “à la pendaison” en 1999. Il faut dire qu’elle était grande cette tentation... La guerre entre l’armée turque et les séparatistes kurdes avait fait rage, des centaines de villages ont été vidés, des millions de gens déplacés vers l’ouest du pays et l’on parlait de trente mille morts, sans compter les blessés, parfois infirmes à vie.

Mais l’immense majorité des Turcs ne sont pas tombés dans le piège. Dans la presse, des journalistes dont je fais partie se sont mobilisés et battus parfois héroïquement pour l’abolition de la peine de mort. Et ils ont gagné l’opinion publique à leur cause.
Malgré l’approbation de la condamnation d’Abdullah Öcalan par le Conseil d’État, la synchronisation juridique de la Turquie à l’Union européenne vola au secours du Parlement turc, qui abolit la peine de mort officiellement en 2002, au nom d’une future adhésion, ni moins ni plus incertaine qu’aujourd’hui.

On peut dire que la peine de mort a été abolie en grande partie grâce à l’interminable marche turque vers l’Europe, et un peu grâce au chef des séparatistes kurdes qui est condamné à vivre perpétuellement comme Robinson. Puisque la prison spécialement conçue pour lui, se trouve sur une île...

Mine Kirikkanat