Turquie : les chantiers du président Erdogan

Recep Tayyip Erdogan, président élu le 10 août avec 52 % des voix
Recep Tayyip Erdogan, président élu le 10 août avec 52 % des voix
(AFP)

Ce jeudi, le président islamo-conservateur turc Recep Tayyip Erdogan entame officiellement  un premier mandat de cinq ans à la tête du pays qui doit prolonger le règne sans partage qu'il y exerçait depuis 2003 en tant que Premier ministre. Parmi ses priorités, faire la paix avec les kurdes et sortir des guêpiers syrien et irakien

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Six priorités

Deux semaines après sa victoire sans bavure dès le premier tour du scrutin, Recep Tayyip Erdogan, 60 ans, a prêté serment devant le Parlement. Il succède ainsi à son compagnon de route Abdullah Gül à un poste d'où il entend bien continuer à diriger la marche de la Turquie. Pour s'assurer les coudées franches, l'homme fort de la Turquie a choisi un fidèle pour lui succéder à la tête du parti au pouvoir et du gouvernement, le chef de la diplomatie Ahmet Davutoglu.
Sitôt en place, Recep Tayyip Erdogan doit charger jeudi son dauphin de former sa nouvelle équipe ministérielle, qui doit être présentée dès vendredi.

Voici la liste des priorités du nouveau duo de l'exécutif turc:

1- Réformer la Constitution

M. Erdogan l'a dit et répété. Pas question qu'il se contente, comme ses prédécesseurs, d'inaugurer les chrysanthèmes. "J'utiliserai toutes les compétences que me donne la Constitution", a-t-il dit. Comme convoquer et présider les Conseils des ministres.

Au-delà, le nouveau chef de l'Etat veut réformer la Constitution pour imposer un vrai régime "présidentiel", contre la volonté de l'opposition. Faute de déjà disposer de la majorité des deux tiers requise (367 sièges sur 550), il espère un raz de marée de son Parti de la justice et du développement (AKP) aux législatives de juin 2015. M. Davutoglu en a fait mercredi l'une de ses priorités.

2- Garder le contrôle de l'AKP

Cofondateur et chef de l'AKP depuis 2001, M. Erdogan a été contraint de rendre sa carte, au nom de la nécessaire "impartialité" du chef de l'Etat. Avec Ahmet Davutoglu, il a choisi pour lui succéder un fidèle, peu susceptible de lui faire de l'ombre.

Mais le retour annoncé au sein du parti du président sortant Abdullah Gül risque de compliquer les choses. Tenant d'une ligne plus modérée que celle de M. Erdogan, il dispose de solides soutiens qui pourraient se déclarer si, par exemple, l'AKP de M. Davutoglu ne passe pas la barre des 376 élus l'an prochain.

3- Poursuivre la lutte contre Fethullah Gülen

Le nouveau chef de l'Etat l'a redit mercredi: "le combat contre l'Etat parallèle qui a trahi mon pays (...) va continuer". Depuis l'hiver dernier, le mouvement de son ex-allié Fethullah Gülen est devenu son ennemi numéro 1, accusé de "complot" en propageant des accusations de corruption et en enregistrant ses conversations téléphoniques.

Après des purges sans précédent qui ont visé des milliers de fonctionnaires, plusieurs dizaines de policiers ont déjà été inculpés et arrêtés.

4- Faire la paix avec les Kurdes

Dès le soir de sa victoire le 10 août, M. Erdogan a signalé sa volonté de relancer les pourparlers de paix avec les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), au point mort depuis un an. "Nous poursuivrons nos efforts jusqu'à l'aboutissement du processus de paix", a confirmé M. Davutoglu.

Le chef emprisonné du mouvement, Abdullah Öcalan, semble prêt à les accompagner sur cette voie. Il s'est réjoui de M. Erdogan en se disant convaincu que le conflit, qui a fait plus de 40.000 morts depuis 1984, "touche à sa fin".

5- Sortir des guêpiers syrien et irakien

Prêt à tout pour accélérer la chute du président syrien Bachar al-Assad, M. Erdogan a longtemps soutenu, même s'il l'a toujours nié, ses ennemis les plus extrémistes, dont les jihadistes sunnites de l'Etat islamique (EI). Les succès accumulés par ce mouvement en Syrie et en Irak ont placé la Turquie dans une position très embarrassante, illustrée par la prise en otage de ses 49 citoyens enlevés à Mossoul (Irak).

Conséquence de la guerre civile, la Turquie accueille aussi plus de 1,2 million de réfugiés syriens, sources de tensions croissantes avec la population locale.

6- Enrayer le ralentissement de l'économie

C'est peut-être le talon d'Achille de l'homme fort du pays. Après des taux "chinois" de plus de 8% en 2010 et 2011, la croissance turque donne de sérieux signes de ralentissement et menace de remettre en cause la marche en avant du pays, le principal argument de vente électoral de M. Erdogan.

L'économie turque souffre d'un fort déficit de ses comptes publics et d'une inflation élevée qui inquiètent les investisseurs étrangers, indispensables à sa bonne santé. Les pressions incessantes de M. Erdogan sur sa banque centrale pour qu'elle baisse ses taux d'intérêt préoccupent également les marchés.