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Turquie : Mathias Depardon "expulsé", de retour en France

Sujet libération Depardon
Par nos partenaires de France 3

Arrêté alors qu'il réalisait une série de photo-reportages, notamment avec le PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan, le journaliste était détenu depuis un mois en Turquie. Pour Ankara, il ne s'agit pas d'une libération mais d'une expulsion. Explications.

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Le photojournaliste français Mathias Depardon, détenu un mois en Turquie après avoir été arrêté pendant un reportage dans le sud-est, a été expulsé vendredi vers la France où il est arrivé dans la soirée.

Arrêté le 8 mai, le photographe, dont l'avion s'est posé ce vendredi 8 juin peu après 22 heures à Paris à l'aéroport parisien de Roissy, estimait à son arrivée qu'Ankara avait voulu adresser "un message assez fort" aux reporters souhaitant se rendre dans le sud-est de la Turquie.

Il s'est dit "heureux d'être à Paris, d'être en France". "Je vais très bien", a-t-il assuré devant la presse, affichant un large sourire, mais visiblement fatigué.

Sa libération avait été annoncée un peu plus par le président français Emmanuel Macron :

Le président français avait demandé le 3 juin à son homologue turc Recep Tayyip Erdogan le retour "le plus vite possible" du photojournaliste dans son pays.

Mathias Depardon a pris un avion à Gaziantep (sud-est), où il était détenu, pour rejoindre Istanbul puis la France, a annoncé le secrétaire général de l'ONG Reporters sans frontières (RSF) Christophe Deloire :

La détention de Mathias Depardon avait suscité l'inquiétude des défenseurs de la liberté de la presse, qui dénoncent une dégradation des conditions de travail des journalistes turcs et étrangers en Turquie.

Il faisait l'objet d'un ordre d'expulsion depuis le 11 mai mais était détenu à Gaziantep par les autorités turques, qui le soupçonnent d'avoir fait de la "propagande terroriste" en faveur de la guérilla kurde, pour avoir diffusé sur les réseaux sociaux des photos prises au cours d'un reportage sur le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, séparatistes kurdes).

A son arrivée en France, Mathias Depardon a été accueilli par le directeur de cabinet de la présidence, Patrick Strzoda, et par le conseiller diplomatique Philippe Etienne.

"J'ai été accusé, a dit le journaliste, de propagande terroriste et d'aide et soutien à des groupes terroristes, à savoir le PKK, suite à des images que j'avais faites ces dernières années, dont je ne cachais pas l'existence... Je pense que l'idée était d'envoyer un message assez fort auprès des journalistes étrangers et turcs qui ont pour but de faire des sujets dans le sud-est de la Turquie."

L'expulsion de M. Depardon survient au lendemain d'une visite de sa mère dans le centre de rétention de Gaziantep où il avait été transféré un mois auparavant.

Ses avocats avaient réclamé vendredi une intervention de la Commission européenne pour mettre fin à sa "détention arbitraire".

"Un pays qu'il adore"

Installé en Turquie depuis cinq ans, ce journaliste indépendant âgé de 37 ans avait été arrêté à Hasankeyf (sud-est), où il réalisait un reportage pour le magazine National Geographic, au motif qu'il travaillait sans carte de presse.

Evoquant la possibilité d'une expulsion de son fils du territoire turc, la mère de M. Depardon, Danièle Van de Lanotte, regrette, qu'il quitte "comme un malpropre" la Turquie, "un pays qu'il adore".

"C'était une détention absolument injustifiée. C'est un mois de perdu dans la vie d'un homme", déclare M. Deloire.

Sur Internet, notamment parmi ses confrères français, une mobilisation avait été déclenchée en faveur de la libération du photojournaliste, avec sur Twitter le mot-dièse #FreeMathias.

Mathias Depardon est le dernier d'une série de journalistes européens arrêtés ou expulsés par les autorités en Turquie, où les conditions de travail se sont dégradées au cours des derniers mois pour les professionnels des médias, en particulier depuis le putsch manqué de juillet.

Olivier Bertrand, un journaliste français, et Gabriele Del Grande, un journaliste italien, ont été arrêtés et expulsés ces derniers mois.

Un journaliste germano-turc, Deniz Yücel, est quant à lui accusé d'"espionnage" et d'activités "terroristes" et a été incarcéré.

Les organisations de défense de la liberté de la presse dénoncent des atteintes régulières à cette liberté de la part des autorités turques, notamment depuis la tentative de coup d'Etat du 15 juillet.

Plus de 100 journalistes turcs sont actuellement incarcérés en Turquie, et le gouvernement cible parfois les correspondants étrangers.

Le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu a provoqué un tollé en déclarant cette semaine que des services de renseignement européens utilisaient des journalistes pour espionner la Turquie.

Ce pays occupe la 155e place sur 180 au classement 2017 de la liberté de la presse établi par RSF.