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Turquie : un an après le coup d'Etat manqué Erdogan durcit le ton

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©Radio Canada

A l'occasion de l'anniversaire de la tentative de putsch du 15 juillet 2016, le président Erdogan a durci le ton contre les auteurs présumés du coup d'Etat raté. Au cours d'un discours fleuve, il s'est dit favorable au rétablissement de la peine de mort et a fustigé les "traîtres". 

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La Turquie a commémoré, samedi 15 juillet, l'anniversaire de la tentative de putsch qui a secoué le pays en 2016, à grands renforts d'évènements médiatiques : session parlementaire extraordinaire, discours nocturne et hommages aux 249"martyrs" tués au cours des combats avec les putschistes. Une façon pour le président Erdogan de souligner l'importance historique de la mise en échec du coup d'Etat.
Soucieux d'asseoir son autorité, le président turc a mis en garde ses opposants, samedi soir :" Nous arracherons la tête de ces traîtres ", a-t-il lancé devant une foule de plusieurs centaines de milliers personnes, à proximité du pont des Martyrs à Istanbul. Au cours de son discours, il a également exprimé son souhait de rétablir la peine de mort en Turquie. Des propos qui interviennent après une nouvelle de purge. Plus de 7.000 officiers de police, militaires et employés de ministères ont été limogés par décret, à la veille de la commération du coup d'Etat manqué.
  

Vers une dérive autocratique du pouvoir ? 

Le prédicateur turc Fethullah Gülen, installé aux Etats-Unis a dénoncé à la fois un "putsch abject" tout en condamnant la "chasse aux sorcières" menée par les autorités turques depuis un an. Dans un communiqué, le prédicateur, désigné par Ankara comme le cerveau du coup d'Etat avorté du 15 juillet 2016, s'est insurgé contre la "persécution sans précédent" dirigée contre les membres de son mouvement "Hizmet". Depuis un an, 50.000 sympathisants ont été arrêtés et plus de 100.000 personnes limogées. "Malheureusement, dans la foulée de cette tragédie, on a porté atteinte à bien trop d'innocents. Illégalement limogés, arrêtés, emprisonnés et même torturés. Tous sous l'ordre du gouvernement", a tonné M. Gülen, qui a toujours nié être à l'origine de la tentative de putsch.

Inquiétude pour les droits de l'Homme 

Les autorités turques affirment que les arrestations et les limogeages massifs  étaient nécessaires pour nettoyer les institutions des partisans des réseaux gulénistes. Les purges lancées par les autorités turques suscitent toutefois l'inquiétude des partenaires occidentaux d'Ankara et des organisations de défense des droits de l'Homme. Une source diplomatique européenne estime qu'"environ un million de personnes sont touchées directement ou indirectement par les purges". Certains d'entre elles dépassent le cadre des partisans présumés de M. Gülen. Des arrestations ont eu lieu dans les milieux pro-kurdes, dont les principaux dirigeants politiques ont été écroués. Des journalistes et des membres d'ONG ont également été touchés par les purges. Kemal Kiliçdaroglu, le leader du principal parti d'opposition, le CHP, a déploré " l'état d'urgence permanent ",  lors d'une session parlementaire extraordinaire. Il est parvenu à mobiliser une centaine de milliers de manifestants pour défendre " la justice ".  Après le traumatisme du 15 juillet 2016, la société turque reste fracturée entre les pro et les anti-Erdogan.