TVA augmentée, retraite à 62 ans avancée, gel des salaires du gouvernement, le plan de rigueur du budget français 2012 dévoilé

Le Premier ministre français François Fillon a dévoilé le plan de rigueur de 7 milliards d'euros pour 2012, le "plus rigoureux depuis 1945". L'objectif est de parvenir à une économie supplémentaire de 500 millions d'euros sur les dépenses de l'Etat et à un déficit public nul en 2016.

Myret Zaki, économiste et rédactrice en chef adjointe du magazine suisse Bilan, a écouté le chef du gouvernement français et nous livre son analyse.

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“Economiser aujourd'hui permettra de consommer demain“

Myret Zaki, du magazine économique suisse “Bilan“.
Myret Zaki, du magazine économique suisse “Bilan“.
Que pensez-vous de ce plan de rigueur ?

Tout d'abord, je m'inscris en faux face à toutes les critiques que j'entends depuis l'annonce de Fillon. Dans le contexte actuel de turbulences des marchés, pour maintenir la notation triple A, il était normal de voir à long terme et d'édicter un plan crédible qui implique une certaine austérité. Ce plan, très pragmatique mais aussi culotté, s'adresse donc directement aux agences de notation et aux spéculateurs.

N'importe quel gouvernement sérieux du G7 doit penser une rigueur à long terme comme l'a fait la France aujourd'hui. Elle a le bon réflexe : viser le déficit zéro en 2016 c'est une très bonne chose. En faisant cela, la France rassure les agences de notation, ce qui lui permet de garder sa note AAA, et donc de pouvoir continuer à emprunter à des taux raisonnables - en dessous de 3% d'intérêt. Elle évite ainsi la situation du Portugal, de la Grèce, de l'Italie ou encore de l'Espagne.

Ce plan repose sur plusieurs mesures assez impopulaires...

Je trouve que le plan est bien articulé, axé plus sur la réduction des dépenses que sur la hausse des impôts. L'impact d'un relèvement d'impôt est, en plus d'être très impopulaire, très faible pour combler efficacement le déficit budgétaire.

Bien sûr, les barèmes de l'impôt sur le revenu sont gelés, ce qui va équivaloir à une hausse, mais si le gouvernement français avait voulu uniquement faire porter l'effort sur les taxes, il aurait fallu tripler l'impôt sur le revenu ou doubler la TVA ! Ici on est plus face à un ajustement qu'à une vraie hausse.

Des mesures vous semblent-elles manquer ?

C'est vrai que l'accent a peu été mis sur la relance économique. Mais il ne faut pas oublier que ça implique des investissements et donc des dépenses. La priorité c'est de freiner l'endettement pour l'Etat, mais aussi pour les entreprises et les ménages. Ensuite on stabilise le budget, et après on pense à encourager l'emploi.

A souligner, on ne trouve pas non plus dans les annonces de Fillon de plan pour plafonner les bonus des banquiers et autres dirigeants de grandes entreprises du secteur financier. Mais je pense que ça va venir, en tous cas si j'en crois les dernières déclarations du président Nicolas Sarkozy à ce sujet.

On oppose souvent austérité et croissance.

La seule vraie recette crédible pour croître, c'est de faire ce que fait la France maintenant : se serrer la ceinture. Les Etats-Unis, où la situation budgétaire est encore plus mauvaise qu'en France, devraient prendre exemple sur l'Europe. Car en Europe, les mots rigueur ou austérité ne sont plus tabous !

Dans le diktat de la croissance où nous nous trouvons, les pays de l'OCDE avaient perdu l'habitude de prononcer ces mots, surtout en période électorale. Et pourtant ! Economiser aujourd'hui permettra de consommer demain. Si vous n'avez que de la dette, si vous faites marcher la planche à billets, vous ne faites qu'aggraver votre déficit. C'est ce que font les Etats-Unis aujourd'hui.

Un plan de rigueur à cinq mois de la présidentielle, est-ce risqué pour le président sortant ?

Je trouve que c'est au contraire un vrai courage politique. En agissant comme cela, au risque de perdre l'élection en 2012, Nicolas Sarkozy pense plus à l'avenir de la France qu'à son avenir électoral.

La France et l'Allemange sont le coeur de la zone euro, elles ne peuvent pas se permettre de rentrer dans des turbulences. Leurs gouvernements ont compris que l'austérité est dans l'intérêt des populations à long terme. On prépare aujourd'hui la croissance de 2030. Alors que les Etats-Unis s'endettent encore plus pour provoquer une croissance artificielle, ce qui va les mener à la ruine !


Les principales mesures du plan de rigueur français

07.11.2011Par AFP
-TVA: relèvement du taux réduit de 5,5% à un taux intermédiaire de 7% "sur tous les produits et les services à l'exception des produits de première nécessité, notamment l'alimentation". Gain estimé de 1,8 milliard d'euros dès 2012.
- Niches fiscales: nouveaux coups de rabot à hauteur de 2,6 milliards d'ici 2016 (suppression dispositif Scellier fin 2012, recentrage du PTZ+ sur le neuf).
- Retraites: accélération de la mise en oeuvre de la réforme de 2010. L'application du passage de l'âge légal de départ en retraite à 62 ans est avancée d'un an (2017 au lieu de 2018). Cela doit "permettre d'économiser 1,3 milliard d'euros en 2016 et de réduire l'endettement de 4,4 mds d'euros d'ici 2016", selon Matignon.
- Dépenses de l'Etat: économie supplémentaire de 500 millions d'euros en 2012 soit, en tenant compte du premier plan annoncé fin août, 1,5 milliard d'économies par rapport au projet de budget initial.
   Réduction des surfaces occupées par les administrations portée à 5% pour les trois prochaines années et programme de cessions immobilières accéléré pour atteindre 500 millions d'euros par an.
- Assurance-maladie: progression des dépenses ramenée à 2,5% à partir de 2012, au lieu des 2,8% prévus au départ (500 M EUR d'économie). "L'effort sera poursuivi jusqu'en 2016", d'après le gouvernement.
- Prestations sociales: revalorisation hors minima sociaux et revenus de remplacement gelée à 1% pour 2012-13, soit le niveau de la croissance prévue par le gouvernement. Economie escomptée de 500 millions d'euros.
- Grandes entreprises: majoration de 5% en 2012 et 2013 de l'impôt sur les sociétés des entreprises dont le CA dépasse 250 millions d'euros, "pour un rendement de 1,1 milliard d'euros", précise Matignon.
- Impôt sur le revenu: gel du barême en 2012 et 2013 au niveau de 2011, et jusqu'au retour en dessous de 3% de déficit public. Automatiquement, le barème de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) et des tarifs et abattements en matière de droits de succession et de donation également gelés. Le rendement s'élève à 3,4 milliards d'euros dont 1,7 milliard d'euros en 2012.
   Prélèvement forfaitaire libératoire (PFL) sur les dividendes et les intérêts porté de 19% à 24%, disposition qui doit "générer 600 millions d'euros de recettes".
- Gouvernement, partis politiques et collectivités: le salaire du président de la République et des ministres est gelé "jusqu'au retour à l'équilibre des finances publiques".
   Réduction de 5% du plafond de remboursement des dépenses de campagnes électorales et des aides aux partis politiques.
   Rapports annuels des régions, départements et communes de plus de 10.000 habitants sur leurs dépenses dans un souci de "transparence".