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UberPop : quelles réactions ailleurs dans le monde ?

Manifestation de taxis belges contre Uber, à Bruxelles, le 3 mars 2015 (AP Photo/Virginia Mayo)
Manifestation de taxis belges contre Uber, à Bruxelles, le 3 mars 2015 (AP Photo/Virginia Mayo)

Le débat qui fait rage en France au sujet de la lutte entre les taxis et le service de covoiturage en ligne UberPop, interdit depuis le 1er janvier 2015 et suspendu depuis le 3 juillet. De nombreux pays ont été confrontés à cette activité concurrentielle des taxis, et ont réagi. Espagne, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Belgique, Australie, Inde, Corée du Sud, Singapour, Philipines : comment ces pays ont-ils traité le "problème Uber" ?

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La crise française des taxis — causée par la concurrence du service UberPop à leur encontre — n'est pas unique au monde.


> voir notre article : Uber, Google, Airbnb, booking : l'économie 2.0 californienne est-elle un danger pour l'Europe ?

Loin de là. Uber, l'entreprise californienne de plateforme web pour la réservation de Véhicules de Transports avec Chauffeurs (VTC), n'a pas été souvent bien accueillie ailleurs sur la planète. Les décision de justice pleuvent, et les conducteurs UberPop sont déclarés illégaux dans une majorité de pays voisins, ainsi que sur d'autres continents. Tournée européenne — et plus lointaine — des décision juridiques, ne laissant pas, la plupart du temps, le "covoiturage payant" par réservation en ligne détruire la vieille économie des taxis. A l'exception de Singapour et des Philippines.

Espagne : Le tribunal de commerce de Madrid a interdit en décembre 2014 le service UberPop à la suite d'une plainte de l'association des conducteurs de taxis pour "concurrence déloyale". La décision du tribunal s'est appuyée sur le fait que les conducteurs UberPop roulent sans licence et sans assurance professionnelle, pourtant obligatoires pour les taxis.

Un manifestant espagnol pro-taxi prend à parti un véhicule suspecté de travailler pour Uber, en juin 2014. 
Un manifestant espagnol pro-taxi prend à parti un véhicule suspecté de travailler pour Uber, en juin 2014. 
(AP Photo/Paul White)


Allemagne : Une première décision de justice du tribunal de Francfort a déclaré illégale l'activité d'UberPop, puisque ses conducteurs ne possèdent pas de licence, comme la loi allemande les y oblige. Mais la décision du tribunal s'est renversée pour des problèmes de procédures d'urgence non-conformes. Les taxis comptent faire appel de la décision.
En août 2014, les taxis fêtent leur victoire de l'interdiction d'Uber, qui sera par la suite annulée.
En août 2014, les taxis fêtent leur victoire de l'interdiction d'Uber, qui sera par la suite annulée.
(AP Photo/Joerg Carstensen)

Italie : Le 26 mai 2015, la cour de Milan a donné deux semaines à Uber pour stopper ses services et afficher la décision de justice sur son site, sous peine d'une condamnation à 22 000 dollars par jour, jusqu'à qu'il obtempère. Le tribunal a estimé que les chauffeurs UberPop contreviennent à la loi puisqu'ils ne disposent pas de licence commerciale.

Pays-Bas : Le tribunal de la Haye a ordonné à Uber de stopper son service UberPop en décembre 2014 : les chauffeurs UberPop contreviennent aux réglementations hollandaises sur la conduite commerciale. Comme dans les autres pays, Uber a déclaré qu'il "continuerait la bataille juridique".

Belgique : Un tribunal de Bruxelles a condamné un chauffeur du service UberPop le 4 mai 2015 pour infraction à la législation de transport des personnes. Le véhicule du chauffeur UberPop a été saisi, et la justice a déclaré que le "covoiturage ne peut concerner qu’un même trajet effectué ensemble [conducteur et passager, ndlr] et sans paiement". L'entreprise Uber a déclaré continuer quand même ses activités, ayant encore des recours juridiques. Si le gouvernement belge a pensé un temps interdire l'application Uber, il réfléchit aujourd'hui à encadrer les pratiques de covoiturage en imposant aux conducteurs les normes des taxis : état de santé du conducteur, état du véhicule et assurance.
Manifestation de taxis contre Uber, à Bruxelles le 3 mars 2015<br />
Manifestation de taxis contre Uber, à Bruxelles le 3 mars 2015
(AP Photo/Virginia Mayo)


Australie : Uber opère surtout à Sidney et Melbourne, alors que la plupart des Etats australiens ne tolèrent pas les conducteurs sans assurance professionnelle et sans licence. Comme en France, la justice australienne a déclaré l'activité UberPop illégale mais laisse l'opérateur californien agir à sa guise.

Inde : Uber est interdit à New-Dehli suite au viol d'une passagère par un chauffeur UberPop. L'entreprise californienne est accusée de ne pas suffisamment contrôler ses conducteurs. De plus, sa politique du paiement obligatoire par carte de crédit pose de nombreux problèmes de par les restrictions légales indiennes sur ce type de paiement. Néanmoins, Uber continue, ailleurs en Inde, à proposer ses services qui rencontrent un grand succès auprès de la population.

Corée du Sud : Ce pays a décidé d'interdire les chauffeurs ne possédant pas de licence de taxi. Dans les faits, cette décision bannit les chauffeurs UberX (autre appelation d'UberPop), mais UberBlack (assurance professionnelle, licence professionnelle, inspection du véhicule, voiture de luxe) et UberTaxi (taxis travaillant avec l'app Uber, interdits à New-York)  pourront eux continuer leur activité.

Singapour : Le principe retenu a été d'obliger tous les chauffeurs à posséder une licence de taxi et de développer dans le même temps une application dédiée : GrabTaxi. Cette application concurrente d'Uber a demandé 100 millions de dollars pour être développée. L'entreprise qui développe GrabTaxi affirme travailler de façon concertée avec les gouvernements concernés, pour éviter les conflits légaux. 20 villes du sud-est asiatique utilisent ce système, réparties entre le Vietnam, la Malaisie,  la Thaïlande, l'Indonésie et les Philippines.

Philippines : Le conflit entre taxis et chauffeurs Uber n'a pas duré longtemps, puisque le gouvernement, après quelques mois — via son Département des transports et de la communication — a décidé de créer une législation spécifique pour les services "de type Uber". Ce département a donc créé une nouvelle catégorie d'entreprises : les "entreprises de transport en réseau" (Transportation Network Companies, TNC). La définition de ces nouvelles entreprises est simple : proposer du transport via une application web entre des possesseurs de véhicules et des clients voulant profiter d'une course. Les Philippines sont donc le premier pays au monde à créer une législation pour encadrer les services de covoiturages payants ou de VTC — copiant ainsi la législation de L'Etat de Californie. Cet encadrement légal ne laisse pas la possibilité qu'une "jungle" de véhicules Uber puisse se développer puisque des critères strictes sont établis : le véhicule ne peut avoir plus de 7 ans, doit être une berline ou un utilitaire asiatique équipé d'un GPS et d'un système de géolocalisation, les chauffeurs devront obtenir un certificat d'utilité publique, être contrôlés et accrédités sous l'appellation TNC et enregistrés au Département des transports et de la communication. Les taxis se voient désormais offert la possibilité de rentrer dans une nouvelle catégorie dite "taxi prime", requérant le GPS, le paiement en carte de crédit, un véhicule récent, et qui leur donne ainsi le droit récupérer des clients via… une application web (pour Manille, Cebu, Davao City et Iloilo City) : GrabTaxi, l'application développée à Singapour…