Ukraine : entretien avec le ministre des Affaires étrangères Pavlo Klimkin

Alors que 70 experts internationaux travaillent sur les lieux du crash du Boeing malaysien, les combats continuent dans l'est de l'Ukraine. Ce samedi, Pavlo Klimkin est l'invité du Grand Angle du 64'. Diplomate de carrière, ce ministre de 46 ans, en poste depuis le 19 juin dernier, est un fervent partisan du rapprochement avec l'Europe. Il est l'un des principaux négociateurs de l'Accord d'association, signé fin juin 2014, entre son pays et l'UE. Cet accord est-il le prélude à une future intégration dans l'Union ? Dans les régions de l'est, où l'armée ukrainienne semble gagner du terrain, quelle solution politique apporter ? A l'avenir, quelles relations entretenir avec la Russie voisine ?

Entretien en direct et en duplex de Kiev. 

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“C'est une arme russe qui a abattu l'avion. Nous en sommes certains.“

“C'est une arme russe qui a abattu l'avion. Nous en sommes certains.“

Cessez-le-feu

Pavlo Klimkin appelle la Russie à s'engager sur des "actes rééls" en exerçant une "influence claire" sur "les leaders terroristes" actifs dans les régions de l'est de l'Ukraine. La maîtrise efficace de la frontière russo-ukrainienne, par laquelle transitent actuellement "les mercenaires et les armes", est pour lui une priorité. Il appelle de ses voeux un cessez-le-feu bilatéral en vue de restaurer l'intégrité territoriale de l'Ukraine dans ces régions. Un cessez-le-feu qui, selon lui, devra être suivi d'un contrôle transparent des frontières assuré par l'OSCE (l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe ).

Crash du Boeing malaysien

Le ministre ukrainien se déclare, par ailleurs, en faveur d'une enquête "transparente et indépendante" sur les raisons du crash aérien du MH17 de la Malaysia Airlines. Même si, côté ukrainien, la responsabilité des miliciens pro-russes ne semble faire aucun doute : " Nous avons intercepté des conversations téléphoniques juste avant le crash de l'avion. Nous avons relevé des preuves.(...) C'est un missile russe qui a abattu l'avion". 


Vers une autonomie des régions de l'est de l'Ukraine ?

Pavlo Klimkin préfère parler de "forte décentralisation au niveau des communes et des districts". Deux entités locales auxquelles l'Ukraine souhaite donner davantage de pouvoir politique et économique. 


Quel statut pour la langue russe ?

Selon le ministre, demain, chaque communauté pourra décider quelle langue sera parlée localement. L'ukrainien, le russe... "Nous sommes disposés à donner à la langue russe le statut de langue officielle de communication dans chaque district où on le souhaite", a-t-il précisé.


Trait d'union entre l'Europe et la Russie ?

M. Klimkin ne cache pas sa volonté de faire de l'Ukraine un membre à part entière de l'Union européenne. "Notre objectif, à terme, c'est l'adhésion pleine à l'UE (...) Nous sommes un pays européen. C'est notre avenir ." Une intégration qui, selon lui, est "totalement compatible" avec de bonnes relations avec la Russie : "Pour moi, la clé c'est l'intégration à l'Union européenne et la collaboration avec la Russie ". Avant d'ajouter : " En raison d'un manque de confiance, nous avons actuellement des relations difficiles avec ce pays. Il faut restaurer cette confiance."

Une manifestation à Moscou pour appeler Poutine à “l'action“

AFP
Des centaines de Russes se sont rassemblés à Moscou, ce samedi 2 août, pour appeler le président Vladimir Poutine à "passer à l'action" en Ukraine, en y envoyant des troupes de maintien de la paix, afin de mettre un terme à l'effusion de sang dans l'est de cette ex-république soviétique.

"Si une personne a le pouvoir, il faut s'en servir pour passer à l'action", ont lancé les organisateurs, au début de la manifestation à laquelle ont participé plusieurs séparatistes venus de la "République de Donetsk" autoproclamée (région de Donbass, est de l'Ukraine) et leurs épouses.

"La Russie devrait y envoyer des troupes de maintien de la paix et protéger la population de la Nouvelle Russie contre la guerre", a estimé Konstantine Krylov, 61 ans, le rédacteur en chef d'un portail nationaliste russe, faisant allusion à la région du Donbass.

"Il y a des généraux américains qui se trouvent actuellement en Ukraine, ils fournissent des armes (à l'armée ukrainienne, ndlr), et je ne comprends pas du tout pourquoi la Russie, qui prétend relever la tête, ne peut pas faire la même chose" pour les séparatistes prorusses, a-t-il déclaré à l'AFP.

La Russie "doit reconnaître l'indépendance de la Nouvelle Russie et y envoyer ses troupes de maintien de la paix dans le cadre d'un accord avec l'ONU", renchérit à ses côtés Vera Ioudina, 28 ans, serveuse à un aéroport de Moscou.

Des appels à augmenter l'aide humanitaire aux habitants du Donbass subissant des combats quotidiens ont également été entendus pendant la manifestation, de même que des chants patriotiques russes.

Le conflit entre l'armée ukrainienne et les séparatistes prorusses dans l'est de l'Ukraine a fait plus de 1.100 morts en trois mois, selon l'ONU.

En dépit du soutien politique affiché par M. Poutine aux séparatistes russophones d'Ukraine, le Kremlin a nié jusqu'ici leur avoir fourni toute aide directe.