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Ukraine : l'Allemagne, ni trop proche, ni trop loin de la Russie

Angela Merkel, Vladimir Poutine, David Cameron, Barack Obama et François Hollande © AFP
Angela Merkel, Vladimir Poutine, David Cameron, Barack Obama et François Hollande © AFP

Alors que les affrontements ne faiblissent pas dans l'Est de l'Ukraine, où les séparatistes pro-russes ne reconnaissent pas le pouvoir du gouvernement ukrainien, l'Union Européenne, elle, cherche encore la meilleure solution pour mettre fin au conflit qui sévit depuis cinq mois. Si les Etats-Unis se montrent très fermes envers les Russes, accusés d'attiser la violence, les Etats européens restent plus modérés. Et surtout l'Allemagne qui entretient une relation, historiquement et géographiquement, privilégiée avec la Russie. Explications avec Henrik Uterwedde, directeur adjoint de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg en Allemagne.

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Quelle est la position de l'Allemagne vis-à-vis du conflit ukrainien ? 

Angela Merkel, la chancelière allemande, a eu un langage clair en condamnant la politique de Valdimir Poutine concernant la Crimée, mais aussi vis-à-vis de l'Ukraine.
Elle a une double stratégie : être ferme sur le principe, sans pour autant adopter la position des Etats-Unis (imposer des sanctions à la Russie, ndlr) et, en même temps, essayer de promouvoir un retour à la négociation, d'où l'appel à une nouvelle conférence de Genève. C'est une stratégie de "désescalade". C'est une position claire et responsable, même si elle n'est pas assurée du succès.

Par ailleurs, l'opinion publique allemande est en faveur d'une solution de négociation. Elle est assez compréhensive vis-à-vis de Poutine et n'admettrait pas une position très ferme ou belliqueuse. L'option américaine n'aurait pas la majorité dans l'opinion allemande.


Quelles relations entretiennent la Russie et l'Allemagne ?

Les milieux économiques sont liés. Beaucoup d'entreprises allemandes ont des relations avec la Russie, et cela depuis longtemps, dans les années 1970-80. Des liens ont été créés, notamment dans le domaine des matières premières. Les Russes troquaient le pétrole contre les nouvelles technologies et le savoir faire des Allemands.
C'est pour cela que les milieux économiques allemands sont très réticents aux mesures de boycott économique. Ils défendent leurs intérêts, c'est normal.

Angela Merkel a toujours le contact relativement facile au téléphone avec Poutine. Le fait que chacun parle la langue de l'autre, cela peut aider mais c'est aussi une sorte de "vaccin anti-naïveté" chez Merkel.


Cette relation privilégiée avec la Russie est-elle un avantage ou un inconvénient dans ce conflit ukrainien ?

Si l'on part du principe qu'il va y avoir des négociations, cela peut être un avantage. Poutine sait que Merkel n'accepte pas ce qu'il fait, mais elle ne lui a jamais claqué la porte. Cette relation privilégiée peut être utile pour tempérer l'atmosphère autour d'une table de négociations. Si les européens étaient tous aussi fermes que les Etats-Unis, ce ne serait pas facile pour la chancelière allemande de retrouver le chemin de la négociation.

Angela Merkel doit aussi faire attention à ne pas être considérée par les autres pays européens comme trop molle ou trop compréhensive envers la Russie. Le rôle de Merkel est de conserver la solidarité européenne tout en évitant que cette solidarité aille dans un sens de confrontation. C'est un équilibre un peu délicat à trouver pour elle.

Cette relation entre l'Allemagne et la Russie est aussi un sujet de conversation entre Merkel et Hollande. Il s'agit de ne pas se diviser face à ce problème. Je pense que Merkel cherche une unité avec la France. La position de la chancelière ne se résume pas uniquement à la défense de l'industrie allemande.



Les manifestations en Ukraine ont débuté en novembre 2013 © AFP
Les manifestations en Ukraine ont débuté en novembre 2013 © AFP
Au nom des intérêts allemands, l'Allemagne pourrait-elle s'allier à la Russie ?

Non, je ne pense pas. A l'époque de Pompidou, la France avait peur que l'Allemagne se rapproche de la Russie au détriment des relations avec la France. Mais avec Merkel, c'est exclu. L'Allemagne ne va pas chercher une entente avec les Russes sur le dos des autres. L'unité de l'Europe vis-à-vis de ce problème est trop importante pour l'Allemagne.
Mais d'un autre côté, je ne pense pas non plus qu'elle serait heureuse de copier la position des Etats-Unis. Il faut trouver une solution négociée avec les Européens, les Américains et les Russes.


L'Allemagne a-t-telle des moyens de faire pression sur la Russie ?

Elle ne peut pas faire pression directement. Mais on sait que la situation économique de la Russie est très délicate en ce moment et que l'intérêt du pays n'est pas de jouer la confrontation jusqu'au bout. L'Allemagne ne fera pas de menaces mais elle fera comprendre à la Russie qu'elle a tout intérêt à chercher la négociation. De toute manière, certains experts pensent que les Russes ont connu pire et qu'ils ne seraient pas impressionnés par des menaces.


La polémique autour de la présence de Vladimir Poutine à l'anniversaire de l'ex-chancelier allemand Gerhard Schroder, est-elle la représentation des relations germano-russes en général ?

Schroder n'a pas bonne presse en Allemagne. Même avant la crise, son positionnement pro-russe et certaines prises de position dans le passé ont fait grincer des dents et, aujourd'hui, c'est très mal vu. L'ex-chancelier n'est pas considéré comme utile en Allemagne pour la résolution du conflit. Il n'y a pas de complaisance allemande vis-à vis-de Poutine.