Ukraine : le Canada au coeur de la révolte

Immigrants galiciens, débarqués à Québec en 1911 (William James Topley)
Immigrants galiciens, débarqués à Québec en 1911 (William James Topley)

Après l'Ukraine et la Russie, le Canada est le pays au monde qui héberge la plus importante population d'origine ukrainienne. En visite à Kiev ce samedi 22 mars, le Premier ministre canadien Stephen Harper l'a rappelé : plus d'un million de descendants d'immigrants ukrainiens vivent au Canada. Une diaspora d'origine économique, mais aussi politique, qui continue à s'investir dans les événements qui agitent sa patrie d'origine.


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Des steppes d'Ukraine aux grandes prairies canadiennes, des contreforts des Carpates aux collines du Manitoba, les immigrants Ukrainiens se sont concentrés dans les régions rurales de l'Ouest et du centre canadien. "Dans certaines régions du Canada, pendant très longtemps, il était impossible d'être élu contre les représentants de la diaspora ukrainienne..." explique Nina Bachkatov, spécialiste de l'espace post-soviétique et éditrice du site Inside Russia and Eurasia (lien en anglais). Et puis au fil du temps, des communautés urbaines d'Ukrainiens ont essaimés un peu partout sur le territoire, notamment au Québec.


Église catholique ukrainienne de l'Assomption-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie, à Montréal (@Wikipédia)
Église catholique ukrainienne de l'Assomption-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie, à Montréal (@Wikipédia)
D'où venaient-ils ? Difficile de retracer les premières décennies de l'immigration ukrainienne au Canada, puisque le terme "Ukrainien" ne commence à apparaître sur les formulaires de recensement qu'en 1931 - auparavant, les immigrants d'Ukraine s'identifiaient comme russes, ou polonais. On sait toutefois qu'elle remonte aux années 1890, lorsqu'une poignée de familles venues de Galicie fondèrent la colonie d'Edna Star, dans l'Alberta - aujourd'hui, 20 % de la population y est encore d'origine ukrainienne. Puis ils se sont installées aux alentours, dans une région décrite en ces termes bucoliques par C. W. Speere, agent d'immigration de son état :

Des paysages vallonnés, bien irrigués par des rivières aux lits riches et profonds -- ils sont aussi abondamment boisés, même si les incendies ont laissés une grande quantité de bois sec... De vastes pans de terres splendides et d'excellente qualité, comme celles des Galiciens d'Edna, sont encore disponibles pour la colonisation.


Mais le grand promoteur de l'immigration ukrainienne fut le professeur Joseph Oleskiw qui, dans les années 1890, organisa la venue au Canada de milliers de familles issues de Cisleithanie, Galicie, Bucovine... La plupart choisirent l'Ouest canadien en raison de ses riches terres agricoles

Nina Bachkatov ©rtbf.be
Nina Bachkatov ©rtbf.be
A ces premières vagues d'immigration, d'autres ont succédé : "Tous ceux qui ont fui la soviétisation après 1917, mais aussi des collaborateurs national-socialistes partis après la Seconde Guerre mondiale," explique Nina Bachkatov. D'où le caractère majoritairement conservateur et anticommuniste de la diaspora ukrainienne en Amérique du Nord. "Elle reste très active, très nationaliste et entretient son influence via de puissantes associations d'Ukrainiens de l'étranger," insiste Nina Bachkatov. Une influence palpable place Maïdan, pendant les mois de protestation qui ont précédé la chute de l'ex-président Viktor Ianoukovitch, notamment à travers la présence des manifestants les plus âgés et les plus nationalistes.

En 1991, déjà, ces descendants d'immigrants ont beaucoup participé à la reconnaissance de la nation ukrainienne ; en 2004, ils ont suivi de près la révolution Orange ; et puis fin 2013, ils étaient partie prenante à Maïdan. Comme Adriana Luhovy, jeune Montréalaise de 25 ans, il se sentent très concernés par les événements : "Les manifestations ont ravivé la fierté des Ukrainiens. Comme bien des Ukrainiens nés à l’étranger, je me sens interpellée, ça vient me chercher aux tripes," déclarait-elle en décembre 2013 au quotidien québecois Le Devoir.

Ce samedi 22 mars 2014, le Premier ministre canadien Stephen Harper était le premier dirigeant du G7 à se rendre sur la place de Kiev qui a été le théâtre du soulèvement pro-démocratie le mois dernier. Vous avez fait reculer un régime qui a pointé ses fusils en direction de sa propre population et qui a assassiné les vôtres", a-t-il déclaré au nouveau gouvernement. Puis il  a dénoncé la "parodie de référendum" en Crimée et mis en garde contre l'impact de la violation de l'intégrité territoriale de l'Ukraine par la Russie, qui va "contribuer à la course aux armements dans le monde".


Situation toujours instable en Ukraine

23.03.2014Par Stéphane Stasi
L'une après l'autre, les bases de l'armée ukrainienne de Crimée passent sous le contrôle de l'armée russe. Pendant ce temps, à Donetsk (est), plusieurs milliers de manifestants pro-russes ont défilé contre le nouveau gouvernement, qu'ils jugent illégitime. A Kiev, une autre manifestation a rassemblé des milliers de partisans de l'unité de l'Ukraine.
Situation toujours instable en Ukraine

La Galicie, dans l'ouest de l'Ukraine

En rouge sur la carte
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