Ukraine : les réactions se multiplient face à la menace russe

L'Otan se réunissait ce dimanche à Bruxelles pour discuter d'une éventuelle intervention russe en Ukraine. Sur place, en Crimée, la situation reste toujours incertaine.

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“La machine diplomatique est lancée“

Duplex avec le correspondant de France 2 à Bruxelles, François Beaudonnet

“La machine diplomatique est lancée“

Pas d'insigne militaire mais des plaques d'immatriculation russes

Duplex avec le correspondant de France 2 en Crimée, Arnaud Comte

02.03.2014
Pas d'insigne militaire mais des plaques d'immatriculation russes

02.03.2014
La Russie "menace la paix en Europe". L'accusation se veut forte, posée. Réuni en urgence ce dimanche 2 mars en début d'après-midi pour traiter de l'Ukraine et d'une potentielle intervention armée russe, l'Otan a appelé Moscou à "cesser ses activités militaires et ses menaces" contre Kiev. Le secrétaire général de l'alliance, Anders Fogh Rasmussen, a précisé : "Ce que fait la Russie en Ukraine viole les principes de la Charte des Nations unies. Cela menace la paix et la sécurité en Europe".

Depuis l'autorisation par le conseil de la Fédération de Russie de recourir à la force en Crimée et, plus largement en Ukraine, le pays est suspendu à la décision de Vladimir Poutine : envoyer, ou pas, des forces armées. Des hommes sont déjà sur place, mais sont dépourvus d'identification.

L'Ukraine en dénombrait 6 000 hier. Selon le ministère de la Défense, ce dimanche, un millier d'hommes armés ont bloqué l'entrée d'une brigade des gardes-côtes ukrainiens à Perevalne, près de Simféropol, pour les contraindre à rendre les armes. Selon un média local, environ 400 fusiliers marins ukrainiens étaient également bloqués dimanche matin dans la base de Feodossia, un port situé à 200 km de Simféropol, par des militaires russes, qui exigeaient là aussi qu'ils rendent leurs armes. Le Premier ministre, Arseni Iatseniouk, a même accusé la Russie d'avoir "déclaré la guerre" à son pays.

Kiev a placé ses troupes en état d'alerte et appelé à la mobilisation de ses réservistes.

Une possible suspension du G8

Vladimir Poutine et Barack Obama en juin 2012, lors du sommet du G20 au Mexique (photo AFP)
Vladimir Poutine et Barack Obama en juin 2012, lors du sommet du G20 au Mexique (photo AFP)
Pendant la journée de dimanche, les réactions internationales se sont enchaînées, notamment en provenance des membres du G8, qui doit se réunir en juin à Sotchi, en Russie. Juste avant de se rendre à Kiev, le ministre des Affaires étrangères britannique, William Hague, a annoncé : "Le Royaume-Uni va se joindre à d'autres pays du G8 cette semaine en suspendant notre coopération sous l'égide du G8, que la Russie préside cette année, ce qui inclut les réunions de cette semaine pour la préparation du sommet du G8 et ensuite nous allons garder cette approche pour les prochaines réunions du G8 jusqu'à nouvel ordre".

La France a elle aussi "suspendu" sa participation aux réunions préparatoires. "La Russie est traditionnellement notre amie. Nous souhaitons d'un ami traditionnel autre chose qu'un bruit de bottes", a lancé le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. A l'issue d'une "réunion de crise", la disponibilité de la France pour une éventuelle "médiation" a été soulignée. Les Etats-Unis et le Canada pourraient aussi renoncer à leur participation aux réunions préparatoires du sommet. John Kerry, le secrétaire d'Etat américain, a prévenu que Vladimir Poutine "pourrait ne pas avoir de G8 à Sotchi, il pourrait même ne pas rester au sein du G8 si cela continue". L'Allemagne a, quant à elle, mis en garde Moscou contre une intervention militaire, tout en affirmant qu'une "nouvelle division de l'Europe peut encore être évitée".

De nombreuses réactions dans les pays de l'ex-URSS


D'autres pays, comme la Lituanie, ex-membre de l'Union soviétique, ont rappelé leur ambassadeur en Russie pour consultations. Une réunion des ministres européens des Affaires étrangères est programmée ce lundi après-midi. Le pape François a, pour sa part, appelé dimanche les parties en présence à surmonter leur "incompréhension" réciproque et demandé à la communauté internationale de tout faire pour promouvoir le dialogue. Le président tchèque Milos Zeman, dont le pays a convoqué l'ambassadeur russe à Prague, a comparé les opérations russes en Crimée à l'occupation soviétique de la Tchécoslovaquie en 1968, qui avait écrasé un mouvement démocratique. Une comparaison également employée sur Twitter par le mouvement "Euromaidan" :


Des manifestations ont eu lieu hors des frontières ukrainiennes contre l'éventuelle intervention armée russe. Comme à Varsovie, où plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées devant l'ambassade de Russie, scandant : "Touchez pas à l'Ukraine", "Touchez pas à la Crimée", ou encore "l'Ukraine libre".

La Pologne est très active sur la question ukrainienne. C'est notamment à sa demande que le Conseil de l'Atlantique Nord a été convoqué en urgence, le pays se sentant "menacé" en cas d'intervention russe chez sa voisine ukrainienne.

La Pologne se sent “menacée“, l'Otan convoquée

(AFP)
Ce dimanche 2 mars, la réunion de l'Otan a été convoquée notamment à la demande de la Pologne, qui s'est estimée "menacée" par une éventuelle intervention militaire russe en Ukraine. L'article 4 du traité de l'Atlantique nord prévoit que les Etats membres "se consulteront chaque fois que, de l'avis de l'une d'elles, l'intégrité territoriale, l'indépendance politique ou la sécurité de l'une des parties sera menacée".
                 
Cet article a été invoqué à plusieurs reprises, notamment ces dernières années par la Turquie dans le cadre du conflit syrien.
                 
L'article 5 sur la défense collective, qui prévoit une assistance, y compris par la force armée, en cas d'attaque contre l'un des membres de l'Alliance, n'a été utilisé qu'une seule fois, après les attentats du 11 septembre 2001 pour déclencher l'intervention en Afghanistan.
                 
L'Ukraine coopère depuis de nombreuses années avec l'Otan, avec laquelle elle a signé en 1997 un partenariat. Mais elle n'en est pas membre. En 2008, les dirigeants des pays alliés étaient convenus que l'Ukraine avait vocation à rejoindre l'OTAN. Mais en 2010, le gouvernement nouvellement élu du président pro-russe Viktor Ianoukovitch avait renoncé à cet objectif.

En Russie, une guerre médiatique

Avec AFP
143 000, c'est le nombre d'Ukrainiens qui auraient trouvé refuge en Russie ces deux dernières semaines, selon les autorités russes. Une information surprenante, alors qu'aucun média russe n'a fait état de cette afflux de réfugiés auparavant.

Cela participe d'une véritable guerre médiatique lancée par la Russie pour soutenir son action en Ukraine, ces derniers jours. Médias publics et autorités appellent à l'unité nationale contre "les fascistes qui ont pris le pouvoir à Kiev".

Laissant entendre que des Occidentaux pourraient être impliqués dans les manifestations à Kiev, la chaîne publique d'informations en continu Russie 24 a diffusé ce qui est présenté comme le témoignage d'un jeune Russe affirmant qu'il avait été payé pour être sniper au côté des forces de l'opposition arrivées au pouvoir en Ukraine.