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Ukraine : un petit air de guerre froide

Les trois principaux leaders de l'opposition ukrainienne Vitali Klitschko, Oleg Tiagnybok et Arséni Iatséniouk place de l'Indépendance à Kiev, le 25 janvier 2014 (Photo Genya Savilov. AFP)
Les trois principaux leaders de l'opposition ukrainienne Vitali Klitschko, Oleg Tiagnybok et Arséni Iatséniouk place de l'Indépendance à Kiev, le 25 janvier 2014 (Photo Genya Savilov. AFP)

L'Ukraine a suscité quelques échanges musclés entre Russes et Occidentaux à la conférence sur la sécurité de Munich (Allemagne). L'Union Européenne et les États-Unis se retrouvent pour soutenir l'opposition ukrainienne en lutte contre le pouvoir du président Ianoukovitch.

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"Les États-Unis et l'Union européenne se tiennent au côté du peuple ukrainien dans son combat" pour se rapprocher de l'Europe, a déclaré John Kerry, secrétaire d'Etat américain.
Dans une claire allusion à la Russie, M. Kerry a ajouté que les Ukrainiens "considèrent que leur avenir ne dépend pas d'un seul pays et certainement pas sous la contrainte... La Russie et les autres pays ne devraient pas voir l'intégration européenne de ses voisins comme un jeu à somme nulle". Sur l'échelle diplomatique, ce sont des phrases fortes, et cette prise de position est la plus tranchée exprimée à ce jour par Washington en faveur de l'opposition.

Samedi, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, les Occidentaux ont donc affiché un soutien clair. Ils ont multiplié les rencontres avec les dirigeants de l'opposition.
Vitali Klitschko et Arseni Iatseniouk ont pu ainsi également faire part de leur inquiétude aux ministres français Laurent Fabius et allemand Frank-Walter Steinmeier. Ils redoutent une intervention de l'armée. A Kiev, le parti de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko estime que le pouvoir ukrainien est en train de préparer l'instauration de l'état d'urgence pour mettre fin à plus de deux mois de contestation.
De fait, vendredi, l'armée ukrainienne a exigé des mesures d'urgence, affirmant que l'escalade de la contestation menaçait "l'intégrité territoriale" de cette ancienne république soviétique. En rencontrant les principaux dirigeants de l'opposition, les Occidentaux montrent qu'ils les considèrent comme des interlocuteurs à part entière qui ne peuvent plus être écartés.
 
Riposte
                                
Piqués au vif, les Russes ont d'abord tenté d'ironiser sur ces réunions entre opposants et Occidentaux. "C'est du cirque", avait écrit vendredi sur Twitter le vice-Premier ministre russe, Dmitri Rogozine. Samedi, le ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a dénoncé les critiques des responsables de l'UE et des États-Unis contre le régime ukrainien. "En quoi les encouragements à des manifestations de rue de plus en plus violentes sont-ils liés à la promotion de la démocratie?", s'est-il interrogé. "Pourquoi n'entendons-nous pas de condamnation de ceux qui occupent des bâtiments gouvernementaux, attaquent la police, torturent des policiers et utilisent des slogans racistes et nazis ?" 
En marge de la conférence, le ministre russe a néanmoins discuté des solutions à la crise avec ses homologues américain, français et allemand.

John Kerry, Sergueï Lavrov, Catherine Ashton, Ban Ki-moon et Tony Blair lors de la conférence annuelle de Munich sur la sécurité, le 1er février.
John Kerry, Sergueï Lavrov, Catherine Ashton, Ban Ki-moon et Tony Blair lors de la conférence annuelle de Munich sur la sécurité, le 1er février.
Le mouvement de contestation né du refus de Viktor Ianoukovitch fin novembre de signer un accord d'association avec l'UE, y préférant un rapprochement avec Moscou, s'est transformé en une crise profonde qui inquiète de plus en plus à l'étranger.
La chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a pour sa part annoncé qu'elle se rendrait à nouveau à Kiev la semaine prochaine pour tenter d'aider à résoudre le conflit qui a  fait au moins quatre morts et plus de 500 blessés.
                 
Pour autant le mouvement d'opposition est toujours aussi motivé, galvanisé même par la répréssion. Dernier cas en date, celui de Dmytro Boulatov, un militant d'opposition de 35 ans enlevé le 22 janvier à Kiev et abandonné dans une forêt jeudi après avoir été torturé. Il est aujourd'hui hospitalisé. Vitali Klitschko a dénoncé samedi les pressions du pouvoir sur ce malade placé en résidence surveillée. Il pourrait néanmoins être prochainement autorisé à quitter le pays pour se faire soigner en Allemagne.

En images : le sort de l'Ukraine en discussion à Munich

01.02.2014par Simon Rodier
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