Un an après l'attentat de Nice, "l'hommage" de Paris Match crée la polémique

©extrait tweet France3

À la veille de la commémoration de l'attentat ayant fait 86 morts et 434 blessés sur la Promenade des Anglais, à Nice, le 14 Juillet dernier, le magazine Paris Match fait polémique en publiant aujourd'hui de nouvelles photos de l'événement. Alors que des associations de victimes ont demandé le retrait en urgence du numéro, la rédaction défend, elle, "le droit à l'information". Le tribunal de grande instance de Paris rendra sa décision en fin d'après-midi.

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Un an après l'attaque terroriste sur la promenade des anglais qui a fait 86 morts et 434 blessés, la fête nationale du 14 Juillet sera marquée par la commémoration de l'attentat de Nice.

La ville s'apprète à rendre demain plusieurs hommages aux victimes en présence de plus de 2000 personnes. Le matin, quatre-vingt-six bougies, une pour chaque disparu, seront allumées. Elles laisseront ensuite place à 86 faisceaux illuminés à la nuit tombée. Le président Emmanuel Macron sera également présent à partir de 16 heures sur la place Massena pour pour une allocution solennelle aux côtés de ses deux prédecesseurs François Hollande et Nicolas Sarkozy. Ils assisteront ensuite ensemble au défilé militaire. 

Mais à la veille de cette journée de deuil national, c'est le nouveau numéro de l'hebdomadaire Paris Match, sorti aujourd'hui, qui fait polémique. En couverture, le magazine titre "Nice : un an après, les rescapés racontent". Mais avant ce reportage visant, d'après le magazine, à "rendre hommage aux victimes", de nombreuses photos de l'attaque, issues d'images de vidéosurveillance, sont dévoilées sur deux doubles-pages. Sur ces images, plusieurs plans du camion qui fonce sur la foule, mais aussi des photos de repérage issues du portable de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, ainsi qu'un selfie pris par le terroriste 6 heures avant l'attaque.
 

Ces captures d'écran, publiées sans précautions portent atteinte à la dignité des victimes et de leurs proches.

 Éric Morain


Les associations des victimes, ayant pris connaissance dès mercredi après-midi du contenu du magazine, ont appelé le parquet de Paris dans un communiqué de presse "à exiger d'urgence le retrait de ce numéro en kiosque [...] qui porte atteinte à la dignité des victimes et de leur proches".


L'avocat de la Fédération nationale de victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac), Eric Morain, déplore notamment le choix éditorial assumé de Paris Match "de publier des photos extraites des bandes de vidéosurveillance de la ville de Nice et placées sous scellés  [...] uniquement destinées à créer une atmopshère morbide et voyeuriste".
 

Paris Match invoque "la liberté d'informer


Olivier Royant, le directeur de la rédaction de Paris Match s'est défendu dès mercredi soir dans un texte publié sur le site du magazine : "En publiant cette semaine un reportage sur les événements tragiques du 14 juillet 2016 à Nice, notre rédaction a voulu rendre hommage aux victimes en allant à leur rencontre un an après, dans un devoir de mémoire, pour que la société n’oublie pas".

Dans ce texte, la rédaction réaffirme sa position en se disant vouloir "défendre bec et ongles le droit des citoyens et des victimes à l'information". Il invoque alors la liberté d'informer de la rédaction "qui est un fondement de la démocratie".
 


"Quant aux photos du camion cette nuit-là, largement publiées et relayées par nos confrères depuis un an, [...] il s’agit de vues de loin, de plans larges, sans identification possible des victimes ni atteinte à leur dignité, se justifie le directeur de la rédaction. Elles sont publiées dans un souci de compréhension des événements."
 

 "Du voyeurisme pur et dur"

 

Des propos qui font bondir l'avocat de la Fédération nationale de victimes d'attentats et d'accidents collectifs (Fenvac), Eric Morain."Ces affirmations sont fausses. D'une part, ces photos n'ont pas déjà été utilisées. Et d'autre part, je vous assure que chaque victime sait exactement où elle était au moment où elle a croisé le camion, explique l'avocat. Depuis ce matin, plusieurs victimes se sont reconnues. Même si on ne les reconnaît pas, faut-il rappeler qu'il s'agit d'un moment où l'on voit des gens en train de mourir ?"

Ces images n'apportent aucune information ni aucune plus-value journalistique. 
Éric Morain
Cette publication, qui intervient à la veille de la commémoration de l'attentat, est d'autant plus indigne d'après Eric Morain."Ces images n'apportent aucune information ni aucune plus-value journalistiqueOn est dans du voyeurisme pur et dur. Le droit à l'information, c'est quand ça donne une information, s'insurge l'avocat. Les victimes ont abordé cette semaine d'une main vraiment tremblante et je peux vous assurer que, depuis hier, aucune d'entre elles ne trouve que ces images leur rendent hommageJe pense que les victimes qui ont témoigné dans le reste du dossier pour un reportage d'hommage, se sentent complètement piégées par Paris Match", regrette-t-il.


De leurs côté, des kiosquiers niçois ont décidé de boycotter le magazine.
 

Le ministère public, qui assigne Hachette Filipacchi Médias et la directrice de publication de Paris Match, "demande au tribunal d'ordonner le retrait de la vente" du magazine et "l'interdiction de diffusion sous tous formats, notamment numérique", a indiqué le parquet de Paris.

Le magazine Paris Match, connu pour sa ligne editoriale sensationnaliste et son slogan " le poids des mots, le choc de l'image", avait déjà fait couler beaucoup d'encre en publiant la photo des corps des frères Kouachi, auteurs de la tuerie de Charlie hebdo en janvier 2015, " pour l'Histoire".

Ce référé, une procédure d'urgence, a été examiné en audience à 14 heures dans la salle de la première chambre civile du tribunal de grande instance de Paris. ​Le verdict est attendu en fin d'après-midi.