Un nouveau patriarche pour les Coptes

L’évêque Tawadros avant son élection
L’évêque Tawadros avant son élection
AFP

L'Eglise copte d'Egypte s'est donné dimanche 4 novembre un nouveau patriarche : Tawadros II. Il prend ses fonctions à un moment crucial pour l'Egypte et sa communauté inquiète de la montée du pouvoir islamiste.
Âgé de 60 ans, il est originaire de la région de Mansourah dans le delta du Nil, où il occupait une charge d’évêque.

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Christian Cannuyer, professeur à l’université catholique de Lille, décrypte les enjeux de cette élection.

- Quel rôle peut jouer Tawadros II  dans le nouveau contexte égyptien, avec un président issu du mouvement des Frères Musulmans ?

A l’époque de la mort du président Sadate et au début du règne Moubarak, le pape Chenouda avait été opposé au régime. Il avait même été placé en résidence surveillée. Puis, il a montré plus d’indulgence et, à la fin, Chenouda III apparaissait comme un allié du Président Moubarak.
Cela a radicalisé une partie des laïcs coptes qui estiment qu’il faut une Eglise qui se mêle moins de politique. Et je crois que le profil du pape qui vient d’être élu correspond à ce souhait.
Cela dit, on a maintenant en Egypte un pouvoir avec une assise idéologique religieuse et je pense que l’église copte peut se positionner de manière plus indépendante en termes de revendications de liberté religieuse et de non-discrimination.

- Le profil du nouveau pape permettra-t-il cette évolution ?

Il faut d’abord souligner que les personnalités favorites et proches du pape défunt ont toutes été écartées lors de l’écrémage pré-électoral. Les personnalités les plus conservatrices et agressives vis à vis de l’Islam comme Anba Bishoy - qu’on donnait comme favori - ont disparu de la course au pontificat. Ce sont trois personnalités modérées avec un profil plus pastoral et spirituel que politique qui se sont retrouvées dans la sélection finale. Des personnalités également plus ouvertes à une modernisation du discours copte.

Il faut bien le dire, c’est parfois affligeant, l’église copte peut être d’un grand conservatisme.  Il y a comme un fixisme théologique qui est un peu à l’image de l’islamisme qu’elle a devant elle.  Par exemple,  la lecture de la Bible ne laisse aucun champ à l’exégèse critique. C’est une lecture littéraliste. Ils lisent la Bible comme les Musulmans lisent le Coran : comme un texte révélé venu directement de Dieu et devant être suivi à la lettre.

Le  nouveau pape au contraire manifeste une certaine ouverture. Il a clairement laissé entendre que d’une part, il souhaitait être moins politique et que d’autre part il serait  attentif aux aspirations de la jeunesse.  D’ailleurs, il l’a déjà montré dans le cadre de son activité diocésaine dans le Delta du Nil.  C’est très important car il y a un fossé qui se creuse entre une certaine jeunesse copte et la hiérarchie.



Christian Cannuyer
Christian Cannuyer
- Certains Coptes réclament une évolution en matière de mœurs, en matière sociale… Quelle est leur influence dans la communauté ?

Il faut toujours bien distinguer lorsqu’on parle des Coptes entre les gens qui vivent en ville, essentiellement au Caire, et la ruralité. Au Proche-Orient,  les Chrétiens appartiennent généralement à la classe moyenne. En Egypte, au contraire, ils se retrouvent dans toutes les couches sociales. Et notamment dans des communautés rurales très pauvres et très peu éduquées en Haute Egypte et dans le Delta.  Celles-ci pratiquent un Christianisme très traditionnel et très dévot et suivent les injonctions de l’Eglise sans sourciller. A coté de cela, il y a une élite copte urbaine plus en phase avec la modernité et qui souhaiterait plus d’ouverture.
Par exemple, la question du divorce est très sensible. Pour les Coptes, il est quasiment impossible et lorsqu’ils veulent divorcer, ils n’ont d’autres recours que de se convertir à l’Islam qui leur offre cette possibilité. Mais quand ils veulent revenir au Christianisme, c’est impossible. Beaucoup de rixes, de tensions communautaires ont été dues à ce phénomène.
Je ne pense pas que Tawadros ait l’intention de tout changer. D’autant qu’il a derrière lui une centaine d’évêques et la majorité d’entre eux sont très conservateurs. Il ne faut pas s’attendre à une évolution radicale mais peut être à davantage d’écoute et d’indulgence pastorale au cas par cas.


- On parle souvent des Coptes sous l’angle de la discrimination, quel avenir voyez-vous pour cette Eglise ?

C’est une Eglise qui se porte extrêmement bien. De toutes celles du Proche-Orient, c’est la plus importante en nombre de fidèles.  Leur nombre exact reste inconnu, mais je pense qu’ils sont entre 7 et 8 Millions, soit un petit 10 % de la population égyptienne. Il y a plus de Coptes que de Danois ou de Wallons dans le monde ! Ils sont d’ailleurs plus nombreux qu’il y  a cent ans même si leur proportion dans la population totale a diminué.
C’est aussi une Eglise qui bénéficie d’un dynamisme spirituel considérable : les monastères vides se sont remplis de jeunes moines, les églises sont pleines à craquer, il y a une véritable ferveur.
Le coté négatif de tout cela,  c’est que ce dynamisme est cantonné dans la dévotion et il y  a peu de discours critique, de réflexion. L’Eglise copte est très tournée vers le passé et n’envisage pas un aggiornamento. Je crois que c’est dû au fait que sa base est très populaire et qu’elle est dans la confrontation avec un Islam lui-même rivé sur des critères traditionnels.
Je m’intéresse beaucoup au Christianisme Oriental et je peux dire que son avenir est en Egypte. Sur les 12 millions de Chrétiens qui vivent aujourd’hui dans le monde arabe, 8 sont en Egypte. Donc ce qui vient de se passer, l’élection de ce pape relativement jeune, est extrêmement important.  Je pense que c’est en Egypte que vont se déterminer les relations entre Musulmans et Chrétiens au Proche-Orient dans les années à venir.
Et  je suis modérément optimiste car le président Morsi a donné depuis son arrivée au pouvoir un certain nombre de signes d’ouverture, montrant qu’il souhaitait respecter ses concitoyens coptes. Finalement, on peut se demander si ce n’est pas un gouvernement islamiste qui réussira à faire avancer les choses en la matière. Sous le régime Moubarak, les Coptes n’ont jamais réussi à faire passer aucune de leur revendication en matière de citoyenneté. Les Islamistes auront peut être les coudées plus franches pour aller de l’avant.