Une boucherie végétarienne pour sauver la planète

Wrap de la Boucherie végétarienne.
Wrap de la Boucherie végétarienne.
©TV5MONDE

La première boucherie végétarienne de France vient d’ouvrir place d’Aligre à Paris. Elle s’adresse en particulier aux « flexitariens », soucieux de réduire leur consommation de viande pour des raisons environnementales et éthiques.

dans

Manger de la viande...sans viande !
Le concept arrive à Paris avec la Boucherie végétarienne, ouverte depuis le 30 mai place d’Aligre dans le XIIe arrondissement. « Nous voulons sortir le végétarisme de ses frontières qui sont, à mon avis, trop strictes » déclare tout de go Philippe Conte, co-fondateur de la Boucherie végétarienne avec Isabelle Bensimon. Ce propriétaire enthousiaste souhaite ainsi attirer des consommateurs d’un nouveau genre, les « flexitariens ».

Le « flexitarisme » ? Un mouvement né aux Etats-Unis et qui s’est propagé aux Pays-Bas, en Suisse et en Allemagne ses dernières années. Doucement, il fait sa place en France. Ses adeptes, les "flexitariens", aiment la viande, oui,  mais sans abus.  Ils ont compris qu’une consommation quotidienne était néfaste et pour eux et pour l’environnement.

Manger pour préserver la nature

Boucherie végétarienne, place d'Aligre dans le XIIe arrondissement de Paris.
Boucherie végétarienne, place d'Aligre dans le XIIe arrondissement de Paris.
©TV5MONDE

Philippe Conte l’explique très bien : « la production de viande est la première cause d’émission de gaz à effet de serre ». Le méthane et le protoxyde d’azote sont en effet émis par les déjections du bétail. Au regard du cheptel mondial, les conséquences sont désastreuses.

Outre cette émission directe de gaz à effet de serre, une grande partie de la déforestation primaire, comme au Brésil, en Indonésie ou au Congo, est due à la fabrication de l’alimentation des bêtes. Les forêts vierges sont détruite au profit des cultures vivrières, en général du soja. Le but étant de nourrir les animaux qui serviront ensuite à l’alimentation humaine.

« Mieux vaut donc se nourrir de végétaux directement, que de viande qui a elle-même consommé ces végétaux » justifie l’entrepreneur. Et pour Philippe Conte, manger des simili-carnés n’a que du bon puisque le soja utilisé pour sa production est certifié RTRS. Sans OGM, il est donc éthique, équitable et n’est pas issu de la déforestation primaire.

Un vrai goût de viande

La viande végétarienne, fabriquée aux Pays-Bas avec du soja, des pois et du froment, est conditionnée à -30 degrés pour obtenir les mêmes aspect et texture que la viande animale. Et le résultat est bluffant. Les morceaux de « poulet » des wraps ont exactement le goût de la vraie volaille. A la fois croustillant et savoureux, le poulet de la Boucherie végétarienne a donc tous les arguments pour convaincre les flexitariens.

C’est d’ailleurs lors d’un voyage aux Pays-Bas avec Isabelle Bensimon, que Philippe Conte goûte pour la première fois à la viande végétarienne. Sans le savoir. Impressionnés d’avoir mangé de la « fausse » viande aussi savoureuse, les deux associés décident alors de développer ce concept en France. 

La Boucherie végétarienne est ainsi née, et depuis un mois, les clients affluent. Trinh, traiteur végétal à Saint-Mandé (Val-de-Marne), vient spécialement place d’Aligre pour goûter les simili-carnés qui font déjà beaucoup parler d’eux. Intriguée, la végétalienne aimerait intégrer ce type d’aliments dans sa production. Pour elle, l’ouverture de boucherie est du pain béni car « pour l’instant, il n’y a pas vraiment d’offre en France».

Créer l’envie

Produits en vente à la Boucherie végétarienne.
Produits en vente à la Boucherie végétarienne.
©TV5MONDE

Philippe Conte en est persuadé, il suffit de proposer une alternative de qualité à la viande industrielle pour que la demande suive. Les lasagnes, burgers, et autres nuggets, grâce aux simili-carnés, deviennent  plus sains. Selon lui, « comme dans de nombreux domaines, la France est en retard mais sait très vite le rattraper ». Avec son associée, ils espèrent donc un développement rapide de ce marché.

Le propriétaire de la Boucherie végétarienne a vu juste. Depuis son ouverture, la fréquentation ne faiblit pas. L’ampleur du phénomène est telle, que des gens de la France entière aimeraient, eux aussi, se faire livrer ces fameux produits. La chose sera possible d’ici début 2016, via le site internet de la boutique. Le temps de mettre en place les moyens logistiques pour satisfaire ses futurs clients.

Des clients sensibilisés

« Notre clientèle est très diverse », se réjouit Philippe Conte. Beaucoup de jeunes, soucieux de combattre la souffrance animale, viennent pour remplir leur frigo de ces simili-carnés. « Nous rencontrons aussi de plus en plus de personnes qui nous disent vouloir réduire leur consommation de viande à cause de son impact sur le changement climatique » poursuit-il.

Une autre raison avancée par les flexitariens  soucieux de réduire leur consommation de viande, c'est la santé. « Les animaux d’élevage intensif sont gavés d’antibiotiques pour éviter aux maladies de se propager. » Philippe Conte persiste et signe. Manger de la viande végétarienne n’aurait finalement que du bon. Les personnes âgées, elles, achètent, bien souvent la viande végétarienne pour des questions de cholestérol.

Un végétarisme grand public

Burger de la Boucherie végétarienne.
Burger de la Boucherie végétarienne.
©TV5MONDE


Les co-fondateurs de la Boucherie végétarienne n’ont pas choisi l’emplacement de leur boucherie au hasard. Le marché d’Aligre étant, selon les propriétaires, "une référence de l’alimentation à Paris car on y trouve des produits de qualité et innovants".

Isabelle Bensimon et Philippe Conte avaient en effet à cœur de s’adresser à tout le monde, et pas seulement aux "bobos parisiens", cette classe aisée, vaguement bohème et snob.

Et quand on lui demande si le terme "viande végétarienne" ne perturbe pas sa clientèle, Philippe Conte sourit. Il aime l'expression, un joli « viandoxymore » selon lui.