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Une conférence mondiale sur l'internet s'ouvre en Chine, pays de la censure

©AP / Ng Han Guan

Pékin ouvre ce dimanche 3 décembre sa quatrième "Conférence mondiale Internet", en présence notamment du patron d'Apple. Les géants américains se battent pour investir le marché chinois. Mais la bataille contre la censure est pour eux un obstacle majeur.

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Le rassemblement va durer 3 jours à Wuzhen, dans la province orientale du Zhejiang. Il réunit jusqu'au 5 décembre ce que l'internet chinois et international compte de grandes figures. La "Conférence mondiale Internet" est organisée depuis 4 ans en Chine et par la Chine. Ce qui peut sembler paradoxal dans un pays réputé ni pour la liberté accordée au grand réseau mondial, ni pour son ouverture aux géants étrangers du numérique.

L'internet chinois fait l'objet depuis longtemps d'un strict contrôle de l'Etat. Une censure connue sous le nom de "Grande Muraille numérique". Les Chinois n'ont pas accès aux Facebook, Youtube et autres Twitter. Ils ont perdu depuis un mois l'accès à l'application Skype. Ils ne peuvent pas lire non plus certains médias internationaux en ligne, jugés trop critiques. 
 

Au moins 50 000 employés au service de la censure


Depuis quelques mois, Pékin a encore renforcé son contrôle sur l'internet, rendant désormais difficile pour les Chinois d'échapper à la censure. L'été dernier, le pouvoir a décidé d'interdire l'utilisation de "VPN", ces logiciels permettant de masquer l'adresse IP de l'utilisateur et surtout de modifier la provenance de la connexion. Les internautes avertis pouvaient ainsi contourner le filtrage officiel en faisant croire aux serveurs chinois qu'ils se connectaient depuis un autre pays, non soumis à la censure. A partir de février 2018, l'accès à ces réseaux privés virtuels sera rendu très compliqué (mais pas impossible).
 
L'application WhatsApp, interrompue en Chine à l'occasion du Congrès Central du Parti Communiste d'octobre 2017
L'application WhatsApp, interrompue en Chine à l'occasion du Congrès Central du Parti Communiste d'octobre 2017
©AP / P. Sison
Les autorités chinoises ont mis en place un vaste système de filtrage des contenus disponibles sur internet. Selon Bloomberg, au moins 50 000 employés du gouvernement -et probablement beaucoup plus- travaillent à trier les informations autorisées et les autres. Cela se concrétise, par exemple, par des résultats de recherches tronqués sur certains sujets.
 

Whatsapp interrompu


La censure s'applique parfois au cas par cas, les censeurs étant capables de couper temporairement tel ou tel accès lors d'événements ponctuels. C'est le cas chaque année à l'approche des commémorations des événements de la place Tiananmen en 1989. Ce fut le cas aussi en octobre dernier, à quelques jours du Congrès du Parti Communiste Chinois. Le service de messagerie instantanée WhatsApp avait alors été interrompu.

L'objectif de Pékin, qui n'a jamais nié la mise en place de son réseau de filtrage, est officiellement de "maintenir l'ordre social". Et pour Fabrice Epelboin, spécialiste de la cybersécurité, enseignant à Science-Po, interrogé par TV5MONDE, ce n'est pas grave si les systèmes de censure pourront toujours être contournés par une minorité : "cela reste le jeu du chat et de la souris. Mais ce qui importe aux autorités chinoises, c'est simplement d'éviter que certaines informations sensibles n'aient des conséquences sociales. Si 1% des Chinois ont accès à ces informations, il n'y a pas de masse critique, donc ce n'est pas grave pour le gouvernement."

Si les mailles du filet de la censure se resserrent encore, c'est aussi parce que Pékin veut conserver sa souveraineté sur l'internet. Au delà de l'enjeu politique, il y a aussi -peut-être même surtout- l'enjeu économique. La Chine développe depuis longtemps ses propres systèmes, ses moteurs de recherches et ses réseaux sociaux, comme Weibo, l'équivalent chinois de Twitter, et ses 340 millions d'utilisateurs. "La conséquence économique directe, c'est que la Chine est la seule nation, avec la Russie et les Etats-Unis, à avoir une souveraineté numérique, affirme Fabrice Epelboin. Ce que les Européens n'ont pas réussi à faire".
 

Apple se plie à certaines exigences


Pékin empêche pour le moment les groupes étrangers de profiter de son vaste marché : 730 millions d'internautes, soit 730 millions de clients potentiels. Mais si le patron d'Apple, Tim Cook, fait le déplacement en Chine pour la "Conférence mondiale Internet", c'est bien parce qu'il compte obtenir quelques assouplissements.
 
Le PDG d'Apple, Tim Cook, lors d'un déplacement à Pékin, en Chine en 2014
Le PDG d'Apple, Tim Cook, lors d'un déplacement à Pékin, en Chine en 2014
©AP / A. F. Yuan
L'entreprise californienne tente en général de résister aux demandes de censures provenant des autorités mais elle n'hésite pas aussi à se plier à certaines exigences. Ce fut le cas il y a quelques semaines quand l'application Skype a été retirée de l'App Store chinois, à la demande des autorités. Apple précisant dans un communiqué que ce logiciel de voix sur IP, comme d'autres, n'est pas "conforme aux lois locales". Au début de l'année, c'est l'application du quotidien américain The New York Times qui avait subi le même sort.
 
la Chine pirate les systèmes des groupes étrangers
Depuis le mois de juin, les entreprises technologiques étrangères ont également l'obligation de stocker les données des utilisateurs chinois sur le sol du pays. Apple va prochainement y ouvrir son premier centre de données. IBM et Microsoft l'ont déjà fait. Pour Fabrice Epelboin, cela va permettre à la Chine de mieux surveiller les activités de ses internautes : "la Chine pirate les systèmes des groupes étrangers. Mais beaucoup d'autres pays le font".
 
Extrait du rapport de l'ONG Freedom House sur la liberté sur internet, classement par pays.
Extrait du rapport de l'ONG Freedom House sur la liberté sur internet, classement par pays.

Il est vrai que si la Chine est classée comme le pire pays pour la censure sur internet, par l'ONG Freedom House, il est loin d'être le seul à manipuler le grand réseau. Le classement de cette organisation américaine dénombre 30 gouvernements qui appliquent une censure ou déforment l'information en ligne sur 65 nations étudiées. La Syrie, Cuba, l'Arabie saoudite et la Russie complètent le top 5.