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Canada : une épine dans le pied des conservateurs

Nigel Wright à la barre des témoins, lors du procès de Mike Duffy.
Nigel Wright à la barre des témoins, lors du procès de Mike Duffy.
©Capture d'écran Radio-Canada

Un sénateur comparaît devant la justice et c'est tout le camp conservateur mené par Stephen Harper qui est éclaboussé... à quelques semaines des élections. Explications de notre correspondante de Radio-Canada.

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Un procès qui se tient à Ottawa est venu perturber la campagne électorale du chef conservateur et ex-Premier ministre du Canada Stephen Harper. Il s’agit du procès d’un sénateur conservateur, Mike Duffy, qui aurait fraudé les contribuables canadiens en réclamant des frais de fonctionnement et des allocations de logement auxquels il n’avait pas droit. Il a plaidé non coupable aux 31 chefs d’accusations énoncés contre lui, dont fraude, corruption et abus de confiance.

Etouffer l'affaire

Là où ça se corse, c’est que de proches collaborateurs de Stephen Harper auraient été impliqués dans cette histoire : Mike Duffy affirme en effet que Nigel Wright, le chef de cabinet de l’ex-Premier ministre canadien, lui a personnellement fait un chèque de 90 000 dollars pour rembourser une partie de ces dépenses détournées et que Stephen Harper avait donné son aval pour l’émission de ce chèque – ce que Stephen Harper nie. Le Parti conservateur aurait aussi versé plus de 13 000 dollars à Mike Duffy pour rembourser ses frais juridiques. L’ex-chef de cabinet de Stephen Harper a été appelé à la barre de ce procès pour venir donner sa version des faits.

Nigel Wright et Mike Duffy.
Nigel Wright et Mike Duffy.
©Radio-Canada



Nigel Wright est donc venu expliquer pourquoi il avait décidé de faire ce chèque de 90 000 dollars au sénateur Duffy à partir de son compte en banque personnel. Et préciser que non, Stephen Harper n’était pas au courant qu’il avait fait ce chèque. « Je n’impliquais jamais le Premier ministre, a dit son ex-chef de cabinet devant la barre, ce n’étaient jamais des conversations ou des décisions dans lesquelles nous impliquions le Premier ministre ». Ce qui confirme donc la version de Stephen Harper, comme quoi il n’était pas au courant de cet accord et ne l’avait pas endossé par le fait même. L’ex-premier ministre a toujours dit qu’il trouvait que ce que le sénateur Duffy avait fait était inadmissible et qu’il devait rembourser ces sommes. « C’était une utilisation inacceptable de l’argent des contribuables par un sénateur, répète Stephen Harper, et je voulais qu’il rembourse ces sommes, c’était ma seule préoccupation dans toute cette affaire ».

Un boulet dans la campagne

Si Nigel Wright a disculpé Stephen Harper dans son témoignage, il semble évident, par contre, que le bureau de l’ex-Premier ministre a tout fait pour balayer l’affaire Duffy sous le tapis. Cette histoire reste donc embarrassante pour Stephen Harper et les troupes conservatrices, qui traînent ce scandale de dépenses au Sénat comme un boulet dans la campagne électorale. Un scandale qui fait les choux gras de leurs adversaires, on s’en doute bien. « C’est peut-être Nigel Wright qui est appelé à la barre des témoins, mais c’est Stephen Harper dont on fait le procès aujourd’hui » a déclaré le chef néo-démocrate Thomas Mulcair.

Le procès du sénateur Duffy va se poursuivre au cours des prochaines semaines à Ottawa. Et la campagne électorale aussi aux quatre coins du Canada…