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Ungersheim, vitrine de la "transition écologique"

(Photo : M2R Films)

Le dernier documentaire de la réalisatrice Marie-Monique Robin sortira dans les salles obscures françaises ce 23 novembre 2016. Il plonge dans la « transition » menée par une petite ville de l'Hexagone, Ungersheim.

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Ce pourrait être une image de carte postale. Un village et son clocher au pied des Vosges, entouré de champs, laissant apparaître au loin un chevalement vestige de l'exploitation de la potasse. Ce village est en fait une petite ville de 2 400 habitants, Ungersheim, située dans l'Est de la France, près de Mulhouse en Alsace. En 2015, la réalisatrice Marie-Monique Robin (Le Monde selon Monsanto, Les moissons du futur) a choisi d'y poser sa caméra pendant plusieurs mois.

Selon elle, cette commune regroupe tous les éléments de la « transition ». Il s'agit notamment de changer de modèle énergétique (sortir des énergies fossiles et du nucléaire), alimentaire (aller vers l'autosuffisance et privilégier l'agriculture bio), et social (promouvoir la démocratie participative). Marie-Monique Robin souligne avoir observé une « véritable dynamique » lancée par le maire de la ville, Jean-Claude Mensch.
  Elle prend la forme d'un programme intitulé « 21 actions pour le XXIe siècle ». Comme le montre le film, cela passe par la création d'un Jardin de Cocagne, d'une cuisine et d'une cantine bio, la construction d'une centrale photovoltaïque, la mise en place d'une monnaie complémentaire locale, la construction d'un éco-hameau ou encore l'emploi d'un cheval cantonnier pour le transport des enfants à l'école ou certains travaux.

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En tout selon le maire, une cinquantaine de personnes sont impliquées dans son projet de transition. Marie-Monique Robin estime qu'il y en a deux fois plus. Certaines de ces initiatives sont réalisées en symbiose avec les localités voisines. Par exemple, la centrale photovoltaïque est implantée sur les territoires de plusieurs communes à la fois.
 

Le point de départ : la piscine communale

Pour la réalisatrice, le maire Jean-Claude Mensch est un « héros local ». Pour sa part, il raconte que ses convictions écolo remontent quasiment à l'enfance. Il milite dans plusieurs mouvements avant de devenir maire en 1989. Une fois élu, il s'attelle avec son équipe au changement du mode de chauffage de la piscine communale. Électrique, il dépend du nucléaire. La municipalité le fait passer au gaz puis, au début des années 2000, au solaire.

D'autres questions se font jour par la suite. À l'issue de la construction d'une salle de sport, c'est une chaufferie bois qui sort de terre en 2007. Des gradateurs sont installés aux réverbères, engendrant une baisse de 35 % des dépenses liées à l'éclairage public, indique l'édile. Les produits d'entretien et de jardinage utilisés par la commune sont passés au peigne fin pour éviter l'emploi de substances réputées nocives pour la santé et l'environnement. En 2009 naît une cantine bio. « Nous avons ouvert la première cuisine 100 % bio de France, goûter inclus ! », lance l'élu.

De fil en aiguille, sans même sans rendre compte, la commune entre en transition, d'après le récit de Jean-Claude Mensch. Elle s'inscrit alors dans le Mouvement des villes et villages en transition, en 2011. L'équipe municipale publie ses « 21 actions pour le XXIe siècle » dans la foulée. Avec deux mots-clés selon le maire : « autonomie » et « fraternité ».

Rob Hopkins en 2014
Rob Hopkins en 2014
(Photo : cc/Flickr/Heinrich-Böll-Stiftung)

Le mouvement de la Transition est né en 2006 à l'initiative de Rob Hopkins, un enseignant en permaculture.

Il découle d'un travail mené par le chercheur avec ses étudiants à Kinsale, en Irlande, pour préparer l'après-pétrole.

 

Aujourd'hui, la commune « gagne » plus de 100 000 € par an, grâce à de nouvelles recettes (loyer de la centrale photovoltaïque par exemple) et à la réalisation d'économies. Elle devrait bientôt éviter l'émission de 600 tonnes d'émissions annuelles de gaz à effet de serre, grâce à l'ajout d'une centrale photovoltaïque supplémentaire. Une centaine d'emplois, dont une trentaine en insertion, ont été créés.

Toutes ces actions ne sont pas encore rentables pour autant. Par exemple, l'exploitation de parcelles en permaculture ne devrait l'être que dans cinq ans, estime le maire.
 
Le maire d'Ungerseim, Jean-Claude Mensch, en novembre 2016 devant la "Maison des natures et des cultures" en cours de construction.
Le maire d'Ungerseim, Jean-Claude Mensch, en novembre 2016 devant la "Maison des natures et des cultures" en cours de construction.
(Photo : TV5Monde / Bénédicte Weiss)

Un modèle reproductible et adaptable

D'après Marie-Monique Robin, le modèle d'Ungersheim est reproductible partout, dans une petite commune comme dans un quartier de grande ville. Il s'agirait à chaque fois de chercher l'autonomie (énergétique, alimentaire, monnaie locale...) et d'encourager la sobriété (réparer plutôt qu'acheter, par exemple). « Si on les encourageait au niveau national, les héros locaux seraient légion et donneraient envie à d'autres de l'être. Nous avons besoin de moteurs », avance-t-elle.

En général, et contrairement au cas d'Ungersheim, la transition se joue selon une logique ascendante, du citoyen vers les maires ou les gouvernements. « Cela représente beaucoup de briques, ce n'est pas un modèle fixe, souligne Kitty de Bruin, du mouvement Transition France. Elle n'impose rien, mais est adaptée localement. » Elle note une spécificité à Ungersheim : « Jean-Claude Mensch transmet son propre mode de vie au reste du village ».

Aussi, malgré de possibles échanges entre les localités sensibles à cette problématique dans la région, les solutions promues à Ungersheim ne sont pas reprises tel quel par les mouvements de transition voisins. Par exemple, à une quarantaine de kilomètres dans la vallée de Munster, une douzaine de groupes de travail se sont réunis en association en 2012 pour réfléchir de manière collégiale à des actions de transition. Par exemple : un système d'autostop organisé pour faciliter les déplacements et réduire le nombre de véhicules particuliers en circulation dans cette zone rurale. Encore plus au nord à Erstein, des trocs de plantes ont lieu et un travail sur le vélo et les transports plus en général est organisé en lien avec la municipalité. Certains de ces mouvements locaux se sont unis en réseau.

Parmi les acteurs de la transition présentés dans le film, Jean-Christophe Moyses est paysan-boulanger (ici en juin 2015). Il cultive des variétés anciennes de blé. Elles sont beaucoup plus hautes que le blé moderne, et tolérées par les personnes allergiques au gluten.
Parmi les acteurs de la transition présentés dans le film, Jean-Christophe Moyses est paysan-boulanger (ici en juin 2015). Il cultive des variétés anciennes de blé. Elles sont beaucoup plus hautes que le blé moderne, et tolérées par les personnes allergiques au gluten.
(Photo : TV5Monde / Bénédicte Weiss)


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Plus largement, des initiatives voient le jour sur les cinq continents, principalement en Europe, en Amérique du Nord et en Australie.

À Ungersheim, Jean-Claude Mensch espère que la prise de conscience de ses administrés sera suffisante pour que la transition perdure le jour où il passera la main. Un changement de visage et, surtout, de politique à la tête de la commune pourrait la stopper dans son élan. C'est ce qui est arrivé en 2014 dans une autre ville française, Villebarou, où la nouvelle équipe municipale a vendu son cheval de trait après deux ans à peine de bons et loyaux services.

Marie-Monique Robin, elle, se concentre sur les enfants qu'elle a filmé. Ils sont sensibilisés aux questions d'environnement dans le cadre scolaire. Elle rappelle que ce sont eux qui voteront demain. En attendant, « ce film a cette vertu de porter des exemples et de mettre en avant la mise en actions. Cela peut entraîner des dynamiques, bien qu'il existe une inertie forte », conclut Bernard Pierré, du mouvement de transition d'Erstein.