Venezuela : 50 jours de manifestations et de violences

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Commentaire de Baptiste Charbonnel

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé ce samedi à Caracas. Une énième démonstration de force contre le président Maduro, au cinquantième jour de la vague de contestations. Les revendications restent les mêmes : le départ du chef de l'Etat et l'organisation d'élections. 

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Plus de 200 000 personnes ont manifesté samedi au Venezuela pour exiger le départ du président socialiste Nicolas Maduro dont ils dénoncent la "dictature", au cinquantième jour de la vague d'actions de protestation contre l'héritier d'Hugo Chavez.

A Caracas, plus de 160 000 manifestants, selon l'opposition, ont tenté d'atteindre le ministère de l'Intérieur avant d'être dispersés par des tirs de grenades lacrymogènes des forces de l'ordre. Selon Ramon Muchacho, maire de Chacao, un quartier de l'est de la capitale, au moins 46 manifestants ont été blessés au cours des échauffourées, marquées par des jets de pierre et de cocktails molotov. Parmi eux, une femme a été écrasée par un véhicule, a indiqué le parquet.

De nombreuses vidéos qui circulent sur Internet attestent des violences contre la population, comme celle-ci, publiée sur le compte Twitter d'un dissident cubain : 

Des accrochages étaient encore signalés dans la nuit en périphérie de la ville.

A San Cristobal, dans l'Etat de Tachira (ouest), frontalier de la Colombie, plus de 40 000 personnes ont défilé, selon les estimations, malgré une situation tendue après le déploiement de 2 600 militaires consécutif à une série de pillages et d'attaques contre des installations de la police et de l'armée.

"Pour ce 50e jour de résistance, nous allons organiser la plus grande démonstration de force de cette période", avait averti Juan Andrés Mejia, un des jeunes députés à la tête des protestataires. Le 19 avril, des centaines de milliers de personnes étaient descendues dans les rues du pays.

Massacre contre la population

Selon le dernier bilan du parquet, les incidents qui se produisent désormais quasi quotidiennement ont fait 47 morts. D'après l'ONG Foro Penal, on compte aussi des centaines de blessés, quelque 2 200 personnes interpellées et au moins 161 incarcérées sur ordre des tribunaux militaires. "Cela a été un massacre contre la population, mais malgré tout, malgré la répression (il y a) plus de résistance", a lancé le chef de l'opposition Henrique Capriles, au départ de la marche de Caracas.

"Je veux que nous vivions en démocratie", dit Mariangel, 24 ans, qui dit vouloir que ses deux fils puissent manger à leur faim.

L'opposition souhaite des élections anticipées et rejette la décision du chef de l'Etat de convoquer une assemblée constituante pour réviser la Constitution de 1999. Elle estime qu'il s'agit d'une manoeuvre en vue de repousser la présidentielle prévue pour fin 2018.

"Nous sommes des millions contre la dictature"; "#Résistance", pouvait-on lire sur des pancartes des antichavistes, du nom d'Hugo Chavez, qui a été président de 1999 jusqu'à sa mort en 2013.

"C'est une façon de rappeler au gouvernement qu'après cinquante jours de résistance, des morts et des prisonniers, nous sommes plus nombreux et que nous n'allons pas nous rendre", s'était exclamé vendredi soir devant la foule Freddy Guevara, le vice-président du Parlement, dominé par l'opposition.

Nicolas Maduro devait recevoir pour sa part samedi soir au Palais présidentiel quelque 2.000 salariés du secteur alimentaire qui, vêtus de rouge, ont défilé dans un autre quartier de la ville en dansant et chantant pour soutenir son projet d'assemblée constituante. Mais ils n'ont finalement pas rencontré le président à la fin de leur marche. 

Des élections, 'seule porte de sortie'

Les manifestations dégénèrent la plupart du temps en affrontements avec les forces de l'ordre. S'y ajoutent des pillages et la violence des "colectivos", des groupes de civils armés par le gouvernement, selon l'opposition. Les adversaires de M. Maduro dénoncent une "répression sauvage", tandis que le pouvoir accuse l'opposition de "terrorisme" en vue d'un coup d'Etat soutenu par les Etats-Unis.

Henrique Capriles, qui a assuré que les autorités l'avaient empêché jeudi de quitter son pays pour les Etats-Unis, a annoncé qu'un de ses avocats avait remis vendredi à New York un rapport sur la crise au Venezuela au Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein.

La seule porte de sortie à la crise politique est l'organisation rapide d'élections, a quant à lui estimé le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), Luis Almagro, dans un message vidéo. Le Venezuela doit maintenant entamer "la négociation définitive en vue d'accepter les termes du rétablissement de la démocratie", a-t-il ajouté.

De son côté, le président russe Vladimir Poutine a souligné au cours d'un entretien téléphonique avec M. Maduro, "le droit du peuple vénézuélien à choisir son destin sans intervention extérieure", selon un communiqué de la diplomatie vénézuélienne.

Sept Vénézuéliens sur dix souhaitent le départ du président Maduro, d'après les sondages, une profonde crise économique et sociale attisant la colère populaire dans ce pays pétrolier ruiné par la chute des cours du brut, frappé par de graves pénuries d'aliments et de médicaments et une criminalité hors contrôle.