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Venezuela : l'élection de Maduro contestée

Le président par intérim du Venezuela, Nicolas Maduro, a été déclaré dimanche 14 avril vainqueur de l'élection présidentielle, avec une courte avance : 50,66% des voix contre 49,07% pour son rival Henrique Capriles. Ce dernier dénonce des fraudes et demande un nouveau décompte des bulletins de vote.

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Venezuela : l'élection de Maduro contestée

En direct de Caracas :

15.04.2013Par Simon Rodier.
En direct de Caracas :

L'invitée de la Rédaction : Renée Fregosi, chercheuse au CNRS

L'invitée de la Rédaction : Renée Fregosi, chercheuse au CNRS

Nicolas Maduro, le dauphin de l'ancien président Hugo Chavez décédé le 5 mars dernier, a remporté de justesse l'élection présidentielle de dimanche. Malgré l'aura de son défunt mentor, le nouveau président déclaré du Venezuela n'a remporté qu'avec 50,66% des suffrages, soit moins de 300.000 voix, son duel face au candidat de l'opposition Henrique Capriles, crédité de 49,07%, le meilleur score jamais réalisé depuis l'ère chaviste, selon un décompte annoncé par le Conseil national électoral (CNE).

"Aujourd'hui, nous pouvons dire que nous avons une victoire électorale juste, légale, constitutionnelle", s'est félicité le président déclaré, 50 ans, devant une foule de partisans réunis au palais présidentiel de Miraflores. "C'est une autre victoire, un hommage à notre 'comandante' Hugo Chavez", a poursuivi le président élu, vêtu d'un blouson aux couleurs du drapeau national, qui avait été adoubé par le dirigeant charismatique de la gauche, emporté par un cancer en mars .

Henrique Capriles à l'annonce des résultats de la présidentielle le 14 avril 2013 à Caracas. AFP
Henrique Capriles à l'annonce des résultats de la présidentielle le 14 avril 2013 à Caracas. AFP
L'opposition demande un recompte des voix

Cependant, le résultat très serré du scrutin a plongé dans un climat de tension et d'incertitude ce riche pays pétrolier de 29 millions d'habitants, profondément divisé après 14 ans de "révolution socialiste". L'opposition conteste les résultats de l'élection et réclame désormais un nouveau décompte de l'ensemble des bulletins de vote.

Le candidat de l'opposition, qui conteste l'impartialité de l'arbitre électoral - il n'a cessé de dénoncer des "abus" durant le scrutin - a averti qu'il refusait d'admettre sa défaite. "Nous n'allons pas reconnaître un résultat avant que chaque bulletin de vote des Vénézuéliens ne soit recompté, un par un", a déclaré Henrique Capriles, gouverneur de l'Etat de Miranda (nord), entouré de ses sympathisants.

"Le perdant, aujourd'hui, c'est vous et je vous le dis fermement", a-t-il lancé à l'adresse de son adversaire, dont le score relativement faible constitue une importante surprise. "La lutte n'est pas terminée", a souligné cet avocat de 40 ans, qui a opéré une spectaculaire progression après avoir été battu par Hugo Chavez de 11 points lors de la présidentielle d'octobre. "Nous allons insister pour que la vérité soit connue".

Le Conseil national électoral valide l'élection

Auparavant, la présidente du CNE, Tibisay Lucena, avait annoncé, après une attente tendue de plusieurs heures, la victoire de Nicolas Maduro, affirmant que la tendance était irréversible. Un des membres de l'organisme a toutefois réclamé la vérification de l'ensemble des bulletins, une demande appuyée par le nouveau président déclaré.

Au Venezuela, l'électeur vote sur une machine électronique qui lui délivre un bulletin, qu'il doit déposer dans l'urne. Ce sont ces bulletins que l'opposition veut désormais recompter.

La présidente argentine de gauche Cristina Kirchner a été le premier chef d’État à féliciter publiquement son homologue vénézuélien pour sa courte victoire. Elle a été rejointe par le président russe Vladimir Poutine.

Joie des partisans de Nicolas Maduro à l'annonce de sa victoire le 14 avril 2013. AFP
Joie des partisans de Nicolas Maduro à l'annonce de sa victoire le 14 avril 2013. AFP
Un héritage lourd à porter ?

Dans les rues de Caracas, au milieu de concerts de pétards, les chavistes ont fêté la victoire. Près d'un kiosque rouge diffusant les messages officiels, Elizabeth Martinez, une ouvrière de 48 ans, jubile. "Je suis en train de fêter la victoire de Maduro et l'amour que je porte à Chavez, un président auquel je serai toujours fidèle", a lancé cette femme affublée d'une moustache postiche, le signe de ralliement des maduristes.

Ancien chauffeur de bus et dirigeant syndical à l'imposante carrure, M. Maduro s'est affiché tout au long de la campagne en garantissant des "missions bolivariennes", les programmes sociaux, financés par la manne pétrolière du pays doté des plus grandes réserves de brut au monde.

En 14 ans, la part de la population touchée par la pauvreté a reculé de manière spectaculaire passant de 50 à 29%, selon l'ONU. Des bidonvilles sur les hauteurs de Caracas aux gratte-ciel de la capitale, les fidèles chavistes, réveillés au son du clairon, s'étaient pressés dès l'aube dans les bureaux de vote, afin de défendre cet héritage.

La tâche s'annonce loin d'être facile pour Nicolas Maduro, qui a aussi repris le flambeau "anti-impérialiste" en assurant avoir de "nouvelles preuves" de l'"interventionnisme des Etats-Unis" au Venezuela.

Outre une lourde succession , après le vide laissé par l'ancien homme fort du Venezuela, son dauphin, qui doit être investi vendredi prochain pour un mandat de six ans, hérite d'une économie fragile avec une industrie pétrolière à moderniser, une dette égale à la moitié du PIB et une inflation supérieure à 20%, un record en Amérique latine.

Nicolas Maduro

Nicolás Maduro ne semble pas désireux d'apporter de nouvelles formes à la politique mise en place par son défunt prédécesseur : la révolution bolivarienne doit se continuer, dans la ligne qu'Hugo Chávez avait tracée. Maduro a tout de même lancé quelques priorités, plus qu'un programme novateur qu'il n'a pas, puisqu'il compte continuer la révolution bolivarienne entamée par Hugo Chávez (voir cet article : qu'est-ce que la démocratie vénézuélienne ? ) : le candidat bolivarien insiste donc sur la démocratie participative. Selon Nicolás Maduro, les conseils communaux doivent se développer pour parvenir à un Etat communal dont le cœur seraient les assemblées populaires. Cette démocratie participative très poussée semble la pierre angulaire du programme de Nicolás Maduro qui entend poursuivre la marche vers le socialisme du XXIème siècle, avec les missions sociales, les prix alimentaires garantis par l'Etat, etc….

Une problématique ressort dans les discours de Maduro, problématique portée depuis longtemps par l'opposition incarnée par Henrique Capriles Rodonski : la lutte contre l'insécurité. L'insécurité a toujours été très importante au Venezuela mais s'est amplifiée ces dernières années: Caracas est classée aujourd'hui par plusieurs ONG comme la troisième ville la plus dangereuse du monde.