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Venezuela : Maduro à l'ombre d'Hugo

Atteint d’un cancer, le leader vénézuélien Hugo Chavez a subi une nouvelle opération. Candidat à sa réélection le 7 octobre prochain, le président socialiste affrontera, pour la première fois, un candidat unique de l’opposition. Reste que les doutes autour de sa santé, obligent son parti (PSUV) à entrevoir sa succession. Parmi les possibles dauphins, un nom revient souvent : son actuel Ministre des Affaires étrangères Nicolás Maduro. 
Portrait.

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Beaucoup ne l'ont pas vu venir. Wikipedia en parle à peine. Quelques lignes seulement en guise de biographie. Nicolás Maduro fut longtemps l'ombre de Chavez. Juste l'un de ces fidèles lieutenants depuis son accession au pouvoir en 1999. L'homme toujours au garde à vous, où qui acquiesce d'un sourire, lorsque l'ancien lieutenant-colonel putschiste (Hugo Chavez mena vainement le 4 février 1992, une action militaire pour tenter de renverser le président libéral Carlos Andres Perez), le prend à partie, ou le charge en public de régler un problème sur le champ en pleine conférence de presse. Il est toujours debout, derrière le chef, dossiers en main, discret, jamais un mot de trop, l'air docile et complice à la fois. L'actuel Ministre des Affaires étrangères depuis 2006, ancien président de l'Assemblée Nationale, ex-député chaviste du district Fédéral de Caracas, a tout du bras droit fidèle. Dans les courriers électroniques de l'entreprise privée Stratfor déclassés et rendus publics récemment, on lit que Nicolás Maduro est "un homme loyal à Chavez comme un chien, et le plus pragmatique du régime".

N. Maduro et H. Chavez
N. Maduro et H. Chavez
L'apprenti-Chavez

Il est vrai aussi que rien ne prédestinait cet ancien chauffeur de métro, virulent syndicaliste, à peine le bac en poche, à devenir le chef d'une diplomatie, quelle qu'elle soit. Mais Hugo Chavez se cherchait un homme de confiance qui ne contredirait pas ses messages anti-impérialistes. Il savait qu'en choisissant un homme simple, certainement complexé, personne ne ferait entendre sa voix à sa place. Pour beaucoup, il restera longtemps un mauvais "Chavez bis". Physiquement, ils se ressemblent, grand, costaud, physique latino-américain, avec une légère allure en plus de chef d'état arabe, pour Maduro, accentuée par une grosse moustache broussailleuse à la Saddam Hussein. A force d'être dans l'ombre, Nicolás Maduro essaye de faire entendre sa propre voix, sans convaincre d'abord. On raconte, qu'il aurait fait appel à des psychologues pour prendre confiance en soi et savoir contredire ses interlocuteurs. En juillet 2009, il en fait trop, il sur-joue, se veut calife à la place du calife, élève la voix, doigt en l'air menaçant, devant les membres de l'organisation des états d'Amériques (OEA) réunis en session extraordinaire, à l'heure de condamner fermement le coup d'état au Honduras qui vient de renverser le président Manuel Zelaya, proche d'Hugo Chavez.

N. Maduro et le président hondurien déchu M. Zelaya
N. Maduro et le président hondurien déchu M. Zelaya
La mue

Mais  lentement, "la doublure de Chavez", entre en scène internationalement, et le monde découvre petit à petit, sur les écrans de Telesur surtout -la chaine internationale vénézuélienne- Le Ministre des Affaires étrangères du Venezuela, quand omniprésence médiatique de Chavez oblige, on avait oublié qu'il y en avait un. Il est alors de tous les voyages, en avion d'abord, en voiture plus tard, lorsque le président hondurien renversé tente de revenir plusieurs fois, par tous les moyens dans son pays. On découvre alors une sorte de diplomate néo-guerillero, rendu célèbre par un cliché où on le voit défier les militaires putschistes dans un 4X4 à côté du président déchu Manuel Zelaya lui-même au volant, à la frontière nicaraguayo-hondurienne. Un remake du Che Guevara et de Fidel, lorsqu'ils descendaient insouciants dans une jeep la Sierra Maestra pour prendre le pouvoir. Discrètement, Maduro impose son style. Il est d'abord à l'origine du rapprochement entre le Venezuela et la Colombie, longtemps en froid. Puis il suggère la médiation pacifique défendue par Hugo Chavez, avant l'intervention militaire de l'OTAN en Libye. Mais c'est durant la première convalescence du président Chavez qu'il va se révéler comme le deuxième homme. C'est lui qui est chargé de faire le point sur la santé du président.

Des relations complexes
Des relations complexes
Discrétion très remarquée

Aujourd'hui, à presque 50 ans, du haut de son mètre 90 qui en impose,"Nicolas", comme l'appelle avec affection et dédain Chavez, que jamais personne n'oserait appeler simplement Hugo, a décidé d'être juste diplomate. Il est devenu sans le savoir, l'anti-thèse de Chavez, humble et silencieux lorsque le Comandante est un bavard égocentrique. Signe que les temps ont changé, celui qu'on voyait toujours pas très loin derrière le chef, n'apparait plus à l'écran. Désormais, c'est le vice-président Elias Jaua qui lit les bulletins de santé du président hospitalisé à Cuba. Les analystes soupçonnent Hugo Chavez de vouloir éloigner du pouvoir son principal dauphin, lorsqu'il l'incite à se lancer dans la campagne des élections régionales de décembre 2012. "Je te vois bien gouverneur de l'état de Carabobo, Nicolás, c'est une prémonition que j'ai", lui a-t-il dit récemment, avant d'ajouter comme pour le prévenir : "L'important étant que celui qui y soit (au poste de gouverneur), soit en phase avec la révolution, afin qu'il ne se transforme pas en traitre, parce qu'on a déjà eu ce genre d'expérience dans l'état de Lara". Comme si, à part Hugo Chavez, personne ne pouvait avoir d'ambitions nationales.

Henrique Capriles Radonski, le rassembleur

L'air de rien, Henrique Capriles Radonski, le nouveau candidat de l'opposition (la MUD, table de l'union démocratique) pour les présidentielles d'octobre 2012, est peut-être ce qui pouvait arriver de pire à Hugo Chavez. A 39 ans, le jeune leader en pleine forme du parti du centre "Primero Justicia" se veut rassembleur, là où Chavez divise, il se veut apolitique, là où le président candidat défend son socialisme du XXIème siècle, il ne possède pas un gros charisme, là où Chavez est LE leader qui met en avant sa forte personnalité. L'actuel gouverneur de Miranda, l'un des états le plus riches du pays qui possède aussi le plus gros bidonville Petare,  est le candidat de la normalité qui  propose une politique sociale, tout en restant attaché au libre marché. Celui qui se dit proche de Lula, l'ancien président social-démocrate brésilien aurait ainsi séduit les déçus du Chavisme, qu'on surnomme les Chaca Chaca (Chavistas con Capriles). Il suffit de voir comment Hugo Chavez a réagi ou non réagi (il est resté muet pendant trois jours) après la victoire haut la main de son nouvel adversaire Capriles Radonski (65% des votants) sur cinq candidats en lice, lors des primaires de l'opposition le dimanche 5 février, marquées par une très forte participation (trois millions d'électeurs), pour comprendre que sa stratégie gêne considérablement le Comandante, à l'aise dans le combat musclé. Lors d'une très longue intervention en direct,  pendant une de ces nombreuses "cadenas", interruption obligatoire des programmes sur toutes les chaines de télévision, Hugo Chavez s'en est violemment pris, avec des références douteuses, à son adversaire, issue d'une famille bourgeoise de Caracas, et petits fils de déportés juifs polonais. "Les invisibles depuis plus de 200 ans, ont maintenant de l'intérêt pour toi, Bourgeoisie. Maintenant, oui, les hordes chavistes ont de l'intérêt pour toi, Bourgeoisie (…) Ceux qui n'ont rien t'intéressent maintenant, bourgeoisie, Ne sois pas hypocrite bourgeoisie apatride!… "
Un discours virulent, amer qui a beaucoup choqué. C'était juste avant qu'on ne lui pronostique une nouvelle lésion cancéreuse dans la région de l'abdomen et qu'il reparte se faire opérer à Cuba. Face à l'insulte, Henrique Capriles Radonski, maître de ses nerfs, a répondu par un très ironique : "Nous vous souhaitons une bonne santé Président Chavez, afin que vous puissiez voir les changements qui s'annoncent".

A paraître le 15 mars 2012