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Venezuela : Maduro lance son projet de Constituante malgré les manifestations

Le président vénézuélien Nicolas Maduro tient une copie miniature de la constitution vénézuélienne au siège du Conseil électoral national (CNE) à Caracas,  mercredi 3 mai 2017 © AP Photo/Ariana Cubillos
Le président vénézuélien Nicolas Maduro tient une copie miniature de la constitution vénézuélienne au siège du Conseil électoral national (CNE) à Caracas,  mercredi 3 mai 2017 © AP Photo/Ariana Cubillos

Le président vénézuélien Nicolas Maduro a lancé mardi 22 mai 2017 son processus d'assemblée constituante malgré le refus de l'opposition qui y voit un moyen de confisquer le pouvoir, alors que 55 personnes sont mortes en deux mois de manifestations.

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Devant des milliers de sympathisants arborant T-shirts et casquettes rouges, le chef de l'Etat socialiste a signé le décret fixant les modalités d'élection des 540 membres de cette assemblée appelée à rédiger une nouvelle Constitution.

Quelques heures plus tard, la présidente du Conseil national électoral, Tibisay Lucena, a annoncé à la télévision que l'élection de l'assemblée constituante devrait avoir lieu "à la fin du mois de juillet".

Elle a aussi annoncé pour le 10 décembre les élections des gouverneurs, qui auraient dû avoir lieu en décembre 2016, et les élections municipales.

Pour l'opposition, le recours à une assemblée constituante "populaire", selon le terme de M. Maduro, est une manoeuvre du président pour façonner une Constitution "à son image".

"Le peuple vénézuélien ne veut pas une fraude constituante maduriste, nous ne l'acceptons pas", a écrit sur Twitter l'un des principaux dirigeants de l'opposition, Henrique Capriles, ancien candidat à la présidence.

En outre, l'assemblée constituante siégera dans l'hémicycle du Parlement, seule institution contrôlée par l'opposition depuis sa large victoire aux élections législatives de fin 2015. Ce qui revient de fait à déloger les actuels députés, dont le sort n'a pas été précisé.

Dans une déclaration, le parlement a dénoncé comme "frauduleuse" la convocation d'une assemblée constituante.

"Ce n'est rien d'autre que la continuation du coup d'Etat contre la Constitution", a réagi plus tôt Julio Borges, président du Parlement.
 

55 personnes tuées

Les anti-Maduro, qui dénoncent les tentatives du président de s'arroger les pleins pouvoirs, multiplient depuis le 1er avril les manifestations. Si ces rassemblements ont réuni presque chaque jour des milliers de personnes, ils ont aussi été marqués par des violences.

L'annonce mardi soir de la mort de deux manifestants a porté à 55 le nombre des personnes tuées en 53 jours de protestations, au cours desquels un millier ont aussi été blessées.

Pour le président socialiste, élu jusqu'à fin 2018 mais dont sept Vénézuéliens sur dix rejettent le pouvoir selon les sondages, l'assemblée constituante est l'unique chemin "vers la paix". "Ca suffit, le fascisme", a lancé M. Maduro, accusant ses adversaires de fomenter la violence.

"Des élections, vite! Une constituante démocratique, pas de haine, de fascisme, de bandes armées qui pillent et volent", a-t-il déclaré.

Il a expliqué que 176 membres de cette assemblée seraient désignés par des groupes sociaux (syndicats, retraités, étudiants...) - que l'opposition accuse d'être sous sa coupe -, les autres 364 membres devant être élus selon un découpage par circonscriptions municipales.

C'est "une élection sur mesure, un processus conçu pour que le vote chaviste (du nom du défunt président Hugo Chavez, 1999-2013, ndlr) vaille plus que celui de l'opposition", a réagi sur Twitter l’analyste Eugenio Martinez.
 

Nouvelle manifestation 

La mobilisation des pro-Maduro intervient au lendemain d'une nouvelle journée de manifestation des antichavistes marquée par des pillages et des incendies de bâtiments dans l'Etat de Barinas, où trois personnes ont été tuées par balle.

Le président Maduro et son camp accusent les dirigeants de l'opposition d'"actes de terrorisme" en vue de perpétrer un coup d'Etat.

Ils se disent aussi victimes d'une persécution internationale, alors que Washington, l'Union européenne ou l'ONU ont exprimé leur inquiétude face à la dégradation de la situation.

De son côté, l'opposition, qui dénonce une "répression sauvage" des forces de l'ordre, ne compte pas s'arrêter.

"Mercredi (23 mai), nous retournons dans la rue. Est-ce que ça va continuer? Oui, ça va continuer au nom de ceux qui sont tombés et pour les enfants qui meurent faute d'antibiotiques", a déclaré le député antichaviste José Manuel Olivares.

Mais la violence, de plus en plus forte -samedi, un jeune de 21 ans a été arrosé d'essence puis grièvement brûlé lors d'une manifestation à Caracas- pourrait jouer en défaveur de l'opposition.

Le mécontentement populaire est nourri par la profonde crise économique: autrefois le plus riche pays de la région grâce à ses immenses réserves pétrolières, le Venezuela est désormais ruiné par l'effondrement des cours du brut qui se traduit par une grave pénurie d'aliments et de médicaments.