Venezuela : Nicolas Maduro contraint à faire machine arrière

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Comme l'avait annoncé le président vénézuélien Nicolas Maduro, la Cour suprême a renoncé à s'attribuer les pouvoirs du Parlement, bastion de l'opposition, à quelques heures de manifestations massives de ses adversaires samedi 1er avril 2017.

 

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La décision de la Cour suprême, favorable au président socialiste, de s'arroger les pouvoirs du Parlement et de priver les députés de leur immunité, avait suscité une vague de réprobation internationale.

Les adversaires du chef de l'Etat avaient appelé après cette décision à descendre dans la rue samedi, une nouvelle escalade dans la crise politique qui agite ce pays depuis la large victoire des antichavistes (du nom de l'ancien président Hugo Chavez, 1999-2013) aux législatives de fin 2015.

Les parlementaires avaient tenu vendredi 31 mars 2017, une session dans une place publique de Caracas pour "ratifier le fait que l'Assemblée représente la volonté populaire".

A partir de ce samedi, "nous allons planifier des actions de protestation, lancer un immense mouvement de pression citoyenne et de résistance", a promis à cette occasion le chef des députés de l'opposition, Stalin Gonzalez.

Mais les représentants des principales institutions du pays, réunis dans la nuit au sein du Conseil de défense de la Nation, ont décidé selon le texte de leur accord d'"exhorter" la Cour suprême à "réviser les décisions" en question, "afin de maintenir la stabilité institutionnelle et l'équilibre des pouvoirs".

Critiqué dans son camp 

La décision de la Cour suprême de s'arroger les pouvoirs du Parlement avait été critiquée ce vendredi pour la première fois dans le camp même de M. Maduro.

Une haute responsable, Luisa Ortega, la chef du parquet au niveau national et considérée comme affiliée au camp présidentiel, avait dénoncé une "rupture de l'ordre constitutionnel", fissurant l'unité du pouvoir chaviste.

Quelques heures après, M. Maduro avait affirmé le contraire. "Au Venezuela, la Constitution, les droits civils et politiques, les droits de l'Homme et le pouvoir populaire sont pleinement en vigueur", avait-il déclaré.

Mais, prônant le "dialogue" pour surmonter cette "impasse" entre le parquet et la Cour suprême, il a convoqué vendredi soir un Conseil de sécurité de la Nation, organisme composé de tous les pouvoirs publics, contrôlés par les siens, afin de trouver une issue à la crise.

Le président a ensuite annoncé lui-même à la radio et à la télévision la conclusion de l'accord, avant que son vice-président, Tareck El Assaimi, n'en lise le texte.

"Nous sommes parvenus à un important accord pour la résolution de cette controverse", qui est maintenant "surmontée", a déclaré M. Maduro en annonçant la révision des deux décisions controversées de la Cour suprême.

Cela démontre "les possibilités de dialogue qui peuvent être activées dans le cadre de notre Constitution", a-t-il ajouté.

Le président de la Cour suprême, Maikel Moreno, a participé à la réunion du Conseil de défense, mais pas le président du Parlement, l'opposant Julio Borges, qui a jugé que le chef de l'Etat était disqualifié en tant que médiateur, ni la chef du parquet Luisa Ortega.

Le vice-président du Parlement, Freddy Guevara, a cependant rejeté l'accord, affirmant sur Twitter que "la pression nationale et internationale se poursuivra jusqu'au rétablissement de l'ordre constitutionnel".

Mise en garde 

L'opposition réclame des élections anticipées afin de sortir de la crise politico-économique qui secoue le pays.

Outre la profonde crise politique en cours, le Venezuela, qui a connu trois coups d'Etat manqués depuis 1992, est frappé par une pénurie qui concerne 68% des produits de base, et l'inflation y est devenue incontrôlable (1.660% fin 2017, selon une prévision du FMI).

M. Maduro a également fermement mis en garde ses adversaires.

"Que personne ne tente de profiter des circonstances pour (se lancer dans) des aventures, car la volonté pour contrer des aventures putschistes est totale et je convoquerai le peuple à descendre dans la rue", a prévenu le dirigeant socialiste.

Le coup de force du camp chaviste a été fermement condamnée par la communauté internationale -Etats-Unis, Union européenne, Nations unies et une dizaine de pays d'Amérique latine - qui a critiqué un "coup d'Etat" et le non-respect de la Constitution.

Six pays d'Amérique du Sud ont condamné vendredi la rupture de "l'ordre démocratique" au Venezuela et ont réclamé "son rétablissement rapide", dans une déclaration conjointe publiée à Buenos Aires.

Une réunion d'urgence a été convoquée par l'Organisation des Etats américains (OEA) lundi à Washington.