Venezuela : nouvelle victime lors d'une manifestation contre Maduro

Venezuela Maduro
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La procureure générale du Venezuela a dénoncé le recours aux tribunaux militaires à l'encontre des civils arrêtés lors de la vague de manifestations ayant fait 38 morts depuis début avril, dont un jeune de 27 ans mercredi 10 mai 2017 lors de nouveaux rassemblements.

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"La Constitution garantit le procès des civils devant la juridiction ordinaire", ont rappelé ses services dans un communiqué.

Au Venezuela, la procureure générale de la Nation, Luisa Ortega, apparaît comme la seule voix discordante au sein du camp présidentiel : elle s'était élevée contre la décision fin mars de la Cour suprême, réputée proche du chef de l'Etat, de s'octroyer brièvement les pouvoirs du Parlement, seule institution contrôlée par l'opposition.

Cette manoeuvre avait été l'étincelle déclenchant la vague de manifestations et de violences pour obtenir le départ du président socialiste Nicolas Maduro.

Juger des civils par l'armée est une "pratique des dictatures", a commenté le secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA), Luis Almagro, l'un des plus critiques à l'international envers la situation vénézuélienne, qui a aussi suscité l'inquiétude de Washington, de l'ONU et de l'Union européenne.

Le président du Parlement vénézuélien Julio Borges doit se rendre jeudi à Lima pour discuter avec Pedro Pablo Kuczynski, chef de l'Etat péruvien, de la sortie de son pays de l'OEA, décidée par le président Nicolás Maduro mais refusée par l'opposition.

Mercredi, plusieurs milliers d'opposants se sont à nouveau massés sur une autoroute près de Caracas, tentant d'accéder au centre de la capitale pour se rendre au Tribunal suprême.

Le parquet a annoncé en soirée qu'un manifestant de 27 ans, Miguel Castillo, avait été tué mercredi à Caracas. Le ministre de l'Intérieur, le général Néstor Reverol, a ensuite précisé qu'il avait été tué par "arme à feu".

Un chauffeur de mototaxi, blessé lundi par balle à la tête à Mérida (ouest), est également décédé mercredi, selon le ministère public.

Ces deux morts portent à 38 le bilan des violences depuis début avril lors d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, de pillages survenus en marge des mobilisations, ou de fusillades.
 

Des "cacatov" après les Molotov 

Policiers et militaires utilisaient des grenades lacrymogènes et des canons à eau pour repousser les manifestants. Face à eux, un groupe de jeunes gens au visage masqué avaient troqué leurs cocktails Molotov pour des bombes d'excréments baptisées "cacatov", une tactique choisie en réponse à la "répression" des forces de l'ordre, ont expliqué certains jeunes.

"Quand on ferme toutes les portes démocratiques à un peuple, que lui reste-t-il ? Basculer dans la rue. Nous sommes dans un scénario de résistance", a lancé le leader d'opposition, Henrique Capriles.

Presque tous les jours depuis le 1er avril, des milliers de Vénézuéliens défilent dans tout le pays pour exiger des élections générales anticipées afin de faire partir le président Maduro (élu jusqu'en 2019), dont ils rejettent aussi le projet de modifier la Constitution.

L'ONG Foro Penal affirme que 1.990 personnes ont été interpellées au total, dont 650 sont encore incarcérées.

Dans ce climat de vives tensions sociales, l'opposition et des ONG avaient condamné mardi le procès de dizaines de civils devant des tribunaux militaires, dénonçant une manoeuvre du gouvernement pour juguler les mouvements de protestation.

Selon Jesus Suarez, le général chargé de la région Centre où se trouve Caracas, sur 780 personnes interpellées, 251 ont été mises à la disposition de tribunaux militaires pour "agression visant un militaire" et "association en vue de (fomenter) la rébellion" lors des manifestations.
 

Contrôle militaire "total"

Soixante-treize d'entre elles ont été emprisonnées sur ordre de ces juridictions dans l'Etat de Carabobo (centre), selon Alfredo Romero, directeur de Foro Penal.

"S'ils militarisent déjà tout, pourquoi ne le feraient-ils pas aussi avec la justice ?", s'est emporté le député d'opposition Henry Ramos Allup, insistant sur le rôle central de l'armée au Venezuela. "Ils veulent le contrôle total", a-t-il affirmé.

Le parquet a pris position sur le sujet à l'occasion de l'arrestation à Rosario de Perija (nord-ouest) de 14 personnes accusées d'avoir détruit une statue du défunt ex-président Hugo Chavez (1999-2013) et d'avoir tenté de mettre feu à la mairie en signe de protestation.

Le procureur de l'Etat de Zulia, compétent dans cette affaire, a requis qu'elles "soient jugées par un tribunal civil et non militaire", une décision rendue publique par les services de la procureure générale de la Nation, Luisa Ortega, sur Twitter.

Selon plusieurs médias vénézuéliens, certains de ces 14 interpellés ont déjà été remis à des tribunaux militaires.

Signe de l'ampleur de la crise qui frappe le Venezuela, entraînant une pénurie de médicaments, la mortalité infantile y a augmenté de 30,12 % en 2016 par rapport à l'année précédente, selon le ministère de la Santé, qui publie ces chiffres pour la première fois depuis deux ans.