Venezuela : qui est Nicolás Maduro ?

Alors que les nouvelles contradictoires se multiplient quant à l'état de santé du président vénézuélien Hugo Chavez, le monde découvre un homme : Nicolás Maduro. Ministre des Affaires étrangères nommé vice-président lors de la réélection de Chavez en octobre, il est aujourd'hui présenté comme le dauphin du président. Retrouvez son portrait dressé en mars 2012 par notre correspondant à Caracas.

dans
Beaucoup ne l'ont pas vu venir. Wikipedia en parle à peine. Quelques lignes seulement en guise de biographie. Nicolás Maduro fut longtemps l'ombre de Chavez. Juste l'un de ces fidèles lieutenants depuis son accession au pouvoir en 1999. L'homme toujours au garde à vous, où qui acquiesce d'un sourire, lorsque l'ancien lieutenant-colonel putschiste (Hugo Chavez mena vainement le 4 février 1992, une action militaire pour tenter de renverser le président libéral Carlos Andres Perez), le prend à partie, ou le charge en public de régler un problème sur le champ en pleine conférence de presse. Il est toujours debout, derrière le chef, dossiers en main, discret, jamais un mot de trop, l'air docile et complice à la fois. L'actuel Ministre des Affaires étrangères depuis 2006, ancien président de l'Assemblée Nationale, ex-député chaviste du district Fédéral de Caracas, a tout du bras droit fidèle. Dans les courriers électroniques de l'entreprise privée Stratfor déclassés et rendus publics récemment, on lit que Nicolás Maduro est "un homme loyal à Chavez comme un chien, et le plus pragmatique du régime".

N. Maduro et H. Chavez
N. Maduro et H. Chavez
L'apprenti-Chavez

Il est vrai aussi que rien ne prédestinait cet ancien chauffeur de métro, virulent syndicaliste, à peine le bac en poche, à devenir le chef d'une diplomatie, quelle qu'elle soit. Mais Hugo Chavez se cherchait un homme de confiance qui ne contredirait pas ses messages anti-impérialistes. Il savait qu'en choisissant un homme simple, certainement complexé, personne ne ferait entendre sa voix à sa place. Pour beaucoup, il restera longtemps un mauvais "Chavez bis". Physiquement, ils se ressemblent, grand, costaud, physique latino-américain, avec une légère allure en plus de chef d'état arabe, pour Maduro, accentuée par une grosse moustache broussailleuse à la Saddam Hussein. A force d'être dans l'ombre, Nicolás Maduro essaye de faire entendre sa propre voix, sans convaincre d'abord. On raconte, qu'il aurait fait appel à des psychologues pour prendre confiance en soi et savoir contredire ses interlocuteurs. En juillet 2009, il en fait trop, il sur-joue, se veut calife à la place du calife, élève la voix, doigt en l'air menaçant, devant les membres de l'organisation des états d'Amériques (OEA) réunis en session extraordinaire, à l'heure de condamner fermement le coup d'état au Honduras qui vient de renverser le président Manuel Zelaya, proche d'Hugo Chavez.

N. Maduro et le président hondurien déchu M. Zelaya
N. Maduro et le président hondurien déchu M. Zelaya
La mue

Mais  lentement, "la doublure de Chavez", entre en scène internationalement, et le monde découvre petit à petit, sur les écrans de Telesur surtout -la chaine internationale vénézuélienne- Le Ministre des Affaires étrangères du Venezuela, quand omniprésence médiatique de Chavez oblige, on avait oublié qu'il y en avait un. Il est alors de tous les voyages, en avion d'abord, en voiture plus tard, lorsque le président hondurien renversé tente de revenir plusieurs fois, par tous les moyens dans son pays. On découvre alors une sorte de diplomate néo-guerillero, rendu célèbre par un cliché où on le voit défier les militaires putschistes dans un 4X4 à côté du président déchu Manuel Zelaya lui-même au volant, à la frontière nicaraguayo-hondurienne. Un remake du Che Guevara et de Fidel, lorsqu'ils descendaient insouciants dans une jeep la Sierra Maestra pour prendre le pouvoir. Discrètement, Maduro impose son style. Il est d'abord à l'origine du rapprochement entre le Venezuela et la Colombie, longtemps en froid. Puis il suggère la médiation pacifique défendue par Hugo Chavez, avant l'intervention militaire de l'OTAN en Libye. Mais c'est durant la première convalescence du président Chavez qu'il va se révéler comme le deuxième homme, il est alors chargé de faire le point sur la santé du président.