Défaite historique pour le Premier ministre japonais Shinzo Abe

JAPON : LE PREMIER MINISTRE AFFAIBLI PAR UNE DÉFAITE HISTORIQUE À TOKYO
©TV5MONDE/ Nicolas George

La formation conservatrice du Premier ministre japonais a subi ce dimanche une défaite historique à l'élection de l'assemblée de la ville de Tokyo. Un échec qui pourrait remettre en cause l'avenir politique du nationaliste Shinzo Abe.
 

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Yuriko Koike, 64 ans, première femme élue gouverneur de la gigantesque capitale de près de 14 millions d'habitants, a remporté plus de la majorité absolue de l'assemblée avec la coalition formée autour de son nouveau parti, "Tomin first" ("Les habitants de la capitale d'abord").

Elle avait obtenu le soutien de la formation centriste Komeito, alliée au niveau national du parti de droite de M. Abe, ne laissant à ce dernier que 23 sièges sur 127, du jamais vu à Tokyo pour le PLD au pouvoir au Japon de façon quasi ininterrompue depuis 1955.
Cette élection est un revers de taille alors que M. Abe, 62 ans, a tout organisé, y compris la révision des statuts de son parti, pour se maintenir en place jusqu'en 2021. 
                  

Révision constitutionnelle                  

                  
Le Premier ministre nationaliste veut ainsi se donner le temps d'atteindre son objectif ultime: réviser la Constitution pacifiste inchangée depuis son entrée en vigueur en 1947 sous l'occupation américaine après la capitulation du Japon militariste en 1945.
Jamais son parti n'avait eu moins de 38 sièges à Tokyo et il en contrôlait 57 dans la précédente assemblée. La coalition de Mme Koike, ancienne ministre, ancienne présentatrice de télévision au franc-parler, à qui l'on prête des ambitions nationales et en laquelle certains voient à l'avenir la première femme à la tête d'un gouvernement au Japon, dispose à présent avec ses alliés de 79 sièges, dont 49 pour son seul parti.

"Nous devons prendre au sérieux ce résultat et y voir une vive critique de notre parti, le PLD. Je suis déterminé à restructurer le parti pour regagner la confiance du public par des résultats concrets"

Shinzo Abe, Premier ministre japonais

Dès dimanche soir, ceux qui sont souvent qualifiés de prétendants "post-Abe", se sont fait entendre, donnant leur analyse de la situation: "une énorme défaite historique", lançait Shigeru Ishiba, ténor du PLD, ex-ministre de la revitalisation des régions. "Une situation dure que le PLD doit prendre avec gravité" pour Fumio Kishida, ministre des Affaires étrangères et autre figure du PLD.
Cet échec est attribué aux divers scandales touchant M. Abe ou ses proches révélés récemment, à l'adoption de lois rencontrant une vive opposition ainsi qu'à des dérapages de ministres. 
Le Premier ministre a été accusé d'avoir fait un don à une école nationaliste par l'intermédiaire de son épouse ou encore d'avoir influencé les décisions de l'administration en faveur d'un ami de longue date dans l'attribution de la création d'une nouvelle faculté vétérinaire.


Arrogance                 

                  
Pendant la campagne à Tokyo, la ministre de la Défense, Tomomi Inada, déjà critiquée auparavant, a commis une bourde relevée par de nombreux adversaires politiques et experts en droit. Elle a appelé à voter pour un candidat au titre de membre du PLD, mais aussi en tant de "ministre de la défense et au nom des forces d'autodéfense". Elle avait dû se rétracter.
Le Premier ministre, qui réfléchit depuis plusieurs semaines à un remaniement ministériel censé survenir en août ou septembre, pourrait être contraint d'accélérer le processus.
La défaite peut donner des ailes à des clans du PLD autres que celui de M. Abe, fait remarquer Sadafumi Kawato, professeur de politique à l'Université de Tokyo. "Cela pourrait menacer l'existence du gouvernement Abe", a-t-il dit à l'AFP, à l'approche d'une élection de la direction du Parti en septembre 2018 et de législatives d'ici décembre 2018.
Le projet de révision constitutionnelle de M. Abe "va peut-être connaître un retard significatif", note M. Kawato.
Le quotidien conservateur Yomiuri appelait lundi en une le gouvernement à se départir de son "arrogance" tandis que le journal de gauche Asahi tempérait les paris faits sur Mme Koike, estimant qu'elle avait "peu de réalisations tangibles" à faire valoir et devait avant tout mener la mégapole avec succès dans l'organisation des jeux Olympiques de 2020