Viols correctifs en Afrique du Sud : le paroxysme homophobe

" Soigner " les lesbiennes de leur homosexualité en les violant : voilà ce qu'est la pratique du viol correctif en Afrique du Sud depuis des années. La nation arc-en-ciel est en avance sur de nombreux autres pays dans le domaine du droit des homosexuels, mais ne l'est pas dans ses mentalités.

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Millicent Gaikan, rescapée d'un viol par un homme se vantant de la “soigner“ de son homosexualité, le 25 janvier 2011.
Millicent Gaikan, rescapée d'un viol par un homme se vantant de la “soigner“ de son homosexualité, le 25 janvier 2011.
Si l'adoption d'enfants par des parents homosexuels est autorisée depuis 2002 comme le mariage entre deux personnes du même sexe depuis 2006, dans la réalité de tous les jours, l'homosexualité est considérée comme une déviance grave par la population sud-africaine. L'homophobie est un fléau au pays de Mandela et les églises n'aident pas à lutter contre celui-ci. Le cardinal Wilfred Napier écrivait dans une pétition envoyée au parlement lors du vote de la loi sur le mariage homosexuel, en 2006: "L’Eglise enseigne que les actes homosexuels sont intrinsèquement un désordre. Une loi ne peut changer en bien ce qui est mauvais".

C'est dans ce contexte, avec l'homosexualité considérée par la majorité des hommes sud-africains comme une maladie, que le viol correctif se banalise dans une société où les crimes sexuels sont endémiques. Une étude du Conseil de Recherche Médical d'Afrique du Sud de 2009 indiquait que plus de 25% des hommes Sud Africains interrogés avouaient avoir déjà été dans le rôle de violeur.

Le viol, un acte sexuel banalisé ?

Les études effectuées ces dernières années, dont certaines sur des enfants, ont de quoi faire froid dans le dos : une enquête faite dans le Township de Soweto à Johannesbourg donnait près de 60% d'enfants (1500 filles et garçons confondus) estimant que forcer quelqu'un à avoir des rapports sexuels n'était pas quelque chose de mal, et 11% des garçons et 4% des filles déclaraient avoir déjà contraint quelqu'un à des rapports forcés. Plus de 25% des garçons interrogés estimaient la pratique de la « tournante » (viol en groupe) comme quelque chose « d'amusant ». Il y a 50.00 viols déclarés mais on estime entre 500.000 et un million le nombre de viols par an en Afrique du Sud.


Melanie Judge, avocate et militante de la cause lesbienne  sud-africaine
Melanie Judge, avocate et militante de la cause lesbienne sud-africaine
Les discours sur les femmes rendent acceptables toute forme de viol

La communauté lesbienne vit de plus en plus dans la crainte des agressions sexuelles. Il y a actuellement près d'une dizaine de viols correctifs par semaine pour la seule ville du Cap. Melanie Judge, avocate et militante célèbre pour la cause lesbienne explique ce phénomène de façon plus large en reliant "la violence faite aux femmes, qui est très importante en Afrique du Sud, et la conviction [dans l'esprit des citoyens] que l'orientation sexuelle d'une personne peut être modifiée. Le principe du viol correctif est donc de punir les lesbiennes parce qu'elles ont une sexualité et un genre qui ne se conforment pas aux normes patriarcales en vigueur, au rôle social que cela implique. Cela peut être par de la violence, des menaces ou du viol correctif, mais dans tous les cas c'est une punition pour obliger la personne à se plier aux règles établies par la religion, la culture."

La militante analyse la problématique du viol en général par une "société sud-africaine qui est emplie de discours sur la possession physique des femmes par les hommes [perçue comme normale], du devoir des femmes à être disponible sexuellement pour les hommes. Ces discours, profondément enracinés dans l'esprit des gens, rendent le viol socialement acceptable."

Comment les choses peuvent-elles changer ?

En Afrique du Sud, selon les rapports internationaux, plus de 43 % de la population vit avec moins de 3 000 rands (260 euros) par an et si le chômage a un taux officiel de 23,2 %, les syndicats l'estiment proche de 40 %. Il y a donc un environnement social qu'il faut changer. Ce processus risque d'être long, et les défenseurs des droits des homosexuels qui dénoncent les viols correctifs comme Melanie Judge demandent une législation spécifique. Ces crimes devraient être selon eux établis comme "crimes haineux" et donc assortis de sanctions très lourdes. Il y a une véritable épidémie de viols des femmes en Afrique du Sud, on estime a une femme sur trois violées au cours de sa vie. Le plus étrange est que ce soit une pétition internationale (voir encadré) qui fasse bouger les choses, bien que la pression sur le gouvernement sud-africain des militants LGBT (Lesbiennes, Gay, Bi-sexuels et Transgenres) s'accentue. Il ont protesté à travers le pays le 15 mai après-midi pour dire "trop c'est trop", il y a donc depuis peu une mobilisation dans le pays qui prend forme et se renforce. Melanie Judge a un espoir, " c'est que désormais ce soit le ministère de la Justice, de la Santé ou du Développement Social qui engagent la discussion avec les militants et leurs associations pour commencer à résoudre ce problème et le faire connaître à la société dans son ensemble."

Repères

Noxolo Nogwaza, une lesbienne de 24 ans a été retrouvée morte, le crâne écrasé, les dents arrachées, le visage méconnaissable, le 24 avril dernier près de Johannesburg. La veille, dans un bar, cette militante pour les droits des personnes homosexuelle avait été prise à parti par des hommes qui faisaient des avances à sa petite amie.