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Virginia Raggi, une louve à la conquête de Rome

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Le résultat électoral du Mouvement 5 étoiles à Rome est historique. Virginia Raggi a largement distancé les partis traditionnels lors du premier tour des élections municipales de dimanche. Elle se prépare à devenir la première femme maire de la capitale italienne. Portrait.

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Le Mouvement 5 étoiles (M5S) de l’humoriste Beppe Grillo est devenu dimanche le premier parti de la capitale italienne. Virginia Raggi a remporté le premier tour des élections municipales partielles avec 35,2% des voix, bien devant Roberto Giachetti, le candidat du Parti démocrate au pouvoir (PD, centre gauche), et ses 24,9%. Les deux adversaires se retrouvent lors du second tour le 19 juin prochain. Quelque 13 millions d’Italiens ont été appelés aux urnes dans plus de 1300 communes.

L’inconnue pourrait devenir maire de Rome

Virginia Raggi est visiblement émue lorsqu’elle découvre les premiers résultats après la fermeture des bureaux de vote dimanche à 23 heures. Devant la presse, l’avocate de 37 ans essaie de cacher son large sourire en se mordant les lèvres. Elle mesure la portée «historique» de ce moment, rappelant qu’elle pourrait «devenir la première femme maire de Rome». L’émotion passée, la voix se pose. «Je suis prête à gouverner cette ville, lance-t-elle assurée. A lui rendre la splendeur et la beauté qu’elle mérite.»

Favorite dans les sondages avant le premier tour, la candidate du parti antisystème pourrait distancer encore davantage le centre gauche lors du second tour. Avant le scrutin, Matteo Salvini, le secrétaire de la Ligue du Nord, annonçait son soutien à Virginia Raggi en cas de défaite de sa candidate, Giorgia Meloni, présidente du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia. Les 20,6% des voix recueillies par l’autre «louve» romaine pourraient ainsi profiter au M5S.

La militante étoilée est encore inconnue quand elle enfourche son vélo pour lancer sa campagne électorale, fin avril. En jogging et baskets, elle se présente comme simple citoyenne. La belle jeune femme aux traits fins et aux longs cheveux bruns, surnommée parfois sexy grillina en référence au fondateur du parti Beppe Grillo, mène une petite nuée de bicyclettes à travers le centre-ville à la rencontre des habitants. Est-elle effrayée par les candidats de poids lui barrant la route? «Non, pourquoi devrais-je avoir peur des partis qui ont détruit Rome?», répond-elle.

Cette mère d’un enfant de 7 ans, mariée à un militant du M5S, est aussi posée que le leader du mouvement est agité. Rien ne prédestinait l’avocate à une carrière politique. Romaine de naissance, elle grandit dans le sud-est de la ville en dehors des murs d’Aurélien. Diplômée en jurisprudence de l’Université Roma Tre, elle devient avocate en droit civil, spécialisée en droit d’auteur et en propriété intellectuelle. Ses adversaires dénoncent son passage dans un studio d’avocat ayant défendu Silvio Berlusconi.

Une expérience sur les bancs du Conseil municipal

Virginia Raggi s’intéresse au Mouvement 5 étoiles en 2011, poussée par son mari. Mais l’intérêt pour la «chose publique» naît un peu plus tôt, après la naissance son fils, écrit-elle dans sa biographie. Quand elle est contrainte de «dribbler les voitures avec la poussette, entre des trottoirs inexistants, des voitures garées en double file et des parcs abandonnés».

Le quotidien du Romain est donc naturellement à l’honneur dans son programme: meilleure gestion des transports publics, aujourd’hui dans un chaos permanent, et de la récolte des déchets, deux réalités ébranlées par le scandale Mafia Capitale, l’affaire ayant révélé en 2014 les liens entre le crime organisé, des entrepreneurs et des politiciens romains (LT du 03.06.2016).

Ses propositions sont aussi alimentées par sa courte expérience politique de conseillère communale, entre 2013 et 2015, quand le maire PD Ignazio Marino est contraint à la démission. Sur les bancs du Conseil communal, elle s’occupe des questions liées à la jeunesse et des politiques sociales.

Virginia Raggi peut donc se targuer d’avoir déjà foulé le sol du Capitole, comme élue dans une administration à majorité démocrate, balayant les critiques sur son inexpérience. Contrairement aux dernières élections communales romaines de 2013, «nous avons aujourd’hui une plus grande connaissance des dossiers», explique Enrico Stefano, ancien conseiller communal M5S. Il décrit une femme «déterminée et transmettant son énergie à son équipe», mais n’ayant pas changé: «Elle emmène toujours son fils à l’école, fait toujours ses courses dans le quartier.» La conseillère est choisie lors de primaires en lignes avec 45,5% des voix. Elle signe un contrat la liant au M5S et risque une amende de 150 000 euros en cas «d’atteinte à l’image» du parti.

Mais la candidate est consciente que le temps de la simple opposition est sur le point de s’achever. «Nous sentons la pression de la responsabilité, affirme Enrico Stefano. Nous savons que nous nous apprêtons à devoir vraiment gérer les problèmes» d’une ville plombée par une dette de 12 milliards d’euros. «Nous voulons inverser la tendance et remettre au centre les inquiétudes des Romains», ajoute-t-il. Les Romains, puis les Italiens. La gestion de Rome par le M5S serait un test avant les élections législatives de 2018, lorsque le mouvement visera le siège du président du Conseil Matteo Renzi.

Article publié conformément à notre accord de partenariat avec le site Le Temps