François Hollande en Polynésie: le dossier nucléaire à la trappe ?

hollande papeete

Un paradis empoisonné. Voilà comment le père Auguste Webe Carlson, défenseur des victimes des essais nucléaires français, qualifie ses îles de Polynésie. En visite lundi à Papeete, François Hollande a reconnu que les essais nucléaires menés en Polynésie française avaient eu "un impact" sur l'environnement et la santé.

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"La Polynésie n'est plus elle-même depuis le 2 juillet 1966", jour du premier essai nucléaire français dans les atolls polynésiens. "Nous vivons dans un paradis, mais un paradis empoisonné!"

Ainsi s'exprime le Père Auguste Webe Carlson, président de l'association 193, lors d'un entretien à la chaîne Polynésie 1ère, le 30 janvier dernier.

Cent-quatre-vingt-treize, comme le nombre d'essais nucléaires auxquels la France a procédé entre 1966 et 1996 (210 au Sahara au cours de la même période, NDLR). Ce collectif de défense des victimes des essais nucléaires a lancé une pétition début janvier, recueillant déjà près de 33 000 signatures.


Parmi les signataires de cette pétition, la majorité sont nés après 1966. "C'est une génération qui a besoin de comprendre. C'est pourquoi nous réclamons la tenue d'un référendum, qui pourrait poser cette question : 'Pensez-vous que les 193 essais en Polynésie sont propres?'", lance le président de l'association 193. Le collectif de défense des victimes des essais souhaite aussi que la date du 2 juillet devienne une date officielle de référence, de recueillement, de commémoration "à l'image des autres dates qui ont marqué l'Histoire de France", comme un devoir de mémoire.
 

Père Auguste Webe Carlson, pdt de l'association 193.
Père Auguste Webe Carlson, pdt de l'association 193.
©captured'écranPolynésie1ère

Un devoir de pardon aussi. La France devrait-elle faire son mea-culpa ? Pour le Père Auguste, la réponse est oui : "le coupable symbolique doit pouvoir émettre des regrets pour entamer une juste réparation non seulement morale et surtout sanitaire".

Malformations, cancers, mortalité infantile quatre fois supérieure à la moyenne de la métropole, les conséquences désastreuses sur la santé des habitants se font encore sentir.

"On enregistre 540 cas de nouveaux cancers chaque année pour les 260 000 Polynésiens", explique Bruno Barrillot, ancien délégué aux conséquences des essais pour le gouvernement de Polynésie, dans "Le Parisien"."

 

Un manifestant parisien lors d'un rassemblement de protestation contre les essais nucléaires français dans le Pacifique-sud, au Trocadero à Paris, (France), 6 août 1995.
Un manifestant parisien lors d'un rassemblement de protestation contre les essais nucléaires français dans le Pacifique-sud, au Trocadero à Paris, (France), 6 août 1995.
©AP Photo/Jacques Brinon

Quelles réparations?

Malgré l'adoption, en 2010, de la loi Morin sur l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français, la France est loin d'avoir pris la mesure des dégâts causés depuis 1966 : sur les 1000 dossiers déposés, seuls 19 ont abouti à une indemnisation.

LOI n° 2010-2 du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français, version consolidée au 22 février 2016.
Nous attendons que le discours change radicalement [...] De plus en plus d'enfants, de plus en plus de familles sont touchés par des cancers, des leucémies, des maladies de la thyroïde...
Père Auguste Uebe Carlson (France Info)
Essai nucléaire français, atoll de Muruoa, (Pacifique-sud), juin 1970.
Essai nucléaire français, atoll de Muruoa, (Pacifique-sud), juin 1970.
©AP Photo

Qu'en-est-il alors de la "dette nucléaire", également surnommée "le milliard Chirac", une rente annuelle accordée par l'Etat à la fin des essais depuis 1996 mais dont le montant a été réduit à plusieurs reprises. En 2016, ce versement - débattu chaque année à l'Assemblée nationale au moment de l'examen de la loi de finances - n'est "que" de 86 millions d'euros, sur un total de quelque 830 millions d'euros dépensés chaque année par l'Etat français au titre de l’appui au territoire et aux communes, note Le Monde.

Le 2 juillet seront fêtés les 50 ans du premier tir (atmosphérique), nommé Aldébaran. 192 autres (46 atmosphériques puis 147 souterrains) ont suivi, pour se terminer le 27 janvier 1996. Selon le collectif, l’ensemble de ces essais représente 2 900 fois la puissance de la seule bombe d’Hiroshima.

“Ces essais étaient de vraies bombes et nous en souffrons toujours”, martèle Roland Odlham, président de l’association Moruroa e Tatou, regrettant que “la vérité n’est pas dite et que la justice est injuste” faisant allusion à la loi Morin, “qui ne veut rien dire”, dans la Dépêche de Tahiti.
 

Vue aérienne de l'atoll de Fangatuafa Atoll (Pacifique-sud), siuté à 1 200 km au sud-est de Tahiti, 27 janvier 1996.
Vue aérienne de l'atoll de Fangatuafa Atoll (Pacifique-sud), siuté à 1 200 km au sud-est de Tahiti, 27 janvier 1996.
©AP Photo/APTV


De nouvelles retombées radioactives sont découvertes régulièrement dans la zone. Dernière en date : la présence de plutonium a été détectée sous les dalles de béton de la base militaire française dans l'atoll de Hao, où est situé l'un des plus gros collèges de l'archipel. Les associations craignent désormais une nouvelle catastrophe écologique si les ouragans, très puissants dans la région, venaient à arracher ces dalles.