Vladivostok, vitrine luxueuse de la Russie sur l'Asie

La Russie accueille ce week-end le sommet des partenaires de l'Apec (Coopération économique pour l'Asie-Pacifique), à Vladivostok et sur l'île toute proche de Rousski. Le pays a dépensé plus de 20 milliards de dollars pour faire de cette ancienne cité militaire de l'Extrême-Orient russe une vitrine sur le continent asiatique, alors que ses habitants n'ont accès ni à l'eau courante, ni à l'électricité.

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Vladivostok, vitrine luxueuse de la Russie sur l'Asie

Poutine veut tourner la Russie vers l'Asie, moteur de croissance

Par Eleonore DERMY - AFP
Le président russe Vladimir Poutine a insisté vendredi sur l'importance pour la Russie de profiter davantage de son ancrage dans la zone Asie-Pacifique, à la veille d'un sommet à Vladivostok avec les dirigeants de cette région la plus dynamique au monde.

S'exprimant devant une assemblée d'hommes d'affaires et de responsables des pays de la région, avant le sommet ce week-end des dirigeants du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (Apec), le chef de l'Etat russe a observé que cette région du monde s'était "ces vingt dernières années développée à des rythmes extrêmement importants".

Les économies de l'Apec, un groupement de 21 nations de la façade Pacifique, qui s'étendent de la Chine au Chili en passant par les Etats-Unis, "représentent environ 55% du produit intérieur brut mondial, presque la moitié du commerce mondial, environ 45% de tous les investissements directs étrangers dans le monde", a-t-il ajouté.

Et tandis que les économies occidentales sont en crise profonde, ces pays continuent à enregistrer de la croissance, a-t-il souligné.

Les rythmes de croissance des pays asiatiques "sont sans commune mesure avec ceux des autres pays développés", a-t-il insisté, relevant que la crise dans les pays occidentaux risquait de revêtir "un caractère durable".

Or, "plus de 50% des échanges commerciaux de la Russie sont faits avec l'Europe, après il y a les Etats-Unis. Avec l'Asie-Pacifique, cela représente moins, alors que la région se développe activement", a constaté M. Poutine.

Moscou n'a pas accordé jusqu'à présent à l'Extrême-Orient russe autant d'attention "que cela aurait été nécessaire", a-t-il constaté.

Il a estimé que la Russie, le Bélarus et le Kazakhstan, qui forment une union douanière - prélude d'une Union économique eurasienne - devaient constituer le moteur d'une intégration étroite avec l'Asie-Pacifique.

"Nous voulons créer un centre puissant de développement régional. De plus, la future Union économique eurasienne pourra jouer un rôle de +maillon+ entre l'Europe et l'Asie-Pacifique", a-t-il dit.

"C'est justement maintenant qu'il est vital d'établir un pont entre nous", a-t-il insisté. C'est la première fois que la Russie reçoit pour un sommet ses partenaires de l'Apec. Dans cette optique, les autorités russes n'ont pas lésiné sur les moyens pour transformer Vladivostok et l'île toute proche de Rousski en vitrine du pays au bord du Pacifique.

Les investissements ont été massifs. La ville, interdite aux étrangers à l'époque soviétique puis négligée dans les années qui ont suivi la chute de l'URSS, manquait encore il y a encore quelques années d'infrastructures de base telles que des stations d'épurations.

Face à ces sérieux problèmes, le pays y a dépensé plus de 20 milliards de dollars, en dépit des contraintes budgétaires imposées depuis la crise économique mondiale de 2008.

Deux immenses ponts à haubans, des autoroutes, ou encore un nouveau terminal aéroportuaire ont ainsi vu le jour en un temps record.

Les autorités ont aussi décidé d'édifier un gigantesque campus universitaire sur l'île Rousski, jusqu'à récemment quasi-déserte et inhabitable, pour y accueillir le sommet. Il sera ensuite investi par les 25.000 étudiants de l'Université fédérale d'Extrême-Orient.

Le président chinois Hu Jintao a félicité M. Poutine, en marge d'une rencontre bilatérale.
"Hier, en arrivant, j'ai remarqué qu'une cité flambant neuve avait été construite dans la ville. Un magnifique pont a été construit sur la mer", a-t-il déclaré dans des propos traduits en russe, disant voir dans ces réalisations "l'énorme potentiel de développement de la Russie".
  

Discours de clôture de l'APEC

09.09.2012Par AFP
Le président russe Vladimir Poutine a prôné dimanche un rapprochement de la Russie avec la région Asie-Pacifique, la plus dynamique au monde, et critiqué l'Europe plongée dans une profonde crise.

Clôturant le sommer de l'APEC, M. Poutine a appelé à un rapprochement avec les nations de la façade Pacifique : "La large coopération avec nos voisins de l'Asie-Pacifique est une des priorités de la politique étrangère de notre pays", a-t-il déclaré, soulignant que cette région était une locomotive de l'économie mondiale. "Le sommet de Vladivostok a une fois de plus réaffirmé l'engagement des économies de l'Apec en faveur des principes de libre-échange et d'intégration", a-t-il par ailleurs souligné. Des principes plus que nécessaires à une période où l'économie mondiale est chancelante, a-t-il insisté. "Nous sommes tous intéressés pour que l'économie mondiale surmonte les menaces de récession et retrouve une croissance stable et une reprise durable", a poursuivi M. Poutine.

Il a par ailleurs fustigé l'attitude de l'Union européenne, qui a ouvert cette semaine une enquête sur le géant gazier russe Gazprom, soupçonné de pratiques anticoncurrentielles dans plusieurs pays d'Europe centrale et orientale très dépendants des livraisons de gaz russe, laissant entendre qu'il s'agissait d'une manœuvre pour que la Russie vienne en aide à l'Europe, à bout de souffle. "Nous pensons que c'est une approche non constructive", a-t-il déclaré, appelant à régler ce problème à travers un dialogue "bienveillant". "Cela est provoqué par plusieurs facteurs, mais surtout par la situation économique difficile dans la zone euro", a-t-il estimé, accusant la Commission européenne de vouloir forcer Gazprom à "subventionner" les pays d'Europe de l'Est en difficultés, autrement dit à leur fournir du gaz à bon prix. Il a rappelé qu'à l'époque de l'Union soviétique, Moscou avait approvisionné en énergie à des prix largement subventionnés ses satellites du bloc communistes, mais a insisté sur le fait que la Russie post-soviétique n'exporterait des hydrocarbures qu'aux prix du marché.

Les inquiétudes sur l'état de l'UE et de l'économie mondiale ont été partagées par les autres dirigeants de l'Apec, qui ont observé, dans leur déclaration finale publiée à la fin du sommet, que l'économie mondiale était "sujette à des pressions".

"Les marchés financiers restent fragilisés", observent les dirigeants dans ce document, s'inquiétant de l'impact des dettes et déficits publics de certains pays développés sur la reprise mondiale. Soulignant que la crise en Europe "affecte négativement la croissance" en Asie-Pacifique, ils saluent l'engagement des Européens à "prendre toutes les mesures nécessaires" pour éviter un éclatement de la zone euro, qui aurait des répercussions à travers le monde entier.

Dans ce contexte, ils appellent à stimuler la consommation dans leur propre pays, réduire la dette publique et ne pas imposer de barrières commerciales.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a par ailleurs appelé les Etats de la région, où de nombreux disputes territoriales se sont ravivées ces derniers temps, à "réduire les tensions et renforcer les liens diplomatiques", soulignant qu'il n'était dans l'intérêt de personne "de susciter des doutes et des incertitudes sur la stabilité et la paix dans la région".

Elle a notamment demandé à la Corée du Sud et au Japon de "calmer le jeu", à propos d'un archipel en mer du Japon dont ils se disputent la souveraineté.

Les 21 pays membres de l'APEC

Australie, Brunei, Canada, Corée du Sud, États-Unis, Indonésie, Japon, Malaisie, Nouvelle-Zélande, Philippines, Singapour, Thaïlande, Chine, Hong Kong, Chinese Taipei, Mexique, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Chili, Pérou, Russie, Viêt Nam.

L'Apec en quelques mots

La Coopération économique pour l'Asie-Pacifique, APEC, est un forum économique intergouvernemental crée en 1989 visant à faciliter la croissance économique, la coopération, les échanges et l'investissement de la région Asie-Pacifique. Elle se réunit chaque année. À la différence de la Communauté européenne ou d'autres organisations économiques multilatérales, l'APEC n'a aucun engagement de traité exigé par ses participants. Les décisions prises par l'APEC sont obtenues par le consensus et les engagements sont entrepris sur une base volontaire.

L'Apec en quelques chiffres

L'APEC a 21 membres, qui représentent plus du tiers de la population du monde (2,6 milliards de personnes), approximativement 60 du Produit intérieur brut du monde et environ 47 du commerce mondial. Il représente également la zone économique la plus dynamique dans le monde, ayant participé à presque 70% de la croissance économique globale entre 1994 et 2004. (source Wikipédia)