Votations en Suisse : “non“ au Gripen et au salaire minimum

Acheter 22 avions de combat suédois ? Instaurer un salaire minimum de 4000 francs suisses ? Empêcher le contact avec des enfants de personnes condamnées pour pédophilie ? Telles sont les principaux points sur lesquels les citoyens suisse ont été invités à se prononcer au niveau fédéral ce dimanche 18 mai. Bilan des résultats.

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En duplex depuis Genève, notre correspondant de la RTS Michel Cerutti commente les résultats de cette journée de votation.
Votations en Suisse : “non“ au Gripen et au salaire minimum


18.05.2014

“Non“ au salaire minimum le plus élevé du monde


Les prévisions créditaient l’initiative d’un score de 30%. Or on s’achemine vers un rejet nettement plus massif de ce projet porté par les syndicats, le parti socialiste et les Verts : Près de trois électeurs sur quatre disent non au salaire minimum de 4000 francs suisses (3300 euros).

En matière économique la population suisse déteste les solutions trop radicales et une intervention trop forte de l’Etat dans la marche des entreprises. Elle l’a prouvé une nouvelle fois puisqu’aucun canton n’a accepté un "smic" helvétique à 4000 francs suisses. Beaucoup, y compris parmi les salariés disposant de salaires moyens à bas, ont jugé que ce montant aurait détérioré la capacité économique de plusieurs branches, et entraîné une augmentation du chômage.

La population avait déjà refusé l’initiative 1:12, visant à limiter les écarts entre hauts et bas salaires, mais elle a accepté des interventions plus mesurées, comme le droit conféré aux actionnaires de se prononcer sur les salaires des dirigeants des sociétés cotées en bourse (initiative Minder). La libéralisation des heures d’ouverture dans certaines stations-service a aussi facilement passé la rampe, car il s’agissait surtout de lever certains obstacles bureaucratiques. C'est cette ligne modérée qui a été fidèlement suivie ce dimanche - voilà qui devrait rassurer ceux qui pensent que la Suisse pourrait se tirer une balle dans le pied en détériorant, avec la volonté populaire, les conditions cadres du pays.

Le Gripen recalé

@AFP
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Si les Suisses se révèlent plus partagés sur ce point et refusent à 53,4 % l'achat de 22 avions de combat suédois Gripen. Pour l’ancien chef de l’armée Christoph Keckeis, les citoyens ont été "pollués par la campagne du non, qui leur a fait croire que la facture atteindrait 10 milliards, alors qu’on parlait bien d’une enveloppe de 3,1 milliards." Dans le rejet du Gripen, il voit aussi "un vote revanchard à l’égard de l’UDC, que certains ont voulu punir pour l’initiative contre l’immigration de masse, acceptée le 9 février dernier". Christophe Keckeis avertit: "Sans Gripen, les F/A-18 arriveront en bout de course en 2025, alors que les Tigers seront cloués au sol dès 2016. Sachant qu’il faut au moins 10 ans, en Suisse, pour acheter un avion de combat, il faudra très vite lancer un nouveau projet."
 
Membre de la Commission de politique de sécurité du Conseil national, Hugues Hiltpold (PLR/GE), fervent partisan du Gripen, se montre plus fataliste : "On savait que ce serait très serré, on paie aujourd’hui l’addition d’une mauvaise campagne." Pas question de se précipiter pour autant pour trouver une solution de rechange à l’avion suédois. "Il faut entendre le vote des Suisses et refaire l’analyse du développement de l’armée."
L’état d’esprit est tout autre dans le camp du non, donné vainqueur. Pour le conseiller national Christian Van Singer (Verts/VD) :"Malgré la crise ukrainienne et le vibrant appel des présidents des partis bourgeois en faveur du Gripen, les Suisses ont bien compris ce qu’il fallait voter... les F/A-18 ¬- pour lesquels 1,5 milliard ont déjà été dépensés depuis leur achat, dont 400 millions tout récemment – sont encore au top. Ils suffiront très bien à assurer la police du ciel jusqu’en 2030 au moins, voire 2035. Et quand viendra véritablement l’heure de les remplacer, on examinera quelle sera la meilleure solution: peut-être un autre avion, peut-être des drones, la question se posera dans dix ans."

Le texte anti-pédophiles plébiscité

Les premiers résultats donnent une très large majorité à "l’initiative de la Marche blanche", qui demande que les pédophiles condamnés ne puissent plus travailler avec des enfants. L’argumentation des adversaires de l’initiative, fondée pour l’essentiel sur la notion de proportionnalité, au demeurant très floue même pour les juristes, et la nécessité concomitante de laisser la justice trancher au cas par cas, n’aura pas porté.
Une très large majorité des votants aura au contraire estimé que la privation définitive et automatique du droit d’exercer une activité professionnelle ou bénévole infligée à l’auteur d’abus sexuels sur des enfants était une juste sanction.


Les adversaires du texte de la Marche blanche se sont inquiétés durant la campagne du traitement qui pourrait être réservé aux "amours juvéniles". Ils ont craint qu’un jeune délinquant puisse se voir sanctionné à vie sans manifester pour autant de réelles tendances pédophiles. Présidente de la Marche blanche, Christine Bussat s’est montrée rassurante à ce propos, dimanche, soulignant que des clauses pourraient être inscrites dans la loi pour que l’application de l’initiative ne donne pas lieu à des décisions manquant leur but.