Vrai ou faux : tout savoir sur le changement climatique

dans

Dominique Bourg balaye les idées reçues

Professeur à l’université de Lausanne, il enseigne le développement durable et il est membre du comité stratégique de la fondation Hulot.

Dernier ouvrage paru :
Le Développement durable, maintenant ou jamais
Découvertes Gallimard


Propos recueillis par Laure Constantinesco
30 novembre 2009

Il n’y a pas de preuves solides du réchauffement climatique

FAUX


Il existe deux sources essentielles pour le prouver : les modèles climatiques, les premiers datent des années 70 et les trajectoires sont depuis toujours vérifiées, et l’étude du paléoclimat (notamment les carottages, prélèvements dans les sous-sol des glaciers). Depuis les années 50 les moyens de mesure sont très précis sur toute la planète.

Au siècle dernier, mais surtout pendant les trois dernières décennies où a eu lieu l’essentiel de l’augmentation, la température mondiale a augmenté de 0,74 degrés selon le GIEC (Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat).

Nos études remontent sur plus d’1 million 500 000 ans aujourd’hui, et on observe une corrélation stricte entre la variation générale du climat - notamment la température moyenne – et le degré de concentration atmosphérique du CO2 qui est resté dans un tunnel de variation entre 180 et 300 partie par million (ppm) avant l’entrée dans l’ère industrielle. Aujourd’hui ce taux de concentration de CO2 est égal à 387 ppm, et connait une hausse d’environ 2 ppm par an.

Nos modèles climatiques ont pour l’instant toujours été vérifié. La température a même augmenté plus vite que prévu depuis le début des années 2000 avec un début de débâcle glaciaire : la fonte des glaciers est plus rapide le long des côtes gröenlandaises et sur la péninsule ouest antarctique.

Les preuves de ce réchauffement sont déjà visibles aujourd’hui : la calotte glaciaire arctique estivale se réduit très vite, le niveau des eaux monte – plus 17 cm au siècle dernier - , la biodiversité a déjà été modifiée – par exemple les vendanges se font plus tôt, certaines espèces sont remontées du sud vers le nord, il y a des modifications dans la reproduction d’espèces végétales comme animales - les hivers sont plus doux, et les phénomènes climatiques comme les pluies, les sécheresses, la canicule, les tempêtes….sont plus intenses: il n’y a pas plus de cyclones qu’avant mais il y a plus de cyclones de catégories 4 et 5 depuis environ trente ans, et ils remontent vers les côtes espagnoles et brésiliennes ce qui est du jamais vu !

On n’est pas sûrs à 100% de la responsabilité humaine dans le réchauffement

FAUX

Nous avons deux preuves.

La première est positive : la composition chimique de l’atmosphère se modifie sensiblement depuis les années 50 et de façon croissante, même si cela a commence avant.

Or en même temps que la concentration de CO2 a augmenté dans l’atmosphère, la concentration d’oxygène a chuté de façon parallèle. Ceci prouve qu’il y a une combustion, puisque produire de l’énergie thermique “brûle” l’oxygène. Et une combustion n’est pas un phénomène naturel, c’est donc forcément la main de l’homme qui est derrière cette augmentation de la concentration du CO2.

La seconde preuve est par défaut. Jusqu’à la fin des années 70 nous avons une courbe générale des températures qui suit la variabilité naturelle de l’activité solaire, et ça décroche à partir des années 70. Là nous n’avons pas d’autre explication que l’homme et ses activités industrielles.

Derrière les climato-sceptiques, il y a les lobbys pétroliers et charbonniers américains

VRAI

Au début des années 80, Shell et BP avaient créé une coalition dont beaucoup sont sortis très vite. Les charbonniers et pétroliers américains dépensent chaque année des millions de dollars pour parler aux Américains, ils ne s’en cachent pas du tout et d’ailleurs cela a été mis en évidence par une étude parlementaire américaine..

Cela rappelle l’industrie du tabac il y a quelques dizaines d’années, quand elle essayait de destabiliser les résultats des enquêtes épidémiologiques.

Ces gens-là me font rire car ils ne sont absolument pas sérieux, mais en même temps je ris jaune car leur audience médiatique est une très mauvaise chose. Cela fragilise la mobilisation du public alors qu’on en a vraiment besoin ! C’est très dangereux.

Il y a bien sûr aussi des gens qui pour des raisons personnelles et psychologiques peuvent être climato-sceptiques.

La temperature mondiale baisserait ces derniers temps

FAUX

Il faut bien comprendre qu’un réchauffement général peut se traduire par un refroidissement local.

On parle ici de température mondiale moyenne et pas de ce que je ressens le matin quand je sors de chez moi ! Le climat n’est pas la météo.

Pour vous donner un exemple, il y a 18 000 ans, dans le précédent âge glaciaire, on avait des glaciers jusqu’à Lyon et le sol était gelé en permanence jusqu’aux Pyrénnées, tout cela avec une température moyenne de seulement 5 degrés de moins que la température moyenne du 20ème siècle !

On dit souvent “il fait trop chaud/froid, il pleut trop/pas assez” et à chaque fois, on invoque le réchauffement climatique

VRAI ET FAUX

Il ne faut pas confondre climat et météo, cependant il y a déjà des conséquences classiques du réchauffement, présentes, engagées et qui peuvent donc se traduire localement de façon différenciée.

Elles sont au nombre de quatre : l’élévation de la température moyenne vers le haut, l’élévation générale du niveau des mers (les calculs prévoient entre 1 et 2 mètres de plus à la fin de ce siècle), le changement du régime des pluies, des phénomènes climatiques plus violents.

Il faut sauver la planète

FAUX

Ce sont les hommes qu'il faut sauver, la planète nous survivra. Son âge se compte en plusieurs milliards d’années, et la vie n’y est apparue qu’il y a 4 milliards et demi d’années ! Mais nous les hommes allons entraîner dans notre ruine un grand nombre d’espèces.

Il ne faut pas que la temperature mondiale augmente de plus de deux degrés celsius pour que nous survivions

VRAI ET FAUX

En fait, deux degrés en plus est notre limite acceptable. Avec deux degrés en plus, nous devrions nous en sortir et encore, pas tous. Ce sera moins douloureux pour les populations du Nord que pour celles du Sud.

Mais si cela dépasse deux degrés d’augmentation, là le climat deviendra incontrôlable.
Par exemple, à partir de trois degrés en plus, la foret amazonienne disparaîtrait par assèchement, ce qui provoquerait en plus un gigantesque relarguage de gaz à effet de serre dans l’atmosphère…

Les plus gros pollueurs, États-Unis et Chine, sont aussi ceux qui veulent faire le moins d’efforts pour améliorer la situation

NI VRAI NI FAUX

En ce qui concerne les États-Unis, les objectifs chiffrés – moins 17% d’émission de gaz à effet de serre - sur lesquels s’est engagé Barack Obama il y a peu -, se basent sur des données calculées depuis 2005.

Par rapport aux objectifs préconisés aujourd’hui par le GIEC, qui se fondent sur des données calculées depuis 1990, leur engagement de réduction est donc équivalent en fait à moins 3% à l’horizon 2020 !

C’est ridicule timide et absolument pas sérieux ! En plus est-ce qu’Obama à Copenhague ne va pas nous refaire le coup d’Al Gore à Kyoto ? Ce dernier avait signé le protocole de Kyoto mais le Sénat américain ne l’avait jamais ratifié. C’est ce qui pourrait très probablement se passer si Obama signe un quelconque accord à Copenhague…

Pour la Chine c’est très différent. Les Chinois se sont engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 40% par point de PIB supplémentaire à l’horizon 2020. C’est énorme, ils ne se fichent pas de nous !

Les Chinois ont bien compris le problème, car là-bas tous les dirigeants de l’appareil politique ont une solide formation scientifique, ce qui n’est pas le cas en Occident. Ils savent qu’ils vont dérouiller donc ils le font aussi pour eux-mêmes. Ils ont peur car leur environnement est déjà très dégradé suite à leur croissance économique éclair, ils manquent déjà d’eau au Nord et cela pourrait être accentué, la hausse du niveau des mers les menace directement…

De plus la Chine est très en avance sur les énergies renouvelables, notamment les éoliennes, même si elle continue de construire des centrales à charbon.

Les gestes du quotidien (tri des déchets, économie d’énergie...) ne servent à rien, ce qu’il faut c’est une action politique mondiale contraignante envers les industriels

FAUX

Tout compte. Les gestes du quotidien comme les décisions politiques.

Les technologies sont intéressantes en ce qui concerne la production. Mais ça ne sert à rien en ce qui concerne l’élévation du niveau de consommation ! Donc il faut qu’on roule moins, qu’on se chauffe mieux, etc… C’est indispensable d’agir à notre échelle ! Personne ne peut faire ça à notre place. Il faut même aller au-delà de petits gestes.

Les Occidentaux – les anciens pays industrialisés - ont une responsabilité historique dans ce qui se passe. S’ils ne sont pas capables de changer leur mode de vie, pourquoi les Chinois et les Indiens le feraient-ils ? Ils viennent tout juste de se mettre à table, et là on leur dirait d’arrêter de bouffer alors que nous nous continuons !

Et quand je dis bouffer, je parle littéralement ! Un Américain mange 80 kilos de viande par an, un Indien en mange 4 kilos par an. Si l’Indien en mangeait 40 kilos, la moitié de la consommation d’un Américain, il faudrait doubler les surfaces céréalières au monde !

Il faut que les Occidentaux changent leurs modes de vide, il faut arrêter de consommer, de vouloir toujours plus de “high tech” : les télévisions, les ordinateurs, les portables….Tout cela consomme énormément ! Mais il ne faut non plus pas revenir à la charette à bois et à la lampe à huile ce serait ridicule et impossible. Il faut simplement prendre plus le temps, aller moins vite. Si l’on pouvait voyager en dirigeable plutôt qu’en avion…

Il existe un “fascisme vert” qui veut imposer son diktat au monde entier

FAUX

Il n’existe pas encore mais il pourrait.

Il faut que nous sortions de l’addiction à l’hyperconsommation, il est clair que sinon les bouleversements sociaux et naturels emporteront les démocraties, et feront naître des régimes autoritaires.

Si nos démocraties ne savent pas s’adapter, ne savent pas nous accompagner démocratiquement dans l’évolution de nos modes de vie, et bien dans 50 ou 100 ans, ce seront des régimes autoritaires qui nous forceront à faire ces gestes écologiques. De toute façon, nous n’aurons plus le choix si nous voulons survivre !

En Europe, la réglementation permet aux entreprises dites “gros pollueurs” d'acheter un “droit à polluer“

VRAI ET FAUX

Les émissions de gaz à effet de serre concentrées viennent des gros industriels. Avant ils émettaient comme ils voulaient, jusqu’à la création du marché carbone européen, en 2005.

À partir de là, des quotas ont été imposés. L’idée était de garder quand même la souplesse du marché. En fait ceux qui ont la technologie pour limiter leurs émissions de GES peuvent vendre des permis à ceux qui ne l’ont pas encore. Bien sûr, on peut aussi acheter ces “permis” à des entreprises d’autres pays, mais selon certaines modalités. Au bout du compte tout le monde a émis moins et a atteint un objectif fixé, c’est ça qu’il faut retenir.

Dans quelques dizaines d’années, nous connaîtrons les premiers réfugiés climatiques

VRAI

On pense que ce seront les habitants des petits archipels dans le Pacifique comme Tuvalu, KIribati, Marshall, les Maldives. Ces archipels seront engloutis par la montée des eaux.

Mais au-delà, toutes les côtes sont exposées. Tout dépendra de la là où l’on se placera d’ici la fin du siècle dans la “fourchette” - entre plus 1 et 2 mètres - de la montée du niveau des mers et des océans.

Mais il y aura aussi des réfugiés climatiques du fait du changement du régime des pluies et de la hausse de la température moyenne.

Les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre à 20% sont déjà obsolètes avant d'être atteints, maintenant il faut viser au moins 40%

VRAI

Le GIEC conseille une baisse des émissions de GES de 25 à 40% d’ici à 2020. En fait, plus vite on réduit nos émissions et plus bas on stabilisera le niveau de concentration des GES dans l’atmosphère.

De toute façon, nous avons déjà dépassé le seuil critique de 350 parties par million (ppm) de gaz carbonique dans l'air, un seuil de dangerosité que nous n’aurions jamais du dépasser selon tous les scientifiques.

Pour preuve, au Pliocène on avait une température moyenne plus haute de 3 degrés par rapport à celle du 20ème siècle, et il y avait des forêts en Alaska et au Groënland.

Les écologistes ont raison d’être contre l’énergie nucléaire

VRAI ET FAUX

Vrai car l’exploitation du nucléaire est dangereuse (risques d’accidents, traitements des déchet radioactifs..), sa technologie est lourde et coûteuse (il faut 10 ans pour rendre une centrale opérationnelle), il y a un problème à long terme sur la ressource énergétique (disparition de l’uranium 235), il y a les risques de terrorisme et de trafic international.
Donc les écologistes ont raison de soulever les problèmes et les dangers du nucléaire.

Faux car le nucléaire est peut-être le seul moyen actuellement de produire massivement de l’électricité pauvre en carbone, cette technique évolue et avec la génération 4 on peut changer de combustible, ou encore surmonter le problème de fusion du coeur, le principal risque d’accident, et enfin il est impossible pour un pays très engagé dans le nucléaire – la France pour ne pas la citer – d’en sortir sans faire exploser ses émissions de CO2.

Les écologistes citent souvent le Danemark, qui a zéro nucléaire, en exemple. Pourtant, il est l’un des plus mauvais élèves de la classe en terme d’émission de GES par an et par habitant : un Danois émet 8 à 9 tonnes ! Le Danemark n’a ni nucléaire ni hydraulique. Avant de passer au tout-éolien, ses sources de production étaient uniquement thermiques. Le problème avec une production massive d’éolien c’est que dès que le vent dépasse 90 km/h, il faut stopper les éoliennes et il n’y a pas d’autre choix que de faire repartir les vieilles centrales à charbon pour que le pays ait toujours de l’électricité !

Faire moins d’enfants permettrait de lutter contre le réchauffement climatique

FAUX

D’abord, l’empreinte carbone d’un Indien ne sera pas la même que celle d’un Américain.

Ensuite la planète est dans une période de transition démographique, que ce soit dans l’hémisphère nord ou sud. Arrêtons les fantasmes, ça change beaucoup et partout : les Tunisiennes ont aujourd’hui 1,4 enfants et les Iraniennes 2 ! Ca se corrige de soi-même, même si ce sera difficile, et ça il ne faut pas le nier non plus, d’accueillir les 2 milliards et demi qui arrivent…

Bien sûr que si nous n’étions que 500 millions sur la planète, nous pourrions tous consommer comme les Américains ! Mais je pense que nous ne dépasserons pas 9 milliards et demi d’habitants au milieu du 21ème siècle.

Il faut que nous devenions tous végétariens pour réduire les émissions de gaz à effet de serre

FAUX

Végétarien non, mais il est sûr qu’il faut que nous mangions moins de viande rouge.

Il faut entre 7 et 10 kilos de céréales pour produire un kilo de viande rouge. On ne nourrit pas le même nombre de personnes et ça ne produit pas la même dose de méthane (un gaz à effet de serre), car il faut savoir que l’élevage est une des causes des émissions de gaz à effet de serre (le méthane dans les flatulences des vaches par exemple). Mais il faut savoir garder le sens de la fête, et ne pas vivre une vie triste qui ne vaut pas la peine d’être vécue !


Les différentes sources d'énergie

Les énergies renouvelables

Une énergie renouvelable est une source d'énergie qui se renouvelle assez rapidement pour être considérée comme inépuisable dans le temps. Les énergies renouvelables sont fournies par le soleil, le vent, la chaleur de la terre, les chutes d’eau, les marées ou encore la croissance des végétaux

• L’énergie solaire photovoltaïque
• L’énergie éolienne
• L’énergie hydraulique
• L’énergie géothermique
• Les biocarburants

Les énergies fossiles

L'énergie fossile désigne l'énergie que l'on produit à partir de roches issues de la fossilisation des êtres vivants. Elles sont présentes en quantité limitée et non renouvelable, leur combustion entraîne des gaz à effet de serre.

• Pétrole
• Gaz naturel
• Houille (charbon)

L’énergie nucléaire

L'énergie nucléaire est produite par les noyaux des atomes qui subissent des transformations, ce sont les réactions nucléaires.

Sources : Observatoire des Énergies Renouvelables et le site http://www.techno-science.net


Quels sont les gaz à effet de serre ?

Ces différents gaz n’ont pas tous le même impact en matière d’effet de serre, ni la même durée de vie dans l’atmosphère. Le CO2 est probablement celui qui demeure le plus longtemps dans dans l’atmosphère avant de disparaître (100 ans).

Les gaz naturels

- Gaz carbonique (CO2)
- Méthane (CH4)
- Protoxyde d’azote (N20)

Les gaz artificiels

- Perfluorocarbures (CnF2n+2)
- Hydrofluorocarbures (CnHmFp)
- Hexafluorure de soufre (SF6)

Source : Les États et le carbone de Patrick Criqui, Benoît Faraco, Alain Grandjean, paru aux éditions PUF en 2009

Les émissions mondiales de gaz à effet de serre

- Production d’énergies : 26 %

- Industrie : 19%

- Forêts : 17 %

- Agriculture : 14 %

- Transports : 13%

- Bâtiments résidentiels et tertiaires : 8%

- Déchets : 3%

Source : GIEC


À lire

“Développement durable et innovation institutionnelle”

Une nouvelle collection aux Presses Universitaires de France dirigée par Dominique Bourg et Alain Papaux