Vu d'Afrique du Sud : Obama a-t-il vraiment fait quelque chose pour l'Afrique ?

Le 5 novembre 2008, Liesl Louw, rédactrice en chef de la revue African.org, à l'Institut d'Etudes de Sécurité, en Afrique du Sud, à Prétoria, racontait pour TV5MONDE.com le réveil de son pays au lendemain de la victoire historique de Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis : Obama c'est le nouveau Mandela, disait-on ! Aujourd'hui, l'enthousiasme est décidément bien retombé.

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Il y a 4 ans, l’Afrique entière applaudissait l’élection de Barack Obama – premier président noir des Etats-Unis. Et je parie qu’aujourd’hui plus d’un Africain sur deux lui souhaite avec enthousiasme un deuxième mandat.
Pas seulement parce qu’il est noir, même, s’il faut l’admettre, avoir un président d’origine africaine à la tête de la puissante Amérique a un impact considérable pour les habitants de notre continent. C’est également parce que Barack Obama est un vrai ‘self-made man’. Il est né sans fortune. Sa famille ne faisait pas partie de l’élite et il a œuvré dans sa jeunesse pour améliorer les conditions de vie des plus pauvres - essentiellement des Afro-Américains - dans les banlieues de Chicago. Il est le contraire de son prédécesseur George W. Bush dans presque tous les aspects de sa politique. Et il est, après tout, en partie Kenyan.

L’Afrique aime Barack Obama. Mais qu’est-ce qu’Obama a réellement fait pour l’Afrique ?

Très tôt après son élection, en juin 2009, Obama s’est rendu à Accra, au Ghana, où il a prononcé un discours applaudi par tous. C’était un discours optimiste. Il a parlé de l’Afrique comme du continent de l’espoir, de l’avenir, à condition qu’il se débarrasse de ses dictateurs.
Il a parlé de l’aide de l’Amérique à cette nouvelle Afrique – une nouvelle Afrique qui pourrait être proche, demain même. Après tout, Obama connaît bien le continent, ses problèmes et ses défis.

Et puis, plus rien.
Plus de discours, plus de visites. Dans sa politique étrangère, c’est comme si l’Afrique n’existait pas.
En fait, quand on regarde de près les relations entre les Etats-Unis et l’Afrique ces quatre dernières années, on constate que ce sont surtout les militaires qui se sont occupés du dossier.

En Afrique, on retiendra la priorité donnée à la guerre contre les terroristes par l’administration Obama, quand ses prédécesseurs ont privilégié le commerce (l’AGOA de Bill Clinton) ou la lutte contre le Sida (George W.Bush).

Les militaires, à la tête du fameux Africom, construisent des bases un peu partout dans la Corne de l’Afrique et, si l’on en croit le Washington Post, au Burkina Faso. C’est à partir de ces bases qu’ils envoient des drones de surveillance ultra sophistiqués pour traquer les terroristes. C’est comme s’ils avaient trouvé un nouveau terrain de jeux pour tester leurs jouets, maintenant qu’ils sont obligés de se retirer d’Irak.

Les succès sont mitigés. Certes, l’aide à l’armée kenyane pour chasser al-Shabaab de Somalie a porté ses fruits. La traque de Joseph Kony, le leader de l’Armée de Résistance du Seigneur, en Ouganda (souvenons-nous de Kony2012 sur YouTube n’a pas encore abouti à grand-chose, ni la surveillance de Boko Haram et d’Aqmi au Sahel.
Pourquoi personne n’a empêché les islamistes d’annexer le nord du Mali ? La réticence des Etats-Unis à soutenir une intervention militaire s’explique-t-elle par des faits connus d’eux seuls et ignorés de tous ?

Et Mouammar Kadhafi ?
Selon la presse américaine, Obama a pris la décision d’aider l’OTAN contre l’ancien leader libyen, contre l’avis de certains de ses conseillers. La mort de l’ambassadeur américain à Benghazi récemment est donc certainement un coup dur.
Dans un article publié dans le très réputé Foreign Policy Magazine, intitulé Does Obama have a strategy for Africa ?, l’analyste John Norris explique qu’Obama a fait le choix de placer des technocrates à la tête des institutions responsables de l’Afrique : le sous-secrétariat d’Etat et USAID, la principale agence d’aide du gouvernement américain, notamment. L’aide est distribuée, des progrès sont réalisés - même plus efficacement qu’avant - mais sans beaucoup de médiatisation, explique Norris.

Le dernier voyage de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton en Afrique en août 2012 a montré que les Etats-Unis n’avaient pas abandonné l’Afrique. Mais l’Afrique attendait plus de Barack Obama. Beaucoup plus.

J’ai relu récemment l’autobiographie Dreams from my father qu’Obama a écrite en 1995, avant de devenir sénateur puis président des Etats-Unis. Dans le dernier chapitre, il raconte son voyage au Kenya pour enfin rencontrer la famille – très nombreuse – de son père, un Luo, née à Alego, près de Kisumu, dans l’ouest du pays. Avec sa demi-sœur Auma, il prend plaisir à traverser les marchés de Nairobi, à rendre visite aux Masai dans un parc naturel et à découvrir la douceur de vie dans le village natal de son père.
Il a soif de comprendre l’histoire de son grand-père, Hussein Onyango Obama, ‘serviteur’, pendant une période, des colons anglais. Obama est choqué par les touristes qui viennent au Kenya “avec l’arrogance de ceux qui sont issus d’une culture impériale”. Il se sent chez lui.

Mais avec le temps, il comprend aussi que la famille est un fardeau très lourd pour ceux qui ont ‘réussi’ et de qui on attend de l’aide. Il est le fils prodigue qui va bientôt étudier a Harvard ; le ‘sauveur’ qui a forcement beaucoup d’argent à distribuer. Obama comprend que si on se dispute toujours le maigre héritage de son père, c’est lui, Barry, qui est le vrai héritage.

Il a aimé le Kenya, mais on a l’impression qu’il part avec une certaine amertume, pour ne revenir qu’en août 2006, lors d’une tournée africaine qui le mènera également au Tchad et en Afrique du Sud. Lors de cette visite, il explique gentiment aux Kenyans qu’il ne peut pas « jouer au Père Noël ».

Je me demande donc si Obama délaisse l’Afrique aujourd’hui parce que la politique internationale est tellement complexe qu’un président des Etats-Unis n’a pas de temps à consacrer à un continent qui ne pèse pas grand-chose dans les affaires du monde. Ou s’il n’y a pas autre chose de plus personnel ?
Au lieu de se demander ce que Barack Obama a fait pour l’Afrique, ne devrait-on pas plutôt s’interroger: « qu’a fait l’Afrique à Barack Obama ? »