Vu d'Albanie : Barack Obama, notre président bien aimé, à nous Albanais

En Albanie, à Tirana, la capitale où il vit, Ilir Yzeiri n'est pas seulement un éditorialiste connu et un professeur d'Université apprécié. C'est aussi un opposant farouche au régime de Sali Berisha, ce qui lui a valu de multiples tracasseries. Mais il semble que partisans ou adversaires politiques albanais se retrouvent tous sur un point : depuis la terrible dictature communiste du "sultan rouge" Enver Hodja, le véritable président du pays c'est celui des Etats-Unis, quel qu'il soit, démocrate ou conservateur...

dans
En Albanie, la campagne électorale américaine pour l’investiture du président des Etats Unis est vue comme un show artistique et sportif en même temps. La performance attire au moins autant l’attention que les candidats eux-mêmes. Qui a gagné, qui a perdu ? Quels sont les points plus forts de l’un ou de l’autre ? En revanche le contenu des débats, les programmes d’Obama et de Romney  n’intéressent pas le public ou les médias albanais. L’Amérique c’est depuis toujours la plus grande amie des Albanais. Dans leur imaginaire collectif, les Albanais ont fait des Américains leurs sauveurs suprêmes dans les conflits qui ont failli anéantir l’Albanie.

C’est pour cette raison qu’on ne s’intéresse pas beaucoup au contenu des programmes des deux candidats : nous sommes juste sûrs d’une chose c’est que chacun d’eux sera notre Dieu protecteur depuis l'autre côté de l'Océan. Le plus grand problème des Albanais, c’est le régime autoritaire de Sali Berisha. Il y a presque vingt jours que des ex- prisonniers politiques, qui ont souffert de dix à vingt années de prison lors de la dictature, ont commencé une grève de la faim pour obtenir des réparations financières promises par le gouvernement. Mais le gouvernement a réagi en les envoyant promener et deux des ex-prisonniers politiques se sont immolés avant d’être transportés dans des cliniques d’Athènes et de Rome.

L'un des protestataires albanais cité par Ilir Yzeiri quand il s'immole par le feu.
L'un des protestataires albanais cité par Ilir Yzeiri quand il s'immole par le feu.
C’est juste après cela que l’ambassadeur des Etats-Unis s’est interposé pour inciter au dialogue. L’un des grévistes de la faim a écrit une lettre à Mme Clinton en déclarant : « mon président c’est Barak Obama ». Vu sous cet angle les Albanais sont convaincus que tout les changements en Albanie peuvent se réaliser sur la simple volonté des Etats Unis. Même si une partie de la population s’est montrée critique envers l’ambassadeur des Etats Unis à Tirana, Mr Arvizu, parce qu’il avait « soutenu » un peu de trop le gouvernement autocratique albanais.

Deux passeports pour un peuple


Un analyste de presse bien connu à Tirana, Eduard Zaloshnja qui possède deux passeports, l'un américain et l'autre albanais, a écrit deux articles sur le rôle de l’ambassadeur des Etats-Unis à Tirana vis-à-vis de la grève de la faim en cours.  Dans le premier, il accusait l’ambassadeur d’avoir trop soutenu le gouvernement. Juste après cette publication, l’ambassadeur est apparu sur une chaine de télévision privée proche du pouvoir et il a déclaré que le dialogue devait être noué immédiatement avec les protestataires. Et il a ajouté que le Premier ministre était au service de tous, de ceux qui n’ont pas voté pour lui, comme de ses partisans. S’il ne fait pas ça, il doit partir. Apres cette intervention l’analyste aux deux passeports a écrit « Thank you ambassader Arvizu ! »

Cela se passait alors que Barack Obama venait de remporter le deuxième débat, mais de ça personne ne parlait. Il semblait simplement que tous nous étions d’accord pour penser que nous, les Albanais, avions un président et qu’il s’appelle Obama, comme Gjergj Ndreca, l’ex-prisonnier politique venait de le déclarer quelques jours auparavant. Si nous voulons être sauvé de notre régime autoritaire, remettons nous en aux Américains !