Vu d'Algérie : Obama est un hidjab

Barack Obama, comme les autres présidents américains avant lui, et malgré les promesses d'une autre sensibilité, aura appréhendé les pays "arabo-musulmans" comme une entité ennemie et sombre sans diversité, réduite à un terrain de jeu stratégique, malgré les révolutions et les aspirations à la démocratie. C'est le constat amer que dresse l'écrivaine et journaliste algérienne Ghania Mouffok.

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Obama m’aura appris que noir, blanc ou jaune un président des Etats-Unis, eut-il la dégaine d’un valseur et une épouse pleine de grâce, n’est pas là pour me faire plaisir mais pour sauver l’Amérique des périls qui l’entourent, bel indifférent  à mes périls de femme en Méditerranée.

J’aurais beau être une rue arabe aspirante en démocratie, il me préférera toujours un  barbu exalté un coran à la main brûlant sa célèbre bannière étoilée avec une boîte d’allumettes. Ce n’est pas qu’il est bête, c’est juste qu’il est président des Etats-Unis et que ce pays a besoin d’un ennemi planétaire pour prendre la mesure de sa puissance.
J’aurais beau être l’Occident qui depuis longtemps m’a envahi de ses marchandises dans ma tête, ma télé, mon téléphone, mon fast-food, mon mobile, mon jean, mes baskets, mon ciel, ma mer et mon pétrole, il me préférera toujours étrangère, d’Orient.

Obscure orientale je resterai, déraisonnable, hystérique.
Obama m’a appris que je resterai l’ennemie de ce beau  parleur même si je vois bien que ses cheveux à lui aussi ont blanchi.
Nous aurons passé nos âges mûrs à compter nos morts et nos guerres, rarement du même côté et ce, même quand il me dit qu’il ne souhaite qu’une chose : ma liberté de femme arabe et musulmane, il ne sait pas que je suis aussi berbère, africaine et brassée comme un marché mondialisé, il ne connaît rien de mes accumulations historiques, alors que je sais tout de son histoire, des origines de sa fratrie à celle de son pays. C’est sans doute ce qui fait la différence entre un dominant et une dominée.

Il paraît pourtant que mon monde lui fait peur. Si Obama était moi, sa carte du « monde arabe et musulman » serait telle que je la vois, depuis ma fenêtre, et  les lignes de ses peurs bougeraient comme dans les jeux de stratégie.

Comme moi, il  prendrait une carte du « monde arabe et musulman » et, avec minutie, il poserait les arsenaux militaires de l’Otan qui encombrent les routes du pétrole, les portes de la Chine de Jakarta à Nouakchott. Il y éparpillerait ces dizaines de milliers de marines sous héroïne débarquant de çi de là dans mon monde en barbelés, il penserait à la Palestine emmurée. De ma fenêtre il verrait mon monde encerclé de bombes à retardement, de mèches qui fument à la manière des torchères, il verrait apparaître les murs sur lesquels s’écrasent « les arabes et les musulmans » qui ne sont pas que ça, des murs invisibles et flottants comme des marchés, il verrait circuler des milliards de milliards de dollars sous son nez, sans patrie et il verrait combien l’Orient est déjà un butin d’Occident.

Comme moi, il verrait alors que le monde arabe et musulman n’existe pas
, pas plus que l’Occident, il verrait les routes des nouveaux mondes comme une planète envahie par les prédateurs qui font croire aux idiots que je fais peur, que je suis l’ennemi du genre humain parce que je ne pris pas comme eux. Il verrait les signes de la peur changer de camps sur la carte du Grand-Moyen-Orient où des joueurs posent leurs mises et leurs pistolets robotisés désormais. Il se dirait alors : il est grand pour qui le Moyen-Orient ?

Si Obama était moi, il se verrait sur son perron se vantant de m’apporter la liberté, alors il rigolerait, comme moi aujourd’hui. 
« Echaâb yourid « ont dit les peuples arabes, le peuple veut. Obama, depuis son perron, était comme sur la place Tahrir, abandonnant  à son sort Ben Ali, le petit, puis, Moubarak, hier son ami. Accompagnant les manifestants arabo-musulmans jusqu’aux portes des ambassades des Etats-Unis qui sont comme des forteresses en nos pays et là, il a dit : « la révolution est finie ». 

Ah, l’innocence des musulmans ! Mais la démocratie ne sert pas à changer le monde, elle sert juste à insulter le dernier des prophètes … comme on amuse la galerie. Il suffit  alors que l’un d’entre nous, imbécile parmi les imbéciles, s’attaque à la sécurité de l’empire pour qu’Obama convoque ma police.  La minute d’après elle est là :   avec ses fourgons, ses bâtons, ses gyrophares pour  m’enfermer un peu plus dans ma chienne de vie de dominée.  Là, sous ma fenêtre s’agite lourdement   ce qu’il me reste d’Etat algérien sommer de défendre  l’empire par la force de la répression.  Sa secrétaire d'Etat Hillary Clinton a été claire : les pays « du Printemps arabe » ne se sont pas affranchis de la "tyrannie d'un dictateur" pour la remplacer par la tyrannie « des foules », après les violences antiaméricaines protestant contre l’insulte au prophète Mohamed. Et que vive la tyrannie du marché !

Quand Obama me dit qu’il m’apporte la liberté, je rigole.
Je crois savoir qu’elle aura la couleur des cendres guerrières qui fument encore de Kaboul à Bagdad. Ce n’était pas lui. C’est vrai. Pourtant il y est resté sur ces terres fumantes ne partant que sur le bout des lèvres et en passant  il a oublié de fermer Guantanamo. Et, c’est avec succès qu’il a mis fin à la traque de l’ennemi planétaire, Ben Laden. La figure du terrorisme terrorisant le monde il l’a achevée en la balançant au fond des mers, sur une planète que je croyais jusqu’alors inconnue en démocratie et qui porte pour nom : justice expéditive. Sur le perron de la Maison Blanche, il s’en est  félicité. En son temps Bush fils avait libéré l’Irak en pendouillant Saddam Hussein, Obama a libéré la Libye avec en apothéose le lynchage d’El Gueddafi, Mouammar Kadhafi, dans une bouche d’égout.

Devant tant de mauvais goût, son élégance m’a alors froissée.
Taf/taf, le bizness de la lutte mondiale contre le terrorisme peut continuer avec ou sans lui, c’est une option stratégique de l’empire en crise qui défend sa puissance sur mon dos de gueuse peu nantie. Ce n’est pas qu’il est méchant c’est juste  qu’il est le président des Etats-Unis et  que son pays à besoin pour ne pas se faire écraser par les pays émergents aux dents aussi longues que les siennes de mettre sous contrôle le monde global, globalisé, mondialisé, que sais-je, moi…

Cela occupe la planète de se demander jusqu’à la nausée : « Alors, ces arabes, ces musulmans sont-ils solubles dans la démocratie ? » On croirait que l’avenir de la planète subitement en dépend.
Moi, je préfère une autre question et avec des millions d’indignés je lui demande : « Et tes marchés financiers, les puissants invisibles que tu défends sont-ils solubles dans la démocratie ? Ne sont-ils pas la plus grande menace contre la civilisation ? Ses nouveaux barbares. » 

« C’est d’un ringard » me moque-t-on. Parlons tchador, ma pauvre, parlons Iran, parlons de la tyrannie des Taliban, dressons la liste des hommes et des femmes à liquider, des organisations terroristes, donnons un visage au choc des civilisations et oublions que c’est la civilisation qui est menacée par ces prédateurs qui s’empiffrent de dollars, de puissances en semant  cet insondable chaos. Ils sont des miens et des siens, sans patrie, sans religion, sans autre éthique que celle du profit et qui n’aime dans la liberté que celle des marchés. 
Je ne suis pas Américaine et je ne tiendrai pas la chronique du bilan d’Obama. Je suis arabe, c’est lui qui le dit, alors je me contente de tenir la chronique désastreuse des méfaits du néo-libéralisme. 

Je serai juste cependant : Obama n’est pas coupable. Il fait son job. Son job est de chiffon. Il n’est que le hidjeb des intégristes du marché qui se disputent, se partagent les richesses du monde avec un rare cynisme. Des intégristes qui se sont offert le plus beau, le plus intelligent, le plus séduisant des hidjebs noirs, à la mesure de leur fortune, derrière lequel ils cachent leurs visages comme des femmes rendues irresponsables par des Taliban afghans. Quel magnifique choc des civilisations !