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Vu d'Allemagne, avec un détour par Washington : on attend toujours le changement climatique

Après le Mexico et Paris, Dorothea Hahn a posé ses valises à Washington pour la Tageszeitung, quotidien berlinois proche des Grünen, les Verts allemands, engagé autant pour une nouvelle politique environnementale que pour la défense des droits humains. Sans illusions sur la France de Nicolas Sarkozy, la reporter pensait renouveler ses approches journalistiques dans l'Amérique d'Obama. Espoirs en partie déçus...

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Je n'ai jamais été une fan d'Obama. Mais je me suis réjouie de son élection en 2008. D'un seul coup, les Etats Unis me sont devenus plus sympathiques. Tout à coup, vu de ma lointaine lunette parisienne (à l'époque Dorothea Hahn était en poste en France, ndlr), il y avait un pays capable de réfléchir et de se rénover. Alors, quand en 2010 on m'a offert un Job à Washington,  je l'ai tout de suite accepté. Je me souviens d'une collègue qui commentait mon départ en disant : "veinarde, tu te débarrasses de Sarkozy...".

Des paroles et des actes


Mais quand je suis arrivée à Washington, l'euphorie du renouveau d'Obama s'était déjà estompée. Le président avait pourtant obtenu le  prix Nobel de la paix, il avait tenu quelques beaux discours de politique étrangère, il avait changé la terminologie et à la place du dictat habituel avec les alliés, il avait renoué avec la parti pris des consultations et de la parole échangée. Mais sa politique militaire, étrangère, surprenait par la continuité en ligne directe avec celle de George W. Bush.

Obama a en effet retiré les troupes combattantes d'Irak. Mais en Afghanistan, il a commencé par augmenter radicalement les effectifs. Partout dans le monde, il a intensifié les missions de drones comme soi disant arme d'une "guerre propre". Du jamais vu !  Il a même réussi à faire tuer des citoyens américains par ce moyen. Et il a dressé des listes de personnes à tuer, en faisant même une ligne de conduite de la politique nationale de sécurité. En Libye, à travers une guerre sans "boots on the grounds" (sans mettre un pied sur le terrain, ndlr), il a ouvert la voie des futures nterventions à l'étranger. Impitoyable, il a fait poursuivre des "Whistleblowers" (lanceurs d'alerte, ndlr) comme le sergent Bradley Manning, accusé d'avoir informé Wikileaks des crimes perpétrés pendant la guerre d'Irak. Et malgré sa promesse de fermer le camp avant la fin de sa première année de président, Guantánamo reste ouvert.

Force et faibleesse des symboles

Obama marque ses différences en politique intérieure. Et avant tout, il y a la réforme du système de santé. Elle est l'aboutissement d'une promesse de campagne électorale que bien d'autres avaient faite avant lui, sans jamais la mettre en oeuvre. Même si cette réforme reste en deçà de ce que beaucoup de ses sympathisants avaient espéré - le commerce entier de la santé reste dans les mains des compagnies privées d'assurance et pour les personnes à faibles revenues, les dépenses de soins restent colossales.

D'un autre côté, il y a aussi eu des pas symboliques : la première loi qui permet aux femmes de dénoncer en justice l'inégalité salariale avec un homme, à compétences et travail identiques (Lilly Ledbetter Act) ; l'abolition du tabou de l'homosexualité dans l'armée ; la limitation plus forte des émissions en CO2 des voitures et des centrales de production d'électricité ; la possibilité de demander un premier permis de séjour pour quelques millions de jeunes sans-papiers qui ont grandi aux Etats-Unis (Loi dite du Dream act).

Et pourtant ce sont précisément derrière ces avancées que se cachent les faiblesses d'Obama. Mise à  part la réforme de la santé, il a renoncé aux grandes lois (promises) : pas de règlement en ce qui concerne le changement climatique, pas de reforme concernant l'immigration.

Il est exact qu'Obama, dès novembre 2010 fut confronté au blocage total des Républicains  (ils sont devenus majoritaires à la Chambre des représentants mais le Sénat est resté d'une courte tête aux mains des démocrates, ndlr). Mais il est également exact qu'avant l'automne 2010, les démocrates disposaient de la majorité dans les deux chambres. Théoriquement, ils auraient pu faire beaucoup plus.

Le choix du moins pire

Le retour de bâton pour avoir si peu satisfait sa base, avec la réalisation des promesses de 2008, se fait sentir dans la campagne actuelle. En vain les Latinos ont attendu la réforme de l'immigration. Ils ont même assisté au fait qu'Obama expulse plus des leurs, que tout autre président avant lui. Les écologistes se sentent frustrés parce que la loi climatique fait défaut et qu'il ont attendu en vain l'expression clef  "changement de climat" – alors que nous venons de subir l'ouragan "Sandy", arrivé à la suite de l'été le plus chaud et de la plus grande sécheresse depuis des décennies. Mais non, leur président fait la compétition avec Romney : qui des deux procurera l'indépendance énergétique des Etats-Unis, grâce à toujours plus de  pétrole, de gaz, de charbon, de nucléaire. Enfin les défenseurs des droits humains sont offusqués non seulement qu'il maintienne la prison de Guantánamo en l'état, mais qu'il ne soit pas revenu sur le Patriot Act et la durée indéterminée de la détention provisoire, juste en cas de "soupçon". Et beaucoup ont des frissons quand ils voient comment Obama se sert de la mise à mort d'Oussama Ben Laden comme argument de campagne (en mai 2011, ndlr).

Néanmoins, comme la plupart des Européens, je souhaite un deuxième mandat à Obama. Avec un "président Romney", il y aura encore plus de tensions internationales – de l'Iran jusqu'en Chine, en passant par la Russie. L'espoir d'une fermeture de Guantánamo sera réduit à néant. Il y aura encore moins de politique de l'environnement que maintenant, sans compter des réductions radicales d'impôts, l'augmentation des dépenses militaires, l'abolition des dépenses sociales de telle manière que la dépression ne pourra manquer d'arriver.

En fin de compte, ce fut important pour moi d'être allée aux EU en 2010, parce que le renouvellement m'intéressait. Par sa personne, par sa famille, Obama représente dans sa personne les nombreuses facettes des Etats Unis. Un "président Romney", en revanche, avec son discours de bigot et sa fortune faite avec la restructuration d'entreprises et la destruction d'emplois, qui, en matière de politique sociale prône le retour aux années cinquante (plus du tout de financement pour le planning familial, l'interdiction de l'interruption de grossesse et l'abolition du mariage homosexuel) et qui, pour sa politique étrangère s'entoure de conseillers comme George W. Bush – un "Président Romney" ne serait pas plus attractif que la France de Nicolas Sarkozy.