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Vu de Turquie, Obama ou pas, “l'Amerika“ reste tête de turc chez les Turcs

C'est d'Istanbul, la deuxième capitale de la Turquie, que l'écrivaine-essayiste-journaliste, auteure à succès de polars, Mine G.Kirikkanat nous adresse cette vision acidulée de l'Amérique, Amerika en turc, celle d'Obama, de ces prédécesseurs et de ses successeurs. Malgré les liens, plus rationnels et stratégiques qu'affectifs, qui unissent les deux puissances, malgré les manifestations d'amitié au sommet, les Turcs se méfient, et se moquent de cet allié, quelque peu encombrant.

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Ce n’est un secret pour personne que les Etats-Unis souffrent d’un mal-aimé mondial et que la sympathie d’antan suscitée par « l’Américain » est en chute libre, depuis… Depuis quoi et quand en fait ?

La réponse est vague, autant qu’elle est vaste, mais on peut quand même miser sur un point de départ : la guerre au Vietnam. Une fois cette guerre terminée, le monde pouvait encore pardonner aux Etats-Unis, si différents gouvernements de ce pays n’avaient donné suite à cette volonté acharnée de remodeler le monde à leur guise et leur façon : les coups d’Etats fomentés par la CIA en Amérique latine, la rage de vouloir étrangler Cuba, et j’en passe… Et ce n’est sûrement pas un hasard qsi en 2001 Al Quaida choisissait le 11 septembre pour frapper les Etats-Unis, au cœur : le 11 septembre 1973 en Chili, Salvador Allende assiégé par des putschistes nourris et blanchis par la CIA, mourait d’une balle dans le menton.

Les guerres en Afganistan, en Irak etc. n’ont rien arrangé pour rehausser l’image du « gendarme mondial ». A force de blesser la conscience humaine universelle, les Etats-Unis irritent même quand ils n’interviennent pas, comme c’est le cas en Palestine où on leur reproche de soutenir Israël, parfois insoutenable. Membre et seconde colossale force de l’OTAN, La Turquie est un allié majeur des Etats-Unis. Tellement majeur qu’aucun coup d’Etat n’a jamais pu se faire dans le passé et qu’aucun gouvernement ne peut se former ni rester en place sans l’aval de Washington. Donc la Turquie doit obédience et obéissance aux Etats-Unis, certes ; mais pas les Turcs…

A tu et à toi

La population n’a rien contre le peuple américain, mais une dent très dure contre ses gouvernants. Appelé communément « Amerika », l’Etat américain est la tête de turc des Turcs. « Amerika » est accusée de tous les maux turcs, souvent à tort et à travers.  Il y a quatre ans de cela, une lueur d’espoir a traversé ce trou noir de la haine publique, avec l’avènement d’Obama au devant de la scène de la gendarmerie mondiale. Les Turcs voyaient même plutôt d'un bon œil qu’il soit noir. Et même le bruit qui courait sur sa foi supposée musulmane leur faisait espérer qu’une fois président, il serait plus équitable vis-à-vis de la Palestine, moins virulent sur l’axe du mal défini par George W.Bush, entendu comme l’axe de l’islam, etc. etc.

Certes Obama appelle parfois deux fois par jour le Premier ministre turc Erdoğan, qu’il apprécie paraît-il, personnellement. Mais Mr. Erdoğan qui est devenu l’homme fort de la Turquie et de la région, commence à se passer de son interlocuteur pour chasser seul, comme il le fait actuellement en Syrie, ou au Moyen Orient.
Et les Turcs sont déçus qu’Amerika ne change pas de politique internationale, malgré les présidents qui changent.

Un bonnet reste un bonnet


L'élection présidentielle américaine est très suivie par les médias turcs. Mais cette médiatisation n’est pas suivie par l’audience. Les journalistes se parlent. La rue ne s’y intéresse guère. Le peuple turc est persuadé qu’entre Obama et Romney, la couleur change, mais pas le bonnet de gendarme.

Néanmoins, le gouvernement turc espère et préfère qu’Obama soit réélu. D’abord, parce que Romney est un inconnu et le fait qu’il soit mormon le rend encore plus inconnu !
Et après, Obama tutoie Erdoğan et lui parle souvent. A quoi servirait de changer de tête d’ami, quand on ne peut changer ses plans ?

Le dernier roman de Mine G.Kirikkanat paru en français