Vu du Burkina Faso, un président normal. Et américain !

En 2008, en étant élu, Barack Obama reçut de l'Afrique un immense salut de bienvenue, comme une sorte d'investiture à la tête du Continent noir. Sans doute y eut-il là trop de ferveur estime Florentine Kima, écrivaine et juge burkinabée de 37 ans. Puisque après tout Barack Obama est avant tout un président... américain.

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L’élection présidentielle américaine de 2008 a été celle qui a le plus retenu l'attention de l’Afrique noire et du reste du monde, d'ailleurs. Et pour cause ! Le fils d'un immigré africain était sur le point de réussir l'exploit de devenir le premier président noir de la nation la plus puissante du monde. Barack Obama, jeune, beau, intelligent et noir, en plus d'être l'allégorie vivante du rêve américain, redonnait dignité et fierté à toute une race, malmenée par l'histoire. L’Afrique noire, qui a eu ses Obama (Thomas Sankara, Patrice Lumumba...) et qui n'a pas hésité à les assassiner, a paré Obama de toutes les qualités, le hissant au rang d'un quasi- dieu.

Le Kenya, le pays de son père, n'a pas eu peur de décréter une journée fériée pour son élection. L'Amérique qui venait elle, d'élire son président, a continué de travailler. L'institut Nobel lui a décerné le prix Nobel de la paix qui en son temps a suscité chez certains perplexité et interrogations. Le temps a passé. La crise économique n'a pas épargné l'Amérique.

Face à la crise Israélo-arabe, le président américain qui a fait preuve de beaucoup de volontarisme au départ, a dû réajuster ses prétentions, rappelé à l'ordre par la "real policy". Le camp de Guantánamo n'a pas été fermé et l’Afrique noire, dont une bonne partie des habitants vivent sous une dictature ouverte ou déguisée, s'est offusquée de l'implication de l’Amérique dans la chute de Kadhafi et surtout de l'absence remarquée et remarquable de Obama sur le continent. Bien-sûr, il y a eu le discours d'Accra, mais bon ! Une autorité politique kényane qui s'ouvrait à Obama des difficultés des agriculteurs de son pays, s'est entendu répondre par le président américain qu'il compatissait à leur sort mais qu'il devait d'abord se préoccuper des agriculteurs... américains.

Le discours d’Accra et après ?

Aujourd'hui, l'euphorie est passée et Obama apparaît aux yeux de l'Afrique noire comme ce qu'il est réellement : un président américain..."normal", élu par les Américains pour défendre les intérêts de l'Amérique. Il n'a pas réussi à changer la face du monde, ni même celle de l'Amérique. Quoi de plus normal, on attendait trop de lui !

Pour autant, son bilan est loin d'être négatif. On continue bien-sûr à avoir beaucoup de respect et d'admiration pour celui qui en dépit d'une âpre opposition républicaine a réussi à imposer la reforme de la santé. Sans compter qu'il a su envoyer "Jack Boer" détruire l'invincible Ben Laden. Même si le terrorisme n'est pas vaincu pour autant, Al Qaïda ne se remettra jamais de cette perte.

Avec Obama, le monde est plus "pacifique" en ce qu'il n'a pas ouvert de nouveaux fronts et est en train de mettre fin à l'occupation en Irak. L'image de l'Amérique s'est améliorée quelque peu. Pour 2012, l'Afrique noire souhaite bien-sûr la réélection d'Obama ; le spectre Georges Bush a irrémédiablement entaché l'image des républicains. Si Obama est réélu, ce qui est fort probable, l'Afrique sera heureuse mais à mon avis, on n'assistera pas à la liesse populaire de 2008 car aujourd'hui, Obama apparaît aux yeux de beaucoup d'Africains comme un président tout simplement, pas un super héros.

Chienne de vie, de Florentine Kima, primé en 2010 par le Grand prix littéraire des régions francophones