Waterloo ? Vous saviez que...

reconstitution historique de la bataille de Waterloo, en Belgique, le 16 juin 2007
reconstitution historique de la bataille de Waterloo, en Belgique, le 16 juin 2007
(AP Photo/Geert Vanden Wijngaert)

Ce jeudi 18 juin, il y a deux cents ans,  commençait la bataille de Waterloo. Mais faut-il évoquer Waterloo ou la bataille de "Mont Saint-Jean" ? Quel rôle a joué  l'armée rouge ?  Qui était ce cadavre retrouvé sur les lieux de l'affrontement ? Et le "merde" de Cambronne, vrai ou faux ? Quand les petites histoires rejoignent la grande...

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Waterloo retient son souffle. Jusqu'au 21 juin, la ville belge attend près de 200.000 personnes pour commémorer les célébrations du bicentenaire de la fameuse bataille de Waterloo.

TV5MONDE, ce jeudi, retransmet la cérémonie sur son antenne avec également un direct sur votre site web info et un suivi permanent sur les réseaux sociaux Facebook et Twitter de l'info.

Tous à vos écrans ! En attendant, en guise de hors d'oeuvre, voici quelques idées reçues sur Waterloo et ses légendes....

<p>Pour ce bicentenaire, les organisateurs avertissent : "Les festivités seront bruyantes (canons, fusils, chevaux, public). Prévoir des bouchons ou un casque adapté en cas de sensibilité auditive. La présence d’enfants de moins de 7 ans est à éviter."</p>

Pour ce bicentenaire, les organisateurs avertissent : "Les festivités seront bruyantes (canons, fusils, chevaux, public). Prévoir des bouchons ou un casque adapté en cas de sensibilité auditive. La présence d’enfants de moins de 7 ans est à éviter."

La bataille de Waterloo, peinture de William Sadler


What ? Waterloo ?

"Et cette plaine, hélas! Où l'on rêve aujourd'hui, Vit fuir ceux devant qui l'univers avait fui ! " écrit Victor Hugo. Dans son fameux poème Waterloo, morne plaine, la défaite porte ce nom, à jamais célèbre. Mais Napoléon, lui, n'évoquait jamais en ces termes la défaite de Waterloo. Il parlait plutôt de "la bataille de Mont-Saint-Jean", au sud du village de Waterloo, à 20 kilomètres de Bruxelles.

Ce sont les vainqueurs anglais qui ont imposé le nom du village, d'où le duc de Wellington écrivit la dépêche annonçant la victoire. Les Allemands, eux, préfèrent citer "Belle Alliance Sieg" (la victoire de Belle Alliance), où, selon la légende, Blücher et Wellington se rencontrèrent au soir de la bataille.

Que penser ? Yves Vander Cruysen dans son ouvrage Waterloo démythifié (Editions Jourdan) évoque la bataille avec une précision cadastrale : " Si l'on veut rester objectif, force est de constater que le champ de bataille de Waterloo s'étend, dans sa partie classée, pour 49 % sur le territoire de Plancenoit (actuelle commune de Lasne), pour 30 % sur le territoire communal de Waterloo et pour 21 % en terres brainoises où se situent, c'est incontestable, des monuments aussi prestigieux que la butte du Lion (dit de Waterloo), le panorama de la bataille, le nouveau Mémorial ou une partie de la ferme de Hougoumont".

Malgré l'époustouflante virtuosité des scènes de bataille, Rod Steiger, qui interprète Napoléon, en fait des tonnes et Orson Welles en Louis XVIII n’est guère crédible.
Malgré l'époustouflante virtuosité des scènes de bataille, Rod Steiger, qui interprète Napoléon, en fait des tonnes et Orson Welles en Louis XVIII n’est guère crédible.
(image extraite du film -DR)

L' armée rouge au secours de l'empereur

Le cinéma s'est rapidement emparé de la célèbre bataille. Dès 1912, la société de production Belge-Cinéma-film Pathé confie au réalisateur Alfred Machin le soin de représenter le sanglant épisode. Ce sera Un épisode de Waterloo, qui sortira l'année suivante. Cette même année, 1913, le réalisateur britannique Charles Weston fera son possible pour essayer de rendre cette tuerie attrayante pour le grand public. Il réussira son coup :  Napoleon and the Battle of Waterloo est le premier film anglais à grand spectacle.


Mais il faudra attendre 1970 pour que la reconstitution historique soit parfaitement saisissante. Le producteur italien Dino De Laurentis est aux commandes. L'Ukrainien Serguei Bondarchuk assure la mise en scène. Et les deux bonshommes ne lésinent pas. L'affrontement militaire est tourné en Ukraine. L'armée rouge prête 16 000 de ses soldats et 3 000 cavaliers russo-yougoslaves donnent vie à la somptueuse reconstitution filmée, entre autres, par un hélicoptère. 28 semaines de tournage plus tard et après 25 millions de dollars évaporés, le film, à sa sortie, est un énorme bide. 1,4 millions de dollars seulement de recette.

Le gouffre financier que représenta ce "Waterloo" fit une autre victime : Stanley Kubrick. Effarouché par l'accueil glacé réservé à cette monumentale fresque, les producteurs refusèrent au génial réalisateur de financer son "Napoléon".
 

Le travail de l'historien anglais Gareth Glover a permit d'identifier le soldat décédé lors de la bataille du 18 juin 1815, en Belgique.
Le travail de l'historien anglais Gareth Glover a permit d'identifier le soldat décédé lors de la bataille du 18 juin 1815, en Belgique.
(DR)

Waterloo et le mort apatride

Début juin 2012, recouvert par 40 centimètres de terre, des archéologues trouvent un soldat à une vingtaine de kilomètres au sud de Bruxelles. A l'emplacement de son poumon gauche, une balle. A ses côtés, une cuillère, quelques pièces de monnaies, plusieurs boutons d'uniforme et une pièce de bois avec deux lettres, CB, gravées dessus. Les historiens s'enflamment. Le soldat, mort parmi 48 000 autres lors de la fameuse bataille,  était-il anglais, allemand néerlandais, français ? Chose certaine, le soldat avait environ 20 ans au moment de son décès.

Gareth Glover, un historien britannique, fin spécialiste de la bataille, décide de relever le défi. Et il trouve. Selon lui,  et il s'agit du "candidat le plus probable", la dépouille serait celle d' un certain Friedrich Brandt, soldat allemand de la King's German Legio (légion allemande du roi).
Mais comment est-il parvenu à cette conclusion ?
C’est la découverte de la lettre "F", presque effacée, sur le morceau de bois, qui a permis de résoudre le mystère. Gareth Glover, en fouillant les archives, affirme qu'il n’y avait que trois soldats allemands qui portaient les initiales "F.C.B ". Ils étaient originaires de Hanovre et combattaient aux côtés des Britanniques contre Napoléon. Seul Friedrich Brandt manquait à l'appel, les deux autres ayant été localisés à ce moment-là..

<span>Victor Hugo  écrira dans</span> <i><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Mis%C3%A9rables" rel="nofollow" title="Les Misérables">Les Misérables</a></i> : <span>" <em>Dire ce mot, et mourir ensuite. Quoi de plus grand ! car c’est mourir que de le vouloir, et ce n’est pas la faute de cet homme, si, mitraillé, il a survécu. (…) L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c’est Cambronne. Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre</em>. "</span>
Victor Hugo  écrira dans Les Misérables : " Dire ce mot, et mourir ensuite. Quoi de plus grand ! car c’est mourir que de le vouloir, et ce n’est pas la faute de cet homme, si, mitraillé, il a survécu. (…) L’homme qui a gagné la bataille de Waterloo, c’est Cambronne. Foudroyer d’un tel mot le tonnerre qui vous tue, c’est vaincre. "

Pas de "merde" pour Cambronne

Le 18 juin 1815, à Waterloo, le général Pierre Cambronne et ses troupes résistent vaillamment aux  assauts des Anglais qui, sentant la victoire à portée de fusil, envoient un émissaire qui lui demande sa réddition. Cambronne, grièvement blessé, aurait trouvé la force de répondre : " La garde meurt mais ne se rend pas ! " puis, agacé par l'insistance du Britannique, il aurait lâché un très sonore : "Merde !". Une jolie histoire, que la postérité a retenu, mais...qui est certainement fausse !

Bien plus tard, le général, mi flatté mi agacé par ces mots de légende qui le poursuivaient, déclara, un peu pince-sans-rire : " Je n'ai pas pu dire « La Garde meurt mais ne se rend pas », puisque je ne suis pas mort et que je me suis rendu ".
Mais... et le "merde" alors ? 
Cambronne nia pareillement avoir prononcé un tel mot. A un ami soldat qui lui rendit visite en 1830 et qui lui posa la question sur la véracité de cette histoire, le général s'emporta : "Comment ? Toi aussi ! Ah non, en voilà assez, cela devient emmerdant !"

En réalité, il semblerait que ces deux phrases sont nées de l'invention d'un journaliste et romancier, Michel Balisson de Rougemon. Il cite ces deux phrases dans un article du Journal général de la France dès le 24 juin 1815.
Laissons à Jean Yanne, humoriste acide,  le mot de la fin sur ce "merde" désormais historique : "Cambronne ne mâchait pas ses mots. Heureusement pour lui !"