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WikiLeaks : Chelsea Manning, lanceuse d'alerte, bientôt libre

commutation peine Chelsea Manning
©J. Muntzer/TV5MONDE

Le président Barack Obama a accordé une remise de peine à l'ancienne informatrice de WikiLeaks Chelsea Manning, 29 ans qui devrait sortir de prison en mai 2017. Cette militaire est devenue le symbole de la lutte contre les secrets des gouvernements puis une icône transgenre. Récit et réactions. 

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A trois jours de son départ de la Maison Blanche, le président américain Barack Obama a commué la peine de Chelsea Manning, c'est-à-dire la raccourcir sans effacer pour autant effacer la sentence.

La militaire transsexuelle, qui s'appelait auparavant Bradley Manning, avait été condamnée à 35 ans de prison pour avoir transmis plus de 700.000 documents confidentiels à WikiLeaks en août 2013. Elle sera libérée le 17 mai 2017.

"VICTOIRE", a immédiatement tweeté l'organisation spécialisée dans les révélations de documents secrets tandis que le camp républicain dénonçait une décision scandaleuse.

"Merci à toux ceux qui ont fait campagne en faveur d'une clémence pour Chelsea Manning. Votre courage et votre détermination ont rendu possible l'impossible", a indiqué Julian Assange dans un message transmis par son organisation sur Twitter.

La semaine dernière, WikiLeaks avait affirmé que son fondateur accepterait d'être extradé vers les Etats-Unis si Barack Obama faisait preuve de clémence envers Chelsea Manning. 

Mais Julian Assance n'a cependant donné aucune indication sur ses intentions, pour l'instant.

Il est toujours réfugié à l'ambassade d'Equateur à Londres depuis juin 2012 pour éviter une extradition vers la Suède où des accusations de viol sont portées à son encontre et qu'il nie. Il craint d'être extradé par Stockholm vers les Etats-Unis.

Edward Snowden, lui aussi lanceur d'alerte, est toujours réfugié en Russie où il peut encore rester deux ans. L'ancien consultant de la NSA s'est fendu d'un commentaire après l'annonce de la libération prochaine de Chelsea Manning. 

"Dans cinq mois tu seras libre. Merci pour tout ce que tu as fait pour tout le monde, Chelsea", a-t-il écrit sur Twitter.

Réactions des Républicains

Si le président élu Donald Trump n'avait pas réagi mardi en fin de journée, nombre de ténors républicains ont exprimé leur mécontentement.

Furieux, le sénateur de l'Arkansas Tom Cotton a déploré qu'un "traître" soit traité comme un "martyr". Il a affirmé ne pas comprendre "pourquoi le président aurait une compassion particulière pour quelqu'un qui a mis en danger les vies de nos soldats, de nos diplomates de nos agents de renseignement et de nos alliés".

Le sénateur John McCain a dénoncé "une grave erreur" qui risque "d'encourager d'autres actes d'espionnage et d'affaiblir la discipline militaire".

"C'est tout simplement scandaleux", a surenchéri Paul Ryan, président républicain de la Chambre des représentants.

Considéré par certains comme un héros au moment de son procès, Chelsea Manning a continué à bénéficier de nombreux soutiens.

Parcours d'un héros?

Lors de son procès fleuve en 2013, l'accusation avait présenté le frêle militaire au cheveux blonds rasés de près qui se tenait devant elle comme un être égoïste et téméraire, qui savait bien qu'en transmettant des documents secrets à WikiLeaks, ils seraient mis en ligne et consultés par les ennemis des Etats-Unis, en premier lieu Al Qaïda.

Son avocat David Coombs avait de son côté décrit celui qui s'appelait encore Bradley Manning comme un être "jeune, naïf et bien intentionné", poussé à divulguer les documents secrets après avoir avoir été choqué par ce qu'il avait vu en Irak.

Analyste du renseignement, il avait téléchargé puis envoyé au site internet, entre novembre 2009 et mai 2010, des milliers de documents classifiés du gouvernement américain sur les guerres en Irak et en Afghanistan, et 250.000 télégrammes du département d'Etat.

Juste après sa condamnation à 35 ans de prison, le jeune homme avait créé la surprise en manifestant sa volonté de devenir une femme, entamant un combat judiciaire pour obtenir de l'administration militaire le droit d'obtenir le traitement hormonal nécessaire.

"A partir de maintenant, pour cette nouvelle phase de ma vie, je veux que tout le monde sache qui je suis vraiment. Je suis Chelsea Manning, je suis une femme", avait-elle déclaré dans une brève déclaration lue sur NBC, en présence de son avocat David Coombs.

Fragile, mais déterminée et bien soutenue, Chelsea Manning a remporté une grande victoire en février 2015, lorsque l'armée avait annoncé qu'elle lui fournirait, dans sa prison, le traitement hormonal qu'elle demandait.

Mais Chelsea Manning a dû ensuite poursuivre son combat pour être traitée comme une femme, alors qu'elle est toujours détenue dans la prison pour homme de Fort Leavenworth (Kansas).

Rejeté par sa famille

La détenue qui a désormais une poitrine féminine et le droit de porter des sous-vêtements féminins, veut notamment porter ses cheveux plus longs que les 5 centimètres réglementaires.

Malgré ses nombreux soutiens, qui lui permettent de tweeter ou d'avoir une chronique dans le Guardian, Chelsea Manning a craqué plusieurs fois, faisant notamment deux tentatives de suicide en 2016.

Bradley Manning était entré dans l'armée en 2007 après une enfance abandonnée à des parents alcooliques dans une ferme isolée de l'Oklahoma (sud), passée à subir les quolibets de ses camarades en raison de son côté "intello" ou de ses troubles d'identité sexuelle.

Son homosexualité lui avait valu d'être jeté dehors par son père.

Après son arrestation, le jeune homme avait précisé qu'il ne s'intéressait qu'aux documents dont il était "absolument sûr qu'ils ne causeraient pas de tort" à la sécurité nationale.

Féru de géopolitique et de technologies de l'information, il avait expliqué qu'il voulait "provoquer un débat public sur les forces armées et la politique étrangère" des Etats-Unis.

Mais la "fuite" du siècle avait provoqué une tempête dans la diplomatie mondiale et la fureur des Etats-Unis. Ses partisans, eux, avaient même lancé une pétition pour qu'il obtienne le prix Nobel.

"Je n'ai pas complètement saisi l'étendue des conséquences de mes actes", avait-elle tout de même avoué à la fin de son procès.